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Tragédie d'Oslo, le scénario inédit

Petit pays paisible et prospère, la Norvège est, c’est la cas de le dire, sous le choc. L’explosion qui a ravagé le quartier administratif d’Oslo à 15h26 vendredi 22 juillet et le carnage qui s’en est suivi dans l’île d’Utoya où se tenait l’université d’été des jeunes du Parti Travailliste, laissent sans voix les experts-consultants ès-terrorisme, de permanence médiatique en cette période estivale.

Le crime, apparemment perpétré par Anders Behring Breivik, un Norvégien pur jus un temps membre du Parti Populiste d’extrême droite qu’il a quitté en 2006, n’est pas sans rappeler celui d’un autre illuminé du nom de Timothy Mc Veigh.

Ce dernier, a été exécuté le 11 juin 2001 pour avoir organisé un feu d’artifice non-autorisé ayant coûté la vie à 168 personnes à Oklahoma City le 19 avril 1995. Timothy avait expliqué son geste comme une manifestation de protestation contre la manière dont la police, assistée de l’infanterie et de chars d’assaut, avait donné 2 ans plus tôt pendant 51 jours, le siège à Waco, au Texas, contre la secte de David Koresh. Un souvenir encore très douloureux aujourd’hui dans la mémoire collective américaine.

Islamophobie délirante et anti-marxisme obsessionnel

Anders lui, semble être animé d’une islamophobie délirante et d’un anti-marxisme obsessionnel. Son geste, qui vise la société civile norvégienne « institutionnelle » n’en est que plus énigmatique. Quant à savoir, si un attentat de ce type était prévisible dans la seconde patrie d’Eva Joly, poser la question, c’est y répondre. Bien entendu par la négative. Ne serait-ce que parce qu’il s’agit apparemment d’un acte isolé et minutieusement planifié.

De plus, et c’est sans doute là l’essentiel, tous les amis que compte la Norvège dans la communauté du renseignement en général et de la prévention des menaces terroristes en particulier, l’invitaient à regarder dans la mauvaise direction depuis fin 2007.

L’épouvantail pakistanais

La meilleure preuve en est rétrospectivement apportée par le câble 07OSLO1099 du 8 novembre 2007 expédié par l’analyste Chargé d’Affaires Kevin Johnson en poste à l’ambassade US à Oslo. Le document a été rendu public par Wikileaks dans sa livraison du 16 juin 2011.

Son résumé plante assez bien le décor :

« Résumé : La Norvège est un pays d’immigration croissante. Plus de 23% de la population de sa capitale est étrangère. Le groupe non-occidental le plus important est celui des Pakistanais, une population qui s’est profondément enracinée dans le pays depuis les années 60, mais qui continue à rencontrer de nombreux obstacles à l’intégration et a manifesté des signes de radicalisme. Les Pakistanais s’infligent eux-mêmes certains desdits obstacles, notamment en envoyant leurs enfants au Pakistan pour y suivre des études primaires et secondaires. Tout comme les mariages exclusivement à l’intérieur de la communauté à l’origine d’un conflit culturel significatif. Il y a des éléments criminels avérés dans la population pakistanaise avec lesquels, jusqu’à présent, la police a préféré éviter la confrontation.

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Combiné aux luttes de pouvoir que se livrent les dirigeants des organisations civiles et religieuses, ce phénomène laisse craindre un risque de radicalisation. A la suite de la première arrestation d’un terroriste en Norvège en septembre 2006, celle du Pakistano-Norvégien Afran Bhatti, et de la controverse de l’an dernier sur les caricatures, Il faut considérer qu’existe en Norvège, un risque terroriste d’origine interne. Ce câble est le premier d’une série portant sur les communautés musulmanes en Norvège. Les prochains traiteront des Irakiens, des Somaliens, des Turcs et des Kurdes et de toute autre communauté musulmane importante en Norvège ; Fin de Résumé ».

Le document de 5 pages, passe au peigne fin, les caractéristiques socioculturelles de la communauté pakistanaise sous l’angle quasi unique de la menace terroriste née d’une radicalisation. « …Bhatti, un pur produit de culture de gangs prévalant parmi la jeunesse Pakistano-Norvégienne, est un bon exemple de ce à quoi peuvent s’attendre les autorités norvégiennes dans les années à venir, du fait de l’attirance de la seconde génération de pakistano-Novégiens pour une activité criminelle qui pourrait mener au terrorisme… ».

A lire l’analyse Yankee, ladite radicalisation serait sous tenue par des difficultés d’intégration. « Dans les familles Pakistanaises, le salaire moyen est inférieur à celui observé en général chez les immigrés (y compris les Suédois et les Danois) mais aussi par rapport à celui des immigrants asiatiques, africains ou turcs, qui est une donnée plus parlante… ».

L’absence d’une menace intérieure

C’est sans doute au chapitre du rapport de Kevin M. Johnson à l’Oncle Sam intitulé « Fanatisme : les autorités relativisent les risques » que l’on trouve la confirmation de l’incapacité des autorités norvégiennes, malgré une vision pertinente de la situation, à identifier un criminel isolé, de nationalité norvégienne, et exécutant un plan longuement mûri  :

« Les frustrations des immigrants non-occidentaux peuvent les inciter au fanatisme. Cependant, tant les autorités norvégiennes, y compris des forces de sécurité, que les leaders de la communauté pakistanaise, relativisent tant publiquement qu’en privé, le risque de radicalisation. L’évaluation des menaces conduite par la Police Nationale (PST) en 2007 conclut que les organisations terroristes internationales ne constituent pas une menace directe pour la Norvège. Elle indique également n’avoir aucune indication d’une radicalisation des résidents islamiques en Norvège, bien que le rapport indique que la situation peut évoluer rapidement. La Police estime que la plus grande menace de radicalisation provient d’individus de l’extérieur et pas de la part de résidents norvégiens… »

Raté.

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