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Un Indien dans la ville à la Société Générale

Comme aux Galeries Lafayette, il se passe toujours quelque chose à la Société Générale : cette semaine, par exemple, s’ouvre à New York le procès de Samarth Agrawal, l’un de ses ex-traders –encore - accusé de lui avoir volé une bonne partie de ses programmes informatiques de High Frequency Trading (HFT).

Un procès tellement sensible, que Preet Bharara, le Procureur fédéral en charge du dossier et ses adjoints Thomas G.A. Brown et Rebecca Rohr, s’apprêtent à demander, au prétexte de sauvegarder les secrets de famille de la banque, un huis-clos partiel des débats et une petite censure de leurs transcriptions.

Une spécialité boursière fructueuse

Samarth, un charmant jeune homme de 26 ans débarqué de son Inde natale avec une jolie bosse des maths, a été embauché en mars 2007 par la SocGen de New York comme analyste quantitatif. En avril 2009, le garçon est promu trader dans le groupe chargé du « Trading à Haute Fréquence » ; une spécialité boursière qui, comme son nom le laisse supposer, consiste à faire exécuter à la vitesse de l’éclair par des ordinateurs surpuissants, des ordres d’achats et de ventes de valeurs mobilières parfois détenues depuis quelques fractions de secondes, sur la base de stratégies de trading pré-établies reposant sur des algorithmes complexes de comparaisons instantanées des données du marché.

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On estime aujourd’hui que 70% des valeurs mobilières US sont traitées de la sorte. Une activité qui, d’après les chiffres des experts de TABB Group, aurait rapporté 21 milliards de dollars de profit en 2008, aux 300 entreprises américaines spécialistes de la discipline.

Une branche de la finance certes en plein développement, mais assez controversée tout de même pour être soupçonnée d’être à l’origine du « Flash Crash » du 6 mai 2010, au cours duquel le Dow Jones a été pris d’un coup de folie en enregistrant la plus grosse baisse intra-day de tous les temps, avant de reprendre un peu de couleur en fin de séance…

Curiosité

Le 12 juin 2009, la Société Générale donne donc libre accès à Samarth Agrawal, son nouveau trader, à une partie des programmes informatiques qui ont coûté bonbon en développement pendant des années, et qui pilotent l’activité de son département. L’homme à l’esprit vif est d’un naturel curieux. Il décide donc aussi d’aller jeter un œil à des programmes sans rapport avec son taf. Samedi 13 juin, comme la journée promet d’être calme, il en profite pour lancer l’édition de centaines de pages de programmes qu’il met dans son sac à dos…sous l’objectif intrigué d’une caméra de vidéo-surveillance. Il relancera l’opération les 31 août, 2 septembre et 11 septembre 2009.

Le 12 novembre, son dernier jour de présence effective, il détruit les traces informatiques de ses intrusions, quitte la banque et se fait porter pâle pendant quatre jours, avant d’envoyer sa lettre de démission le 17 novembre 2009.

A réception de la missive, son supérieur hiérarchique essaie de le ramener à la raison ; on lui rappelle qu’on lui a donné sa chance comme trader alors que la concurrence était rude, et que s’il reste dans la famille, son bonus 2010 sera un «  gros multiple » de celui de 2009 qui se montait déjà à 130 000 dollars pour quelques mois de travail. C’est vrai quoi, les vrais talents sont si difficiles à recruter de nos jours !

Rien n’y fait ; Samarth indique à son boss qu’il a l’intention de retourner en Inde pour monter sa propre boite de Trading à Haute Fréquence et disparaît…Jusqu’au moment où il est approché par un chasseur de tête persuasif…En fait un agent du FBI.

Discrétion requise

On va découvrir qu’au cours du mois d’avril 2010, l’Indien dans la ville aura 115 contacts téléphoniques avec les recruteurs de Tower Research Capital, un « quantitative Hedge Fund  » fondé en 1998 par deux ex-traders du Credit Suisse, qui, ça tombe bien, possède une filiale du nom de Lime Brokerage spécialisée en Trading à Haute Fréquence. De manière plus anecdotique et sans doute pour se changer les idées, les gars de Tower ont aussi fondé LimeWire, une petite affaire attaquée par l’industrie phonographique US en 2006, pour son activité de piratage musical présumé…

Samarth a été arrêté le 19 avril 2010, la veille de son entrée chez Tower Research Capital. Il risque 10 ans de prison. Les procureurs fédéraux, qui ont publiquement « remercié la Société Générale pour sa coopération au cours de l’enquête  » vont demander au juge Jed Rakoff le 4 novembre au cours d’une audience préliminaire, d’instituer le huis clos partiel des débats.

Le motif véritable de la démarche demeure assez mystérieux : « c’est non seulement l’intérêt des victimes de vols de secrets industriels, de ne pas subir une double peine lorsque lesdits secrets sont révélés au public et à leurs concurrents pendant les débats, mais c’est aussi celui du gouvernement de faire usage de la loi de 1996 sur l’espionnage économique » se sont contentés de déclarer les Fédéraux à l’appui de leur requête. Craignent-ils la présence dans la salle des frangins de Mimi-Siku ?

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