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La France revoit passer le plat libyen

Ironie de l’Histoire, le titre du câble 07PARIS3193 – merci Wikileaks – qu’expédiait à Washington le 26 juillet 2007 l’ambassadeur US à Paris (« On fonde de gros espoirs de contrats lucratifs sur le voyage du président Sarkozy en Libye ») reste d’une troublante actualité.

Nul ne sait encore lorsque « Le Tigre du Fouquet’s » pourra voler au secours de la victoire des rebelles du CNT sur le désopilant colonel Kadhafi, en se rendant symboliquement à Benghazi, Tripoli et Misrata et le profit réel que nous retirerons de ce « renversement des alliances ».

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Quoi qu’il en soit, l’Histoire ayant décidé de repasser le plat de résistance dans l’autre sens, l’analyse de la situation que décrivait l’ambassadeur Stapleton en juillet 2007 ne manque pas de saveur. Elle devrait inciter à plus de circonspection que de triomphalisme :

«  Résumé  : ayant atteint l’effet politique escompté en se donnant l’image d’un homme capable de résoudre des problèmes inextricables, le président français Nicolas Sarkozy à mis à profit sa visite du 25 juillet en Libye à la suite de la libération de 5 infirmières bulgares et d’un médecin palestinien, pour relancer les relations économiques et commerciales avec ce pays. Plusieurs accords-cadre ont été signés durant la visite, dont un protocole d’accord pour la construction d’un réacteur nucléaire destiné au dessalement de l’eau de mer. Le géant français du nucléaire Areva compte beaucoup sur le réchauffement des relations, tout comme le pétrolier Total et le groupe d’ingénierie Alstom. Les efforts de Sarkozy pour retirer de réels avantages commerciaux de ses nouvelles relations avec le leader libyen Kadhafi vise partiellement à refaire le terrain perdu sur les USA et d’autres pays depuis la réhabilitation de la Libye fin 2003. Il espère sans doute que ses efforts seront couronnés de plus de succès que ceux obtenus par le président Chirac à la suite de sa visite à Tripoli en 2004, quand bien même les entreprises françaises considéreraient la Libye comme un marché suscitant certaines craintes. Fin de résumé.

Exploiter les efforts passés

Les relations franco-libyennes se sont constamment améliorées depuis un accord d’indemnisation de 2004 pour les victimes de l’attentat contre un DC-10 français au dessus du Niger en 1989, qui a tué 170 personnes dont 54 français. L’accord a permis la visite en novembre 2004, du président Jacques Chirac accompagné d’une importante délégation de chefs d’entreprises français en quête de nouveaux contrats mirifiques. Les 2 pays ont rétabli la coopération militaire en février 2005 et conclu un accord sur la recherche dans le nucléaire civil en mars 2006. Le constructeur aéronautique Dassault a également signé un contrat de maintenance de 12 Mirages F1 libyens.

Le mirage liyen

Les exportations vers la Libye ont doublé depuis le voyage de Chirac pour atteindre 433,6 millions d’euros (600 millions de dollars) l’année dernière. Au cours de la même période, la France à importé pour 1,9 milliards d’euros de marchandises de Libye, essentiellement des hydrocarbures (qui représentent 3% des approvisionnements français). Cependant, la France demeure un modeste partenaire commercial et les entreprises françaises n’ont jamais atteint les objectifs espérés à la suite de la visite de Chirac. La France est actuellement le 6ème fournisseur de la Libye, loin derrière l’Italie et l’Allemagne, ce pays ne représentant que 0,1% des exportations françaises et 0,45% de ses importations.

De nouvelles ambitions :

‘On peut faire beaucoup plus et beaucoup mieux avec la Libye’ a déclaré le porte-parole de l’Elysée David Martinon avant la visite officielle de Sarkozy. A Tripoli, le ministre français des Affaires Etrangères Bernard Kouchner a signé un protocole d’accord pour la fourniture à la Libye d’un réacteur nucléaire de dessalement d’eau. Sarkozy a mentionné que le projet pourrait prendre des mois voire des années à finaliser et a indiqué que l’entreprise Areva y serait associé. Avant la visite, Areva a confirmé qu’elle avait été approchée en vue de la construction d’usines nucléaires, précisant que les discussions débutées l’année dernière, étaient toujours au stade préliminaire. La France et la Libye ont également signé un accord-cadre renforçant la coopération bilatérale dans de nombreux secteurs tels que la santé, l’éducation, la recherche scientifique, la technologie, la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, la défense et la sécurité, tout comme la coopération économique et financière.

Dassault, Areva, Total et Alstom la bave aux lèvres

D’autres groupes français espèrent tirer profit de l’amélioration des relations bilatérales. Le géant pétrolier Total a l’intention de participer à l’appel d’offre pour l’exploration de 41 sites. Le groupe français d’ingénierie Alstom qui fabrique des trains à grande vitesse et des turbines a indiqué que tout réchauffement des relations franco-libyenne constituerait un signal favorable à son développement commercial. Dans le secteur bancaire, le groupe BNP Paribas a gagné l’appel d’offre, pour 145 millions d’euros, portant sur la cession de 19% du capital de la banque Sahara. La Libye a également manifesté un intérêt pour le Rafale, l’avion de combat de Dassault qui n’a pas encore été vendu hors de France.

Commentaire :

Le président Sarkozy espère clairement que sa visite et le rôle joué par la France dans la libération des infirmières, produira des dividendes en termes de nouveaux contrats et de nouvelles opportunités commerciales. Les entreprises françaises ont reçu le signal politique qu’elles attendaient pour se lancer activement dans la conquête d’opportunités commerciales en Libye. Les milieux d’affaires français sont néanmoins parfaitement conscients qu’à l’exception de Total, ils sont derrière les Etats Unis et de nombreux autres partenaires européens. Sarkozy, qui évite d’admettre publiquement qu’il entend bien lier les relations bilatérales de la France avec ses propres relations personnelles avec les dirigeants étrangers, espère probablement néanmoins quelques bénéfices de sa lune de miel avec Kadhafi. Comme l’ont toutefois découvert les chefs d’entreprises après la visite de Chirac, de bonnes relations au plus haut niveau sont loin de garantir le succès commercial. »

Ayant lâchement enfumé pendant 7 ans Chirac, Sarkozy et leur escorte respective de chefs d’entreprises arrivés à Tripoli la bave aux lèvres, Kadhafi ne pouvait pas raisonnablement s’imaginer qu’on en resterait là. La vengeance est un plat qui…Toute la question est de savoir si les nouveaux maîtres libyens du CNT, dont certains ne sont que des transfuges formés à la redoutable école du Colonel Roublard, n’ont pas l’intention de nous repasser le plat vide, une fois encore, en guise de remerciement…

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