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Sarkozy-Kadhafi, un divorce d'intérêts
Sous le plumetis de Claude Angeli, le Canard du 6 juillet révèle que le Commandeur du Pouvoir d’Achat, Pourfendeur des Paradis Fiscaux et des Bonus obscènes, se serait mis en tête de s’offrir la peau du Guide de la Révolution pour le 14 juillet. Un caprice qui provoquerait même chez l’Amiral Stavridis, commandant en chef des forces de l’OTAN en Europe, une petite poussée d’adrénaline.
Qu’est ce qui peut bien être à l’origine d’une telle hargne de la part du président Sarkozy envers celui qu’il avait reçu à l’Elysée avec faste – et controverse - le 17 décembre 2007, en rendant à Mouammar Kadhafi, la politesse que ce dernier lui avait témoigné à Tripoli 6 mois plus tôt ?
Le grand-public qui vit dans l’ignorance absolue des enjeux de la géopolitique mondiale, est loin de s’imaginer que la situation entre la France et la Libye ait pu s’envenimer à ce point en si peu de temps ; et pourtant…
Flash back, Tripoli - Juillet 2007 : nos deux tourtereaux refont le monde ; Sarkozy est aux anges ; Kadhafi jongle avec les milliards de contrats qu’il réserve à son nouvel ami.
En Décembre, à l’approche des étrennes de fin d’année, le Commandeur du Pouvoir d’Achat est fébrile ; il s’est promis d’arracher des engagements fermes à Kadhafi, fut-ce au prix de palabres en burnous d’apparat et babouches compensées, sous la tente du Guide de la Révolution descendu dans la ville lumière avec tout le toutim.
La fable de l’usine de dessalement
Dans l’euphorie de Noël qui s’annonce, on ébauche même les grandes lignes du futur accord de coopération nucléaire civile. Paris étant membre d’Euratom, le projet doit toutefois être soumis aux autres signataires du traité. Une simple formalité. Kadhafi promet à un Sarkozy extatique que l’affaire sera dans le sac dans moins de 6 mois. Il tiendra parole. Aucun membre d’Euratom n’ayant formulé d’objection, de passage à Paris les 7 et 8 juillet 2008, Abdulati Obeidi Vice-Ministre des affaires européennes dont le visage est un croisement saisissant de celui du chanteur Khaled et de l’acteur Gene Hackman, dégaine son Mont-Blanc Meisterstück et paraphe le si précieux document.
Rétrospectivement, il s’agit d’un simple accord-cadre, assez vague, destiné à formaliser les grandes lignes d’une future coopération dans le domaine des usages civils de l’énergie nucléaire, sans engagement précis quant aux investissements que Paris envisage de réaliser du côté de Tripoli. Et sans précision du Guide sur la taille exacte de son chèque-cadeau en retour.
Ce sera la fable de l’usine de dessalement d’eau de mer.
Un projet pilote, situé à Tajura, dont le Secrétaire libyen à l’Energie Atomique Ali Gashut, son adjoint Mohamed Ennami, et le responsable du site Ahmed Al Habrush, s’entretiendront beaucoup plus sérieusement cette fois, avec les représentants de l’Oncle Sam, en août 2009.
L’ordre du jour il est vrai est d’un tout autre calibre : un accord secret finalement signé le 28 octobre 2009 entre Washington - dont la confiance dans les bonnes manières du Guide de la Révolution est toute relative - et Tripoli, visant ni plus ni moins qu’à mettre le combustible nucléaire libyen hautement enrichi, à l’abri en Russie !
Seul l’Uranium s’enrichit
L’affaire prendra d’ailleurs une sale tournure ; le 25/11/2009, l’ambassadeur américain à Tripoli enverra à son boss à Washington, un télégramme un brin alarmiste : « après être resté sur place pendant 4 jours, l’avion russe qui devait emporter le reste de l’uranium hautement enrichi, a quitté la Libye sans sa cargaison…D’après les spécialistes du Ministère de l’Energie, nous avons un mois pour résoudre le problème avant que les problèmes de sécurité ne se transforment en crise…Si l’Uranium Hautement Enrichi n’est pas extrait des caissons de transport dans les 3 mois, l’augmentation de température pourrait provoquer des fissures des caissons et des fuites de produit nucléaire radioactif…. »
Rot libyen sur l’Union pour la Méditerranée
Passe encore que Kadhafi ait bercé Sarkozy d’illusion sur d’hypothétiques contrats du siècle. Après tout, c’est la loi du genre. Il ne fallait pas confondre Rafales et Mirages… qu’en revanche, il se soit opposé avec une violence inouïe, au génie politique du président français illustré par sa trouvaille de l’Union pour la Méditerranée, est un crime qui ne pouvait rester impuni.
C’est le 10 juin 2008, lors d’un mini-sommet de la Ligue Arabe à Tripoli que Kadhafi a mis en pièces le projet sarkozien ; tout y est passé ; d’abord, que le fait d’appâter les états de la rive sud de la Méditerranée avec des promesses d’investissements était insultant (« les Etats africains ne sont pas affamés à ce point ; nous ne sommes pas des chiens qu’ils peuvent manœuvrer en leur balançant un os devant la figure ») ; ensuite qu’il n’avait d’autre but que de permettre aux Etats sud-européens d’édifier un rempart contre l’immigration illégale en provenance d’Afrique sub-saharienne, tout en sapant l’unité de la Ligue Arabe et de l’Union Africaine. Enfin qu’il ne s’agissait que d’une « lubie passagère » du président français, comparable à l’échec qu’avait connu le Processus de Barcelone mort-né en 1995.
« Mon cher Sarkozy »
Le câble adressé à Washington par l’ambassade US à Tripoli le 12/06/2008 ne laisse planer aucun doute sur l’étoffe du costard que Kadhafi a du tailler ce jour là au locataire de l’Elysée : « …Les références sarcastiques de Kadhafi à ‘mon cher Sarkozy’ ont pris les observateurs par surprise et ont amené certains d’entre eux à se demander si la bonhomie née de la visite de ce dernier à Tripoli en juillet 2007 ne commençait pas à s’estomper. Les diplomates français en poste à Tripoli n’ont fait aucun commentaire, précisant seulement qu’ils n’avaient pas encore reçu d’instructions de Paris quant au principe et à la forme d’une réponse… »
Circonstances aggravantes aux yeux du président français, la « charge » du 10 juin avait été lancée – pur hasard du calendrier ? - le jour de la visite à Tripoli de l’ancien Premier Ministre Tony Blair, venu s’entretenir avec le Guide, de possibles investissements libyens en Sierra Leone et au Rwanda où la fondation de Tony s’est montrée très active.
C’est de tout cela, que Sarkozy entend demander des comptes au Guide de la Révolution le 14 juillet. Capital et intérêts.
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