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Vinci construit, Diderot s'inquiète
Chanceux étudiants. A la rentrée 2012, 10 000 d’entre eux auront la joie de découvrir les tous nouveaux locaux de l’Université Paris VII Diderot.
45000 m2 et 4 nouveaux bâtiments sont en cours de construction sous la houlette d’un partenariat public privé (PPP) confié à Unicité, groupement composé de filiales de Vinci (SICRA 5%, GTMA BATIMENT 10%) , d’une filiale de GDF-Suez (ELYO 5%) , de la Barclays Private Equity (40 %) et d’une filiale des Caisses d’Epargne(40%).
Le chef d’oeuvre du PPP
Signé en juillet 2009 par Valérie Pécresse, l’alors ministre de l’enseignement supérieur, le projet pèse lourd. 273 millions d’euros dont 108 millions de construction. La réalisation a tout naturellement été confiée à des orfèvres du BTP, en l’occurrence les filiales de Vinci actionnaires d’Unicité, qui ne mégottent pas pour tenir les délais. Quitte à mettre quelques coups de canif au projet initial !
Dans l’offre finale, paraphé le 24 juillet 2009 par la main ministérielle, il est question de 4 bâtiments "flexibles" (c’est à dire que les bureaux peuvent se transformer en surfaces polyvalentes, bureaux paysagés, salle de réunions, salle de classe remodelables ) ce qui nécessite, précise le programme validé par l’université, "une résistance homogène des planchers dans une même zone".
Des planchers un peu légers
Plutôt que de miser sur une résistance homogène des planchers à 400 kilos au mètre carré permettant une flexibilité d’affection totale des locaux, Vinci a préféré opter pour une résistance avec mitage (soit la possibilité entre différentes pièces de changer les résistances des planchers) de 250 kilos au m2 non conforme à l’offre finale et la norme NFP 06-001. D’où un risque léger mais réel de menus désagréments…Voire d’un effondrement.
Au moins le risque a-t-il été calculé ! Aux grands maux 8 410 000 euros « d’aménagements ou équipements » , a retrouvé Bakchich dans la foultitude de documents du partenariat. Soit le coût du renforcement des structures sur lesquels doivent d’appuyer les nouveaux bâtiments ; et sur laquelle Vinci cherche apparemment à économiser.
8 millions de travaux à détailler
Le montant a pourtant bien été budgétée et inscrite dans l’offre finale d’Unicité ainsi que la flexibilité d’affectation dans le contrat de partenariat, validé par la belle main de Valérie Pécresse. Deux lignes planquées au fond de l’analyse des coûts de contruction proposée par la groupement.
Plus value pour travaux RFF « à détailler », (réseaux ferrés de France) : 7 450 000 euros.
Plus value pour travaux Semapa « à détailler » (aménageur de la ZAC) : 960 000 euros.
Soit 880 000 euros « à détailler » pour le bâtiment M3I2 et de 7 530 000 euros « à détailler » pour les bâtiments M5B2 et M6A1.
Attention petite explication technique. Les nouveaux bâtiments (M3I2,M5B2,M6A1) sont en partie construits au-dessus de voies SNCF.
Ce léger souci a même été l’un des éléments emportant la décision de recourir à un PPP. En effet, la mise en place d’un partenariat ne devient possible qu’en cas de grande difficulté technique et d’impératifs de délais. La Mission d’appui au PPP (Maappp), qui dépend de Bercy a motivé son avis du 11 mai 2007 quant à Paris 7 en invoquant "l’importante complexité technique du projet" qui résulte notamment "de la présence de voies SNCF traversant les parcelles de terrain sur lesquelles certains des bâtiments seront construits".
D’où le besoin de renforcer les zones d’appuis des immeubles…s’ils respectent les normes de 400 kg/m2 de résistance des planchers dans le cadre de la flexibilité d’affectation contractuelle.
A 250 kilos de résistance par m², le coût du bâtiment baisse quelque peu. Et la "descente de charges" - le poids transmis par la bâtiment à ses appuis- également. Au point de ne pas entreprendre travaux de renforcement et de revoir les servitudes d’appuis ?
Un protocole d’accord discret décharge Vinci
Encore fallait-il convaincre les voisins, Semapa et SNCF, de l’inutilité d’un quelconque renforcement. La Sogam filiale de la Sicra et la Sicra elle-même filiale de Vinci en charge de la construction, ont beaucoup œuvré en ce sens. Et finalement emporté l’adhésion sur au moins un des bâtiments. Le M3I2.
Par un protocole d’accord en date du 18 novembre 2010 la Sogam et la Semapa déciden d’enterrer une querelle d’expert. Des bureaux d’études ont présenté une descente de charge différente et continuer le débat technique bloquerait l’avancée du chantier durant 4 mois. Aussi un deal ait-il passé. L’approche la plus prudentielle est retenu, le protocole interdit tout recours ultérieur et…la Semapa, elle accepte de prendre en charge les travaux de renforcement apparemment budgété dans l’offre finale dans les postes « à détailler » liées au bâtiment M3I2.
Mais la société d’économie mixte n’a pas à bourse délier au final.
Si des bureaux d’études décrivent des descentes de charges nécessitant des travaux de renforcement, les calculs transmis par le constructeur SICRA les rendent inutiles.
Il a suffi de renoncer à la « flexibilité d’affectation contractuelle » et de modifier les plans du bâtiment M3I2. « Suite à la nouvelle descente de charge transmise par SICRA, comprenant la suppression de 183m² d’archive, la modification des surcharges du local commerce SEMAPA de 1000KG à 400KG/M2 et la suppression des jardinières en terrasses du logement au R+7, les nouveaux résultats d’ARCADIS semblent satisfaisants au niveau de la poutre, les travaux de renforcement n’étant plus nécessaires », précise un courrier du 21 janvier 2011.
La grande peur de la SNCF
Des broutilles qui ne font guère tiquer la Semapa….quand son cahier des charges aux aménageurs précisait bien que son local devait supporter des surcharges à 1000 kg/m2.
Dans une lettre en date du 8 février 2011, la Semapa prenait acte que ce renforcement "n’est pas nécessaire", tout en laissant percé une inquiétude. Les calculs de descente de charges diffèrent de manière "importante" de celles convenues dans le protocole d’accord. « Cette situation nouvelle n’engage pas la responsabilité de la Semapa ».
Du côté de la SNCF, l’inquiétude en revanche a franchement pointé le museau le 31 mars dernier. « Je tiens à porter à votre connaissance que l’approbation de la SNCF ne vous a pas été donnée, et que vous réalisez votre construction M3I2 sous votre seule responsabilité. Faute de réaliser les renforcements en temps voulu la poursuite de la construction de votre bâtiment M3I2 au delà de la capacité de reprise de charges des appuis actuels, pourrait engager la sécurité de ferroviaire et nous nous verrions dans l’obligation de faire arrêter votre chantier », s’agace, dans un mail, un dirigeant de la CSC MOM, mandataire des infrastructure de la SNCF.
En effet, le même cahiers des charges Semapa mentionne qu’avant toute construction, « il sera tenu de justifier auprès de la SNCF du respect de l’intégrité des ouvrages de l’avenue de France ». Sans doute un oubli…Mais que les étudiants se rassurent le chantier n’a pas été bloqué. Le 4e étage du M3I2 est même en train de voir le jour.
« Il n’y a pas eu de travaux de renforcement de l’avenue de France, ni de la poutre Semapa, confirme à Bakchich un des responsables de la CSC MOM. Nous attendons toujours que la Sogam nous présente une descente de charges mais nous n’avons de toute façon pas suffisamment d’informations pour vérifier leur documents et ce n’est pas notre rôle ». Les autruches aussi regardent passer les trains.
Silence on construit
En résumé un PPP est signé en raison de la difficulté technique du projet, qui nécessite un renforcement des structures SNCF. Lesdits travaux sont bel et bien budgétés dans l’offre finale présentée à l’université mais les filiales de Vinci parviennent dans un premier temps à en faire porter le coût à la Semapa, avant finalement que ces travaux de renforcement soient déclarés inutiles. Ils ne sont pas réalisés.
Une foultitude de questions vient alors à l’esprit.
Le passage par la case PPP était-il nécessaire ?
Pourquoi la Semapa a-t-elle accepté de payer ces travaux ?
Qu’en est il des lignes budgétaires de renforcement RFF et Semapa ?
L’absence de travaux de renforcement fera-il chuter le prix final pour l’Université ?
Et que diantre fait le gouvernement qui n’a pas moufté depuis deux ans que le projet fait polémique ?
Malgré de nombreuses sollicitations de Bakchich, ni la Semapa, ni M. Montarras « concepteur du projet » , vice-président de l’université ne semblent décider à réagir. Depuis la signature du PPP en juillet 2009, le gouvernement s’est montré fort discret sur la question.
« En fait tout le monde est dans l’embarras. S’ils gueulent et que les travaux sont faits, le chantier va prendre énormément de retard, quand le gouvernement voulait couper les rubans à la rentrée 2012 ». Premier PPP signé par une Université, Paris VII a valeur d’exemple…
Seule la responsable du projet pour la Sogam a prestement répondu à nos courriels. « Ne pas répondre merci »,message transmis en copie à deux autres responsables des filiales de Vinci en charge de la construction de l’Université.
Sans doute pour ne pas prendre de retard dans la livraison des chantiers ?
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