Tweets by @Bakchich

Vous êtes ici

Ponzi chez les Amish : là c’est vraiment grave…

On touche le fond ; plus exactement le profond : Sugarcreek, comté de Holmes ; « la petite Suisse de l’Ohio » claironne fièrement le site Internet du bled (www.villageofsugarcreek.com) qui prospère sans stress à deux heures de voiture au sud de Cleveland ; ici pas de 4x4 au centre ville ; des mecs à chapeau de paille, barbus depuis leur mariage et rarement victimes d’obésité, dans des buggy de collection tirés par des chevaux paisibles. Les femmes portent exclusivement des robes et une coiffe qui rappelle la quichenotte de Vendée…

Bienvenue à « Amish-land », fief de la communauté anabaptiste née au 17ème siècle en Alsace du côté de Sainte-Marie-aux-Mines, qui s’efforce de vivre hors du temps au cœur de l’Amérique rurale, et parle un dialecte allemand oublié en Europe.

Chez les Amish, pas de sécu, de retraite ; on participe rarement aux élections et l’on ne fait pas son service militaire ; les piliers de la communauté sont l’entraide et la solidarité affirme le maire de Sugarcreek, un certain Jeremiah Johnson. Ambiance…

Des valeurs dans lesquelles a été élevé Monroe L. Beachy, 77 ans, issue d’une célèbre famille Amish du coin, et qui s’est un peu lassé des travaux des champs à la fin des années 90.

Il a monté son fonds de placement A & M Investments qu’il n’a évidemment jamais déclaré à la SEC tout en assumant bénévolement le poste de trésorier du Amish Helping Fund (AHF -3509 US Route 62 – Millersburg – Ohio). Une coopérative qui comme son nom l’indique, fournit de l’assistance administrative lorsqu’il faut – rarement – remplir de la paperasse, et collecte l’épargne des fermiers et autres charpentiers locaux pour la prêter afin de préserver le « Amish way of life »…

Le nouveau testament écrit par Ponzi

Ce petit coin de paradis pastoral a été méchamment secoué d’apprendre en février dernier que Monroe Beachy avait dû d’avantage étudier les mémoires de Charles Ponzi que le Nouveau Testament.

 - JPG - 27.6 ko

Le fric qu’il prétendait placer dans des titres émis par Gime Mae (et oui, encore et toujours des « fameux » mortgage backed Securities…) a fondu comme neige au soleil, les nouveaux investisseurs payant, jusqu’en 2010 date de dépôt de bilan de Beachy, les revenus ( pourtant modestes) garantis aux précédents.

33 millions partis ad patres

Bref, du Ponzi pur jus : 2 700 familles Amish lui ayant confié un total de 33 millions de dollars (le Amish Helping Fund en est de sa poche pour 1,8 millions) dont 17 millions ont disparu dans des placements malheureux qu’il a dissimulé le plus longtemps possible au moyen de relevés de comptes fictifs. Personne à Sugarcreek n’ose imaginer que Monroe ait pu les mettre dans les poches de sa salopette OSHKOSH…

Attiré par la lumière de la ville, il a, dit-il simplement, parié sur les outils financiers du capitalisme triomphant : Certificats de Dépôt merdiques, junk bonds et autres détestables manifestations du Malin.

Son cousin, Jake Beachy, évêque de l’Eglise du Nouvel Ordre qui a investi quelques centaines de dollars dans A&M Investments, est littéralement dévasté : «  tout notre mode de vie tend à nous mettre à l’abri de ce genre de catastrophe ; le plus dur pour notre famille c’est d’entendre parler de Monroe comme du ‘Bernard Madoff Amish’ ; les fidèles s’imaginaient que le problème se règlerait entre nous. Certains vont même jusqu’à affirmer que les contraindre à déposer plainte au tribunal contre mon cousin constitue une violation de leur liberté religieuse…  » .

Plus que la progression du chômage, des saisies immobilières de la désindustrialisation et de la précarité, c’est bien l’arrivée de ce salaud de Ponzi chez les Amish de Sugarcreek qui révèle à quel point l’économie de l’Oncle Sam est malade…

Cliquez ici pour télécharger l’acte d’accusation - PDF - 101.4 ko
Cliquez ici pour télécharger l’acte d’accusation

A lire ou relire sur Bakchich.info


On achète un logement à crédit avec des subprimes. On ne peut plus payer, le logement est saisi. Hypothéqué, il devient un support de créances. Que des investisseurs achètent. Mais si la saisie est illégale ? Tout (…)

Ruth Madoff, la femme de l’escroc, est priée de rendre 44,8 millions de dollars aux victimes de son cher et tendre. Et Bernie, dont la cote de popularité remonte dans l’opinion, coule des jours tranquilles en (…)

Le "gendarme" de la bourse américaine, la SEC, a rendu public un rapport destiné à expliquer pourquoi elle n’est pas parvenue à détecter la fraude montée par l’escroc Bernard Madoff. Une lecture cruelle… pour la SEC elle-même. Episode (…)

L’aura de l’ancien patron du « Monde » est telle qu’il lui arrive de se trouver embarqué dans une opération de lobbying pour sauver les victimes de la fraude Madoff… alors qu’il n’en est rien.