Vous êtes ici

Omar Bongo n'était pas une pince

Deux ans après la mort d’El Hadj Omar Bongo Ondimba, né Albert Bernard, les interrogations légitimes quant au devenir du Gabon, qu’il a présidé pendant 41 ans, s’estompent peu à peu.

En premier lieu, sa succession politique a été prestement réglée. Ministre de la Défense depuis dix ans, son rejeton Alain, rebaptisé Ali, a pris les rênes du pays. Selon la tradition paternelle, une élection a été organisée et remportée dès le 30 août. Un seul tour de piste, des urnes bien faites, les salutations de la France. Tant pis si même un ancien chef de poste à la DGSE de Libreville, un ancien ambassadeur et un ex M. Afrique de l’Elysée clament dans le documentaire "Françafrique" que les élections ont été truquées. L’Afrique a le pétrole, la France les idées.

 - JPG - 21.3 ko

Ensuite, le Gabon a conservé une belle place dans le cœur de l’Etat français. Dernière preuve en date, la célérité avec laquelle le parquet de Paris a refusé aux juges instruisant l’enquête sur les Biens mal acquis un supplément d’information. Demande formulée le 13 avril dernier, refus renvoyé le 14 avril. Une aimable note de Tracfin, doublée d’une alerte des Douanes, ont pourtant laissé à penser que les fonds publics gabonais continuent à être allégrement siphonnés. Des broutilles à plusieurs millions d’euros.

Et sur la scène françafricaine, Ali Bongo a su trouver son espace. Pas encore à la hauteur de feu son père. Mais quand même. François Fillon lui a rendu visite le 17 juillet dernier, quand Sarko Ier s’est déplacé en personne en février 2010.

Ces peccadilles soldées, demeure LA question centrale, qui agite les coulisses gabonaises, pourrit les relations avec le Congo-Brazzaville et occupe une bonne partie de l’agenda d’Ali Bongo.

L’héritage sonnant et trébuchant de Papa Omar, aussi connu pour sa générosité que pour la profondeur de ses fonds.

Ce n’est qu’à partir de juin 2010, un an après sa mort et en respect du deuil traditionnel, que le délicat sujet de la répartition du pognon est venu sur la grande, très grande table familiale.

Le Gabon, une grande famille

En effet, Petit Papa Bongo a beaucoup essaimé au cours de sa prolifique carrière politique. Pas moins de 53 enfants engendrés.

Grand prince, Omar n’a pas rechigné à les reconnaître et à choyer leur maman. Le tout avec un éminent sens politique. Parmi les dames qui ont eu la bonne idée de porter ses enfants, figurent la présidente de la cour constitutionnelle (depuis 1991), la fille d’un ancien baron du régime devenu opposant, la fille de Denis Sassou Nguesso, président du Congo-Brazzaville voisin, une directrice de cabinet, quelques consul(e)s etc. Ou comment le Gabon est devenu un Etat familial.

En fouinant un peu, Bakchich a pu mettre la main sur l’un des actes notariés qui règle la succession de l’ancien chef d’Etat. En date du 6 octobre 2010, Maître Christine Damiano Dynck, notaire à Nice, atteste être chargé du règlement de la succession de «  Monsieur Albert Bernard Bongo, dit également le Hadj Bongo en son vivant président de la république gabonaise ». Et ô surprise, s’il détaille sur 19 pages la longue descendance de feu le président, le texte dévoile aussi le testament, assez sommaire, d’Omar, édicté le 14 décembre 1987.

« J’institue pour mes légataires universels en pleine propriété mes trois enfants ; Pascaline Bongo, Alain Bongo et Albertine Bongo ». Soit la part du lion pour Pascaline et Alain-Ali, d’autant qu’Albertine est décédée. En droit français, auquel obéit sans doute par nostalgie le testament d’Omar, les légataires universels emportent l’ensemble de l’héritage moins « la part des héritiers réservataires » dixit le Code civil. Comprendre les enfants, légitimes ou pas, pourvu qu’ils soient reconnus.

Ali Bongo veut rassembler la mise

Bonne fille, la justice française précise la part d’héritage assignée aux « héritiers réservataires ». Au delà de trois enfants, leur sont garanti les trois quarts de l’héritage, à se partager. Soit dans le cas d’Omar, pas de moins de… 51 héritiers réservataires, amenés à se diviser en toutes petites parts l’énorme gâteau gabonais.

Dans sa grande sagesse, comme l’a relaté la toujours pillée mais jamais citée Lettre du continent, Ali Bongo a trouvé la parade pour ne pas éclater l’empire immobilier et bancaire de Papa. Racheter, avec Pascaline, les parts de la famille.

Ali les bons tuyaux - JPG - 34.2 ko
Ali les bons tuyaux
© Oliv’

Aussi l’avocate (et consul honoraire du Gabon à Bordeaux), Danyèle Palazo Gauthier, mandatée pour gérer la succession de Papa Bongo, s’échine-t-elle à répertorier depuis des mois ses nombreux biens en France.

Quant à la notaire niçoise, elle a été chargée de convaincre frères et sœurs d’accepter la solution d’Ali. Sachant que la majeure partie de la famille Bongo réside à Libreville, travaille dans des sociétés ou dans l’administration d’un Etat présidé par un certain Bongo Ali, les discussions ont dû être savoureuses.

Et la famille sans doute fort compréhensive…

A lire ou relire sur Bakchich.info


Les évènements n’ont pas dérogé au scénario bien ficelé. Ali Bongo succède à son père à la présidence du Gabon, le pays s’enflamme, les Français commencent à être évacués…

Les sommets valent aussi par leurs mets. Et leurs valets… Les 24 heures officielles de la rencontre Afrique-France à Nice peuvent aussi se résumer à ses déjeuners et dîners.

Bakchich publie un document confidentiel du groupe Elf, signé par l’ancien patron des services français, Maurice Robert, qui confirme l’aide d’Omar Bongo à Chirac. Et cela dès 1977.

Président décomplexé du Gabon, Omar Bongo, qui est inhumé ce jeudi 18 juin, va beaucoup manquer. Et pas seulement pour sa générosité.