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Dîner en ville en Palestine
Visiter la Palestine demeure encore une expérience étrange pour le touriste solitaire. Les territoires ne sont pas tout à fait un Etat, ne disposent pas de monnaie indépendante, subissent une une puissance occupante et lourdement pesante, regorgent des sites culturels en majorité liés à la tradition Chrétienne, des paysages superbes… et de très peu d’hébergements hôteliers confortables, voire quasi-absence de lieux où sortir le soir.
Ramallah, la la, Ramallah, la la
Petite capitale moderne, très loin des clichés de violence et de surpeuplement miséreux de Gaza ou d’Hébron, Ramallah bénéficie d’une réputation hédoniste. Surfaite mais compréhensible.
Du sud de Beyrouth à Tel Aviv, les traditionnalistes musulmans et juifs ne font guère de cas des divertissements de qualité. Et les bons restaurants ou les bars accueillants sont rares.
Aussi, à côté de l’ennui mortifère d’une Jérusalem momifiée par les conservateurs, ou du provincialisme couche-tôt d’une Naplouse alanguie, Ramallah prend des parfums d’oasis.
Les bonnes adresses éclosent au rythme effarant du boom économique local.
La valeur sûre, c’est Darna. L’immense maison arabe s’allonge vers une belle terrase, très très populaire parmi les grandes familles et les clans, les politiques, les humanitaires et les journalistes, les entrepreneurs et les gens d’affaires qui franchissent la frontière palestinienne, chrétiens comme musulmans.
Le dîner débute vers 21 heures 30, dans un joyeux brouhaha de conversations animées. Au menu, mezzés ultra-classiques comme la savoureuse cervelle d’agneau fraiche, les plats d’aubergine ou de fèves, puissamment relevés d’aromates et d’herbes de la région.
La préparation obéit aux règles de la gastronomie arabe bourgeoise, gage de fraîcheur et de rigoureuse exécution. Compter deux heures à table. Oubliable, le vin de Carignan, un cépage proche de Betlheem, garde une puissance juvénile et assez réjouissante pour accompagner la soirée.
Le personnel fait preuve d’une attention et d’un professionnalisme inconnus ailleurs en Palestine rustique ou à Jérusalem, spécialisée dans le fast-food fallafel.
S’habiller pour dîner à Ramallah ? Des complets-cravates pour d’imposants hommes politiques locaux, des costumes à la mode iranienne pour leurs commensaux venus du nord, des robes de couturiers libanais ou des tenues plus discrètes mais soigneusement coordonnées pour les femmes de la bourgeoisie arabe. Au Moyen-Orient, la mise est soignée.
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En exagérant sur les mets L’addition atteindra 80 ou 100 Euros,à deux. Le tout assorti d’une pièce superbe, un reçu avec numéro de TVA palestinienne.
Un verre en soirée
Bruyant, bling-bling, couru, Beit Anissa se révèle l’un des bars les plus agréables de la ville. Entre le comptoir bondé et le jardin dans lequel se savoure la douceur de la nuit de Palestine, un vaste choix. Danse en belle compagnie, discussions animée avec des Palestiniens aussi sophistiqués qu’argenté, dégustation de cocktail préparés avec des arabesques d’emphases, dans la plus pure tradition tomcruisienne. La musique s’ouvre à de nombreuses influences. Et le brouhaha n’empêche pas de laisser traîner sa carte de crédit et son smartphone sur les tables, sans aucune crainte.
A deux heures du matin, au moment de la fermeture, le taxi est de la même courtoise honnêteté et célérité que tous ceux qui parcourt de jour les rues de la ville.
Une nuit au Caesar
Pour profiter du lever du soleil, autant dormir sur place. Et se réveiller, devant le petit déjeuner monumental de l’hôtel Caesar. Design épurée, banalement moderniste mais une vue sur toute la région grâce à sa situation, au sommet d’une petite colline. Compter 100 euros la chambre double.
Au matin, un vendredi, jour de prière pour les musulmans. Vers 8 ou 9 heures, un peu de circulation provoque un temps d’attente pour rallir la frontière. Les forces de sécurité israéliennes- les plus obtuses du pays- régulent l’accès vers Qalandia, point de passage au travers du Mur.
Une matinée dans le mur
Sale terrain vague encombré de miradors de béton aux vitrages blindés, de bâtisses préfabriquées d’allure minable, de clôtures métalliques médiocrement entretenues, de haut-parleurs braillards, Qalandia donne d’Israël l’image d’un état malade de peur.
Vous qui entrez ici, perdez toute espérance d’en sortir vite.
Piétons, votre passeport de l’Union Européenne ne vous sera d’aucune utilité, vous serez contraints de passer une heure dans un enclos à bétail, avec des barreaux de métal étroitement assemblés pour vous oppresser. Les grillages au dessus de votre tête évoquent le ghetto de Varsovie.
Ici, tout est soigneusement organisé pour démontrer la supériorité israélienne. On vous fait serpenter interminablement vers des tourniquets successifs surveillé par des caméras, des capteurs et autres détecteurs de métaux. Pas de toilettes, pas de sièges, pas de points d’eau, pas d’assistance médicale. Des femmes et des vieillards souffrent. Tension perceptible. Mais l’humour noir israélien est présent dans ces injonctions agrafées aux barreaux d’acier, « à garder le lieu propre ».
Votre seul contact humain ?
Conseil aux voyageurs
Derrière la vitre blindée d’un bureau crasseux , deux factionnaires aux réflexes abrutis éructent avec mépris des consignes en hébreu, tout en jouant avec leurs consoles, et vous intiment l’ordre de glisser votre passeport dans une fente bizarrement pratiquée dans leur mur de protection. N’en rien faire, ne pas prendre le risque d’un accident de passeport endommagé, ou d’une confiscation arbitraire, d’un départ des Israéliens pour une pause à durée indéterminée, mais longue. Ici personne ne vous entendra protester ni crier, et votre consulat vous semblera alors très loin. Mieux vaut attendre patiemment quelques minutes en collant les pages de votre visa d’entrée en Israël sur la vitre. Ils se lasseront et finiront par déclencher la dernière porte de ce qui n’est pas légalement une frontière. De l’autre côté, le taxi collectif vous emmène à Jérusalem en quelques minutes, dans des quartiers oppressés par les traditions, très loin de la légèreté de vivre d’un jeudi soir à Ramallah.
Darna , +972 2 295 0590, Al Sahel Street, Ramallah
Beit Anissa, Al Masyoun, Ramallah
Caesar, +970 2 297 9400 , Mastoun Heights, Ramallah
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