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Ces agences qui donnent la note aux Etats
La réforme des retraites servirait-elle à donner des gages aux agences de notation afin de préserver la bonne note de la France ? Décrédibilisées par tous les scandales qu’elles n’ont pas vu venir, ces agences continuent néanmoins de noter les États.

Gouvernement, économistes libéraux, médias, tous nous promettent un cataclysme si les Français rechignent à accepter la réforme des retraites. Dans ce cas, la France perdrait la note attribuée par les agences de notation, un étincelant AAA. Si ce scénario noir se réalisait, les intérêts de la dette augmenteraient considérablement et mettraient les citoyens sur la paille, à l’instar des Grecs ou des Espagnols.
Océan de déficits
Pourtant, malgré des déficits publics abyssaux (8,5 % du PIB), ce triple A n’est pas en danger. L’agence Fitch a récemment confirmé sa note, et Standards and Poors affirme qu’à ce jour « la note de la France ne bougera pas avant 18 à 24 mois ». Attribuée en octobre 2009, cette note prenait en compte la situation de nos finances publiques pour les deux ans à venir. Autre signe positif, l’Agence France Trésor, qui gère la dette du pays, a émis, la semaine dernière, 8 milliards d’obligations à des taux plus favorables qu’en 2009.
Pour évaluer la solvabilité d’un État, les agences de notation analysent, outre les grands marqueurs économiques, des données telles que la démographie ou la sociologie. Bon point : les Françaises ont plus d’enfants qu’ailleurs en Europe. Mauvais point : les Français vivent très vieux, et le coût de la dépendance du quatrième âge est élevé. Par ailleurs, l’aptitude des Français à supporter la pression fiscale est, paraît-il, très bonne. Et leur capacité à se révolter contre les mesures d’austérité n’est plus ce qu’elle était…
En jouant sur la peur de perdre le triple A, les politiques prennent des risques. Cédric Durand, professeur d’économie à Paris I, l’explique : « Avec ces propos, les Français ont peur de consommer et on précipite un retour de la récession. » D’autant que, dans l’océan des déficits publics, la réforme des retraites compte pour presque rien. Ainsi, un an après la réforme de 2003, Standards and Poors publie un rapport alarmant sur l’Hexagone. La note française glisse alors vers un AA moins et les agences placent le pays sous surveillance. À l’époque, personne ne s’en émeut. D’ailleurs, dès 2006, les performances budgétaires se redressent et la France garde sa bonne note. Moralité : on peut réformer les retraites et perdre le triple A, comme on peut ne rien faire et garder sa note…
Mises à l’index
Depuis la crise de 2008, les agences de notation sont régulièrement mises à l’index. Elles n’ont rien vu venir : ni le scandale Parmalat, ni celui d’Enron, ni les subprimes ! En fait, ces agences ne réalisent pas d’audit, elles ne travaillent qu’avec les informations fournies par leurs clients. Donc, si les entreprises planquent de la dette ou des obligations pourries…
Pourquoi, alors, leur accorde-t-on une telle crédibilité ? « Comme il n’y a plus de règles, il faut des croyances pour réguler les comportements. Les agences de notation génèrent des croyances de manière incestueuse, puisqu’elles sont payées par les entreprises qu’elles notent », analyse Cédric Durand.
Les agences ont donc remplacé le vide laissé par les États. Le malheur, c’est que leur opinion continue de faire des dégâts et que leur jugement à destination des marchés n’engage pas seulement ceux qui y croient. Un mot, une analyse négative de leur part peut engendrer un douloureux réveil social pour tout un pays.
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Article paru dans Bakchich Hebdo n°29.
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