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Tunisie, hôpital libyen
Depuis Tunis
Muammar Kadhafi mort, la Libye est en fête, sa voisine tunisienne aussi.
A l’annonce de la mort du dictateur Libyen, un peu partout dans les rues de Tunis, les voitures klaxonnaient, chauffeurs et passants brandissant un drapeau libyen, croissant sur fonds de vert-noir-rouge. Tunis est une petite Libye à elle toute seule. Depuis le début de la révolution Libyenne, le 17 février 2011, environ 15 000 blessés Libyens ont été transportés en Tunisie pour s’y faire soigner. 10 000 supplémentaires sont sur une liste d’attente…
A l’hôtel Yadis Ibn Khaldoum, dans le centre de Tunis, 65 combattants Libyens (contre Kadhafi) ont été accueillis gratuitement, grâce au soutien du CNT (le Conseil National de Transition). L’un a perdu une jambe, l’autre un bras, un autre un oeil, et encore. Ils errent, jour et nuit, consultant facebook, l’ordinateur sur un genou, le téléphone sur l’autre, appelant, rappelant, au pays, pour prendre les dernières nouvelles. Certains finissent par s’échapper en boîte de nuit.
La plupart vient de Misrata, là où les combats contre les forces armées du dictateur furent les plus durs, là où est exposé aujourd’hui le corps de Kadhafi. Odeur de tabac, lumière tamisée, musique classique, et une table ronde, autour de laquelle nous retrouvons six de ces anciens combattants, blessés, épuisés, déçus de ne pas y être, satisfaits et convaincus d’avoir gagné une possible liberté.
Ahmed, le chef de bande, la quarantaine, a deux béquilles à côté de lui.
« Je m’appelle Ahmed. Je suis professeur des universités. Je fais partie des révolutionnaires du 17 février. J’ai commencé à prendre le maquis dès le 15 février.
J’ai été blessé par un snipper, je me suis pris trois balles dans le genoux, et juste après, j’ai été fait prisonnier. Les conditions de détention étaient très dures. On était 42 personnes, dans une toute petite pièce…
Avant la révolution, je n’avais jamais eu une arme entre les mains. J’étais une personne ordinaire, je n’étais pas un opposant. On ne pouvait pas être opposant en Libye.
Le peuple Libyen a vécu dans l’injustice la plus totale, la privation des droits les plus fondamentaux. Avant cette révolution, nous avions l’impression d’être privés de tout. Toutes les ressources de la Libye étaient tenues par un seul homme. Grâce à Dieu, nous avons réussi à faire tomber le dictateur.
La mort de Kadhafi, c’est comme un moment historique sur la face du soleil.
Il y a 50 000 morts et plus de 70 000 blessés…. alors le fait d’avoir ce résultat, c’est une joie indescriptible. A ce moment là, nous avons réellement eu un sentiment de liberté.
Maintenant, nous avons tout à reconstruire.
Le peuple Libyen est un peuple cultivé, capable de grandes choses, mais nous ne pouvions rien. Maintenant, tout est ouvert. La Libye sera la plus grande démocratie du monde ! ».
Tiens, on entend l’hymne révolutionnaire Libyen ! C’est le téléphone de son ami Khaled, qui sonne.
C’est aussi la sonnerie d’attente de tous les téléphones portables Libyens.
Boubaker, 34 ans, est ingénieur électronique, il habite à Misrata :
« Je ne suis pas blessé, je suis venu à Tunis pour mon frère. Il a été blessé le 19 mars. Comme c’est une blessure grave (il a perdu la moitié de sa jambe), je l’ai accompagné.
Nous avons gagné, même si l’OTAN a aidé. Il ne faut pas nous voler la victoire. Tous nos morts, amputés, blessés, on ne peut pas dire que cette révolution, on ne l’a pas méritée !
Mais nous ne sommes pas naïfs, nous savons que rien n’est gratuit. Nous avons de grandes richesses ici, et nous savons que chaque obus donné, on le paiera au prix fort. Mais avant la chute de Kadhafi, il y avait déjà beaucoup de sociétés étrangères. Sauf que ce qu’elle produisait de richesse ne revenait pas au peuple Libyen… »
Ce soir, Boubaker rêve de Misrata. Mais il doit encore attendre que son frère guérisse, dans son hôtel un peu sinistre. Avant de nous quitter, il nous remet l’écharpe Libyenne. Un cadeau, pour « ne pas oublier ».
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