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Avis de tempête pour l’avocat de Tapie
Maître Maurice Lantourne dont le nom est indissociable de celui de son célèbre client Bernard Tapie, aurait mieux fait de se péter les 2 jambes en 2005 au lieu de mettre son supposé talent au service de Janez MERCUN.
Ce dernier, distributeur exclusif des produits L’Oréal en Russie entre 1994 et 1999, s’est mis en tête qu’il s’est fait gruger par son prestigieux fournisseur, lequel l’aurait doublé sournoisement en mettant en place sur le territoire qu’il lui avait confié, un circuit d’approvisionnement parallèle à partir de Dubaï.
L’Oréal vaut bien un combat
Furieux et pugnace, le vieil actionnaire suisse de L’Oréal a donc fait déposer le 10 octobre 2005 par son avocat de l’époque, un certain Maurice Lantourne, une plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction du TGI de Nanterre pour abus de biens sociaux, abus de confiance et blanchiment.
En dépit des dizaines de kilos d’archives produits par Janez et sa société TEMTRADE, l’affaire est vite partie de traviole. Les thèses maladroites et les moyens de droit présentés par Maître Lantourne qu’on a connu mieux inspiré et sa fine équipe, ont finalement été jugés si peu convaincants qu’une ordonnance de non lieu a été rendue le 6 novembre 2008, Janez MERCUN étant même condamné en bonus, à une amende civile de 3 000 euros.
Lantourne, vessie et lanternes
Comme si la punition infligée au vieil homme n’était pas suffisante, ses illustres avocats ont poussé le bouchon un peu plus loin en le privant de la possibilité d’interjeter appel de l’ordonnance dans le délai de 10 jours. En effet, et bien qu’il eut élu domicile au cabinet de son bavard, ce n’est que le 11 décembre à 9h 59 soit largement hors délais, que Kristell CATTANI transmettait par télécopie l’ordonnance à son avocat suisse.
Le même jour à 14h42 Maître Comina, l’avocat suisse de MERCUN posait évidemment en retour la question qui fâche : « Délais et moyens de recours ? Cette décision doit-elle être notifiée à notre client pour faire partir les délais de recours et d’action civile ? »
A 16h21, Maître CATTANI retournait à son confrère suisse, ce qui apparaît rétrospectivement comme un billet d’humour : « Le délai d’appel est de 10 jours à compter de la signification ou de la notification au client. A mon sens, le dossier a été étudié et est motivé dans sa décision et je ne pense pas qu’il fera l’objet d’une réformation… ».
Teigneux et ayant le vague sentiment de s’être fait proprement enfumé, MERCUN décida de confier son sort à Frédérik Karel CANOY – alias Columbo – dont nous avons déjà amplement couvert les exploits à l’encontre de Vivendi dans ces colonnes.
Un visa pour Canoy
Remonté comme une pendule à coucou, Columbo parvint à convaincre MERCUN que la seule solution consistait à se farcir LANTOURNE au titre d’un manquement de ce dernier à ses obligations d’information et de diligence, et de l’assigner en responsabilité civile professionnelle. En le priant de bien vouloir s’acquitter au passage, d’un petit règlement de 114 682 472,00 euros, montant du préjudice prétendument subi par MERCUN et TEMTRADE, du fait des agissements présumés frauduleux de L’Oréal.
Une disposition d’éthique confraternelle veut qu’avant de s’étriper, les avocats demandent un accord de pure forme (« un visa ») au bâtonnier de leur Ordre.
L’avocat et ses deux barreaux
Avant même d’entrer dans le vif du sujet, cette simple formalité va hélas permettre à Columbo de constater que, s’il avait eu le souffle court pour accompagner son client dans son marathon judiciaire, Maître Lantourne a en revanche le bras long et musclé lorsqu’il s’agit de la sauvegarde de ses propres intérêts. Qu’on en juge :
Dès le 6 octobre 2010, en gentleman qui se respecte, Columbo demande donc au Bâtonnier de Paris de lui donner le précieux sésame. Un courrier en retour à l’attention de MERCUN du 07 juillet 2010 indique à ce dernier que le Bâtonnier de Paris « intervient » auprès de Maître LANTOURNE…un bon début donc.
Vaguement impatient de ne rien voir venir, Columbo relance le jeu par un courrier du 17 novembre 2010. De son côté, Maître Comina vient aux nouvelles par une courte missive à Canoy-Columbo du 1er décembre 2010.
Sans attendre, Columbo procède à une nouvelle relance du Bâtonnier de Paris le 2 décembre 2010, sans savoir qu’une discrète opération de « satellisation » vient d’être mise en œuvre à son encontre par le camp adverse.
Les batônniers s’emmêlent
Elle débute par un nouvelle lettre à MERCUN du 29 décembre adressée par Christine SIGAUT CORNEVAUX déléguée du Bâtonnier de Paris, l’informant que « votre nouvel avocat a reçu de Monsieur LANTOURNE toutes les explications nécessaires à la compréhension de votre dossier… » Gonflé…
Dans un second temps, Columbo est informé téléphoniquement – mieux vaut ne laisser qu’un minimum de traces ? – qu’il s’est adressé au mauvais guichet et que c’est le Bâtonnier de Créteil qui doit lui délivrer le précieux sauf-conduit. Sitôt dit, sitôt fait…
Le 14 décembre 2010, dans un style ampoulé d’un ridicule achevé, Arnaud Bernard, Bâtonnier de Créteil, esquisse le 3ème temps de la valse. Il accuse réception de lettres des 2 et 12 décembre et informe Columbo « qu’en raison des sommes en jeu et du contexte quelque peu particulier de cette affaire, je ne peux vous délivrer mon visa sans avoir, et conformément aux usages en pareille matière, à tout le moins saisi mon homologue Parisien… » ; arrière toutes donc…
Déportation enrobée, Lantourne assigné
Une relance de Columbo à Arnaud Bernard du 10 janvier 2011 laisse présager d’un début d’année un peu tendu entre l’avocat des humbles, et le Bâtonnier de Créteil. Le 28 février à 15 heures, alors qu’il se trouve au « Château des Rentiers » en compagnie de son client MERCUN venu spécialement de Suisse pour donner des explications à un Commandant de Police qui enquête sur les mafias de l’Est et la contrefaçon, Columbo reçoit un appel téléphonique d’Arnaud Bernard. Ce dernier l’informe de la délivrance du fameux visa et lui indique l’expédier par télécopie le jour même…
En foi de quoi, Columbo qui n’a toujours rien reçu le 14 mars, fait néanmoins délivrer son assignation de Maître LANTOURNE.
Méfiant, Columbo se résout toutefois à rendre visite au Bâtonnier de Créteil le 21 mars pour s’enquérir du sort dudit « visa ». Il le récupère sur place tout en constatant qu’il est daté du 18 mars et non du 28 février. Bizarre…
Mais la plus grosse surprise reste à venir. Le 13 juillet 2011 avec un aplomb inouï, le Bâtonnier de Créteil somme Columbo de se dessaisir de son dossier au profit d’un confrère !
Il fonde sa requête extravagante sur un article du règlement intérieur national des bavards stipulant que « sauf accord préalable du Bâtonnier, l’avocat qui accepte de succéder à un confrère ne peut défendre les intérêts du client contre son prédécesseur ». Un moyen il est vrai très confraternel de s’absoudre de toutes fautes et défauts de conseils au préjudice des clients… Pour compléter la farce et contre toute évidence, l’impayable Maître Arnauld Bernard ne craint pas d’affirmer à Columbo que ce dernier aurait omis de l’informer qu’il avait succédé à Maître LANTOURNE ! Avant de dégainer l’arme fatale : « A la demande de Maître LANTOURNE, mon homologue parisien (qui, soit dit en passant, connaît l’affaire depuis le 6 juin 2010 !) faisant la simple lecture de notre texte normatif qui ne souffre d’aucune discussion, me demande donc d’intervenir auprès de vous à l’effet que vous vous déportiez… ».
Le masque du Bâtonnier tombe définitivement lorsque son secrétariat expédie par erreur à Columbo qui n’en est pas encore revenu, un courrier du 10 août 2011 évidemment destiné à un confrère et qui débute ainsi : « Il vous souvient qu’en sa séance en Mars dernier, notre Conseil de l’Ordre vous a désigné pour faire rapport dans le cadre d’une procédure disciplinaire que j’ai décidé d’initier auprès (sic) de notre Confrère Canoy… »
Un délai de plus d’un an et des manœuvres aussi souterraines qu’inexplicables dignes des meilleures fables maçonniques : C’est cher payer le droit d’entretenir le mince espoir de Janez MERCUN, né en 1931, d’obtenir un jour justice…
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