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Les sous-traitants d'Apple en deuil
Papier publié le 27 août 2010
Les salariés chinois de Foxconn sont vraiment gâtés. Pour contrer la vague de suicides de ses ouvriers, le sous-traitant d’Apple qui produit 24 millions d’iPhone cette année, a organisé… une « fête anti-suicide » la semaine dernière (18 août). Le lieu de la sauterie : Shenzen, où 16 employés (12 y sont "parvenus") ont tenté de mettre fin à leurs jours en sautant de leur appartement ou des dortoirs ces six derniers mois.
Un défilé assez gratiné si l’on en juge par les images de la sauterie (voir aussi de jolies photos sur shanghaiist.com). 20000 jeunes (certains sont embauchés dès 16 ans) salariés costumés ont scandé des slogans et levé des pancartes prônant l’amour de la vie et de la famille. Sans doute par identification pour le super-héros qui bondit des immeubles, l’un des costumes les plus prisés semblait être celui de Spider-Man (voir ici). D’autres se sont plus sobrement affublés d’un tee-shirt : « I love Foxconn » .
Une « chouette » usine
Ce remake asiatique de France Telecom a été dénoncé par plusieurs journaux depuis le début de l’année, à mesure que s’enchaînaient les nombreux sauts mortels à l’usine de Shenzen. Cet été, des journalistes de CNN, The Telegraph, et Libération ont pu visiter la grosse usine de fabrication de composants électroniques (que le grand patron d’Apple Steve Jobs a qualifié de « chouette »).
Les conditions de travail contrastent avec les mirifiques images de la surprise-partie de la semaine dernière. À Shenzen, plus de 300 000 ouvriers travaillent à la chaîne entassés à 10 par chambrée. On y travaille 12 heures par jours, 6 jours par semaine pour un salaire mensuel de base de 900 yuans (105 euros). Les ouvriers y sont si heureux qu’ils font un rab de 120 heures supplémentaires en moyenne par mois… Ajoutez à ce lieu enchanteur des erreurs sanctionnées par des amendes ou des violences de vigiles zélés en cas d’erreur d’ouvriers et une interdiction de communiquer entre salariés dans plusieurs services de l’usine pour commencer à résoudre le mystère de cette hécatombe et évaluer le mauvais goût de la fête de mercredi dernier.
Des moines en renfort
La bringue anti-suicide s’ajoute à une tripotée d’initiatives plus ou moins efficace de ces derniers mois. Si le groupe a bien mis en place un service de conseil téléphonique ouvert 24h/24 et des consultations avec des psychologues, il a aussi invité des moines bouddhistes à lever le mauvais sort, ouvert une salle de stress où les employés munis de battes pouvaient déverser leur frustration sur des mannequins. Les dirigeants ont même annoncé en avril qu’une musique douce accompagnera les bucoliques journées à l’atelier…
Mais, comme ces précédentes mesures, les filets anti-suicide posés sous les fenêtres des dortoirs n’ont pas empêché d’autres voltiges. De même que le choix de ne pas dévoiler la cause de certains décès. Par respect pour les victimes, avait précisé le porte-parole face aux accusations médiatiques. On sait faire preuve de pudeur chez Foxconn… Après avoir longtemps nié un lien entre les morts et les conditions de travail, le patron milliardaire de l’usine de Shenzen Terry Gou vient d’annoncer une augmentation très forte des salaires (le double). Il aurait peut-être fallu commencer par là…
« Engagez-vous ! », qu’ils disent
Cette annonce et le plan de communication lancé par la fête déboulent en même temps que la déclaration de Foxconn d’embaucher 400000 personnes dans ses usines chinoises au cours des 12 prochains mois (peut-être pour compenser les futures "pertes" en effectif). Car les commandes, elles, ne faiblissent pas.
Mais le PDG a aussi annoncé à ses actionnaires que les indemnités aux familles ne seraient plus versés en cas de suicide. Une lettre d’adieu d’un employé décédé qui évoquait l’argent que ses parents pourront gagner par sa mort lui a servi de justification. Il est vrai que depuis l’été dernier, Foxconn verse 30000 yuans (3500 euros) par an à la famille de l’homme de 25 ans qui avait perdu le prototype d’un iPhone 4. Le distrait s’était jeté de sa fenêtre après avoir subi un interrogatoire musclé par les gardes de sécurité du groupe (voir vidéo parodique ci-dessous). Les ouvriers devront donc signer un papier ôtant toute responsabilité à la société. Voilà qui rassure : l’argent de Foxconn ne passera donc plus par la fenêtre à cause d’ouvriers dépressifs.
Laurent Macabiès
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