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Crise financière : de qui se moque-t-on ?
Les spectateurs de la tragédie grecque de la rentrée « défaut or not défaut » qui promet de rester à l’affiche un bon moment, ont de plus en plus de mal à en suivre les rebondissements tant les scénaristes se sont employés à brouiller l’intrigue.
Le prix des places paraît déjà très excessif en regard de la qualité du spectacle. Pire, on pourrait même leur demander de repasser à la caisse à la sortie.
L’occasion est donc toute trouvée pour se demander jusqu’à quel point et pendant combien de temps encore, les acteurs de tous bords de cette misérable pantomime ont l’intention de rouler le public dans la farine avant de le mettre financièrement à contribution.
Too big to fail, temps béni révolu
Au commencement étaient les banques. En l’espace de quelques années, et de manière aussi insolite que singulière, les états « libéraux » ont fini par décréter qu’elles constituaient une caste à laquelle ne pouvaient s’appliquer les principes du darwinisme économique : ‘too big to fail’ ; on sait ce qu’il en est advenu ; assurées de l’absence de toute sanction et en particulier qu’elles seraient toujours secourues par le con…tribuable, (souvenons-nous :100 milliards de Francs pour le seul Crédit Lyonnais ! Un scandale d’état ayant valu à un certain Trichet Jean-Claude d’être mis en examen pour « diffusion de fausses informations au marché, présentation et publication de comptes sociaux inexacts »…) leurs branches « banque d’investissement » mues par une cupidité triomphante, se sont lancées dans les opérations les plus folles en termes de risque systémique : Pile je gagne, face tu perds et passez la monnaie dans tous les cas ; de 2007 à 2010 par exemple, la BNP a tout de même engrangé 24,44 milliards d’euros de profit ; moins heureuse, la Société Générale a généré pendant la même période 7,5 milliards d’euros de résultat. Théoriquement de quoi voir venir…
Au secours des banques
A leurs actionnaires et leurs dirigeants affamés, elles n’ont hélas pas osé suggérer de mettre assez de noisettes de côté pour l’hiver. La sanction n’a pas tardé : après avoir affirmé haut et fort que les banques françaises étaient solides et tout au plus confrontées à un vague petit problème très ponctuel de liquidité (n’est-ce-pas Monsieur Christian Noyer ?) leurs maîtres ont fini par admettre récemment la nécessité de les recapitaliser. Une mesure qu’en haut lieu, avec un brin de suffisance technocratique, on disait superflue voire saugrenue il y a seulement quelques semaines et qui semble soudain urgentissime…
D’ailleurs à y regarder de plus près, le vague souci de liquidité évoqué plus haut résulte en réalité de leur refus égoïste d’alimenter le crédit interbancaire et de prêter aux copines, de peur de se ramasser des ardoises définitivement irrécouvrables. Au lieu de cela, elles préfèrent placer leur trésorerie auprès de la Banque Centrale Européenne pour des nèfles. Bref, en clair, la question pseudo-technique de la liquidité dissimulait à un public inattentif et niais, celle plus grave encore, de la solvabilité d’établissements financiers présumés insubmersibles et ayant franchi avec succès, telle la franco-belge DEXIA, les « fameuses » épreuves de stress-tests.
La BCE joue la montre
Bonne mère, la « Banque des Banques » européennes qui essaie juste de jouer la montre, leur renvoie aujourd’hui l’ascenseur ; le communiqué du 6 octobre 2011 du Conseil des Gouverneurs de la Banque Centrale Européenne annonçant la mise à disposition desdites banques de 2 ‘opérations de refinancement à plus long terme’ (LTRO) ne fait que confirmer ce que le public ignore : en attendant l’indispensable renforcement de leurs fonds propres (la dette grecque provisionnée à 21% pourrait s’avérer pourrie à hauteur de la moitié en cas de défaut partiel), la bande à Trichet leur apporte une ultime bouffée d’oxygène de plusieurs centaines de milliards d’euros pendant 12 à 13 mois à partir du 25 octobre et du 21 décembre, à des taux d’intérêts défiants toute concurrence.
La mouche dans le lait c’est que la BCE s’est bien gardée d’indiquer que ces concours seront renouvelables à leur échéance. De sorte que ce fric ne sera jamais consacré par ses bénéficiaires au financement à moyen terme de l’hypothétique relance économique de la zone Euro. A la place, il y a toutes raisons de penser que les banquiers voraces vont le placer dans de nouvelles obligations émises par l’Italie et l’Espagne à des taux bien supérieurs, à cause de leur décote par les agences de notation (Fitch Ratings vendredi 7 octobre aux dernières nouvelles avec perspectives négatives), et encaisser la différence…en espérant que les latin lovers soient en mesure d’honorer leur signature au moment où il faudra redonner son flouze à la BCE. Encore que…
Chafouine chancelière Merkel
Sauver les banques était d’ailleurs le thème de la nouvelle rencontre furtive du couple de l’été, Merkel-Sarkozy, dimanche 9 octobre.
Comme nous l’indiquions dans notre précédente livraison, la Chancelière semble de moins en moins réceptive aux roucoulades du président Commandeur du Pouvoir d’Achat : « les banques doivent d’abord essayer de lever le capital par elles-même ; si ça ne fonctionne pas alors les états membres doivent agir avec les instruments dont nous avons fait usage en 2008-2009, et c’est seulement après, et si le pays ne peut pas faire face, que le FESF doit être employé » a-t-elle déclaré avec malice au sortir du thé dansant de dimanche.
Ajoutant même en regardant son Nicolas droit dans les yeux, que le pays bénéficiaire du concours du Fonds Européen devrait s’engager à un programme de réforme structurelle…
La France, bonnet d’âne de la dette
Un point de vue évidemment très éloigné de celui de son partenaire, grand timonier autoproclamé face à la crise, qui voudrait bien taper dans la caisse commune européenne, et qui serre les fesses plus fort que les poings à l’idée de voir la France perdre son triple A à 7 mois d’une échéance électorale assez mal engagée.
Une éventualité néanmoins assez crédible si les banques françaises devaient avoir recours à des fonds publics – par définition empruntés – pour se refaire une petite santé, la France ayant le ratio d’endettement (86,2%) le plus élevé des 6 états titulaires d’un Triple A dans la zone Euro.
A défaut des banques, définitivement intouchables, subsiste bien sûr la possibilité de nationaliser les agences de notation et de détruire ainsi le thermomètre pour ne plus voir monter la température…
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