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Syrie ne rime pas avec Kadhafi

Ironie de l’Histoire, le câble 09DAMASCUS807 – merci Wikileaks – qu’expédiait à Washington le 19 novembre 2009 l’ambassade US à Damas (« Optimisme de l’ambassadeur de France quant à la visite d’Asad à Paris et aux relations franco-syriennes  ») explique dans une large mesure la différence de traitement infligé par le Quai d’Orsay à ces deux ex-meilleurs amis de la France que sont le désopilant Colonel Kadhafi toujours en fuite, et le non-moins gai luron, Bashar al Asad que l’on ménage encore, en dépit de sa très nette inclination à éliminer par la force toute trace d’aspiration démocratique dans son pays…

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Sujet : optimisme de l’ambassadeur de France quant à la visite d’Asad à Paris et aux relations franco-syriennes

Résumé : l’ambassadeur de France en Syrie a qualifié la récente visite à Paris du président syrien Bashar al Asad de succès relationnel pour Damas, en permettant à Asad de donner une impression positive à l’ensemble de ses interlocuteurs. L’accent a été mis sur la paix au Moyen Orient et sur d’autres questions régionales. Contrairement à ce qu’ont affirmé les médias, les entretiens ont fait peu de place à l’aspect économique (bien qu’Asad ait ouvert d’intéressantes perspectives sur le rythme de développement économique et politique en Syrie) ainsi qu’aux relations bilatérales franco-syriennes. Exception faite d’un désaccord sur le dossier nucléaire iranien, les deux parties ont constaté une grande convergence de vue. Paris à manifesté une volonté de rechercher les moyens de compenser les conséquences économiques négatives de l’échec de l’accord d’association avec l’Union Européenne. Asad ne s’est montré ni négatif ni agressif dans son appréciation des engagements américains envers la Syrie qui s’améliorent selon lui, tout en soulignant qu’il avait d’autres sujets de préoccupations. Fin de résumé

L’ambassadeur de France en Syrie Eric Chevallier a fourni le 18 novembre au CDA (Charles Hunter) une synthèse de la récente visite de travail à Paris du président syrien Bashar Al Asad. Le voyage des 12 et 13 novembre, qu’il a qualifié de très positif du point de vue des deux parties, a donné lieu à un déjeuner de travail avec le président Sarkozy, un entretien avec le président du Sénat et plusieurs sénateurs (dont Philippe Marini, le représentant personnel de Sarkozy pour la Syrie), une séance de deux heures de questions-réponses avec des leaders d’opinion, et un dîner avec le conseiller élyséen Claude Guéant. Asad a également accordé une interview à France 2 et a rencontré des membres de la communauté syrienne expatriée. Selon Chevallier, Asad a fait une impression unanimement positive quant à son approche raisonnée des problèmes posés, contribuant à un succès d’image pour la Syrie. L’ambassadeur a raconté qu’après les questions-réponses, la table-ronde et l’interview télévisé, ses contacts, dont certains participants, lui ont téléphoné pour souligner à quel point à leurs yeux, le dirigeant syrien s’était comporté positivement.

Paix, les questions régionales sont prédominantes.

Une grande partie du contenu des échanges de vues a déjà été révélée par les médias, en particulier l’affirmation d’Asad selon laquelle la Syrie est prête à reprendre les discussions avec Israël, par le truchement d’une médiation turque, au stade où elles avaient été interrompues l’année dernière après la quatrième rencontre. Toutefois, la Turquie ne constitue pas l’unique possibilité, les français s’employant à être partie prenante à la médiation après que le premier Ministre israélien Netanyahu ait manifesté une ouverture en ce sens quelques jours après le départ d’Asad de Paris. Bashar a fait connaître sa légère déception au constat des résultats de l’effort de paix américain, désignant Netanyahu comme le principal responsable de cette situation. Le dirigeant syrien a également insisté sur la nécessité d’une plus grande union des palestiniens, sans pour autant que cela fasse obstacle au processus lancé par les égyptiens. L’ambassadeur Chevallier a indiqué que Muallim a eu des discussions avec le dirigeant du Hamas Khaled Meshaal avant la visite, et que Meschaal lui aurait confié être prêt à faire d’avantage en vue de la réconciliation. Sur le Liban, Asad a plaisanté en indiquant que Sarkozy pourrait lui adresser un blâme pour violation de la Résolution n°1559 du Conseil de Sécurité de l’ONU à cause de diverses implications dont celle des saoudiens. Il s’est déclaré confiant que les nouvelles relations de coopération avec Riyahd favoriseraient la stabilité au Liban. Seules les activités nucléaires iraniennes ont donné lieu à un désaccord entre les dirigeants, Asad critiquant l’attitude de Paris préalablement à l’acceptation explicite du droit de l’Iran à se doter d’une énergie nucléaire civile. Sarkozy a soulevé la question de Clothilde Reiss avec Asad qui a réprimandé son hôte pour n’avoir pas apprécié à sa juste valeur le geste de Téhéran de l’avoir libéré avant son procès (actuellement en cours). Il semble qu’Asad ait refusé d’intercéder de nouveau en sa faveur auprès des iraniens, en invoquant le nécessaire respect des procédures judiciaires iraniennes.

Peu de choses sur l’économie et l’engagement américain.

L’affirmation des médias selon laquelle les échanges ont porté sur le commerce et les opportunités d’investissement est infondée selon Chevallier. De même qu’il n’y a pas eu, et qu’il n’y avait pas lieu d’insister sur l’appréciation des relations bilatérales, lesquelles reposent maintenant sur des bases solides à la suite des nombreuses visites réciproques d’officiels de haut niveau. L’ambassadeur a confié qu’à cause des conséquences économiques négatives à court terme pour la Syrie après l’entrée en vigueur de l’accord d’association avec l’Union Européenne, Paris recherche des moyens d’en compenser l’impact, sans pour autant fournir des compensations directes s’est-il empressé d’ajouter. Asad a véritablement ouvert des perspectives quant aux défis auxquels est confrontée la Syrie. Reconnaissant que le progrès économique nécessiterait une modernisation politique, il a défendu l’idée selon laquelle le rythme de l’un et de l’autre pourrait être différent. Il a affirmé qu’il y avait quelques ouvertures au plan politique, mentionnant par exemple les médias. Néanmoins, le progrès économique est incontestablement plus rapide ne serait-ce que parce que parfois, vous saisissez simplement les opportunités qui se présentent. Bashar est incontestablement déterminé à faire de la Syrie, une passerelle commerciale entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest.
Chevallier partage le sentiment personnel que, dans ce but, la Syrie devrait encourager la stabilité en Irak afin d’engranger les bénéfices de la reconstruction de son voisin oriental, malgré le sentiment grandissant selon lequel le Premier Ministre irakien Maliki pourrait bien ne pas perdre les prochaines élections.
Interrogé sur le sentiment de Bashar sur l’engagement américain envers la Syrie, l’ambassadeur a, dans un premier temps, paraphrasé les commentaires des médias selon lesquels, il est confiant quoique un peu déçu. Selon Chevallier, le ton n’était ni négatif ni agressif. Bashar aurait poursuivi en affirmant avoir d’autres choses à faire en attendant, faisant allusion à l’amélioration de ses relations avec la Turquie, l’Arabie Saoudite et d’autres.

Commentaire : les relations franco-syriennes se sont considérablement améliorées au cours des 18 derniers mois, notamment après l’ouverture en octobre à Damas d’un bureau de l’agence française de développement qui en constitue la dernière illustration. La visite d’Asad n’a fait qu’amplifier la tendance. Bien que Chevallier se soit interrogé en riant sur le point de vue officiel français sur la déclaration à la télévision syrienne de Bouthaina Shaaban conseiller d’Asad, selon laquelle la rencontre Sarkozy-Asad a été l’une des plus importantes jamais tenues à l’Elysée, il a cependant admis que la visite est un succès tant pour Damas que pour Paris. L’avis de Paris est en revanche nettement moins clair quant à ce que des observateurs présents ici considèrent comme un bras de fer avec Sarkozy sur les ambitions de ce dernier de s’arroger le rôle de médiateur entre la Syrie et Israel.

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