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Mazouz et Mazouz, les faux jumeaux du 11 septembre

Dix ans après le 11 Septembre, quand on s’appelle Mohamed Mazouz et qu’on porte une barbe, les portiques d’aéroport ont tendance à s’exciter. Explication : Le rappeur du groupe La Caution, plus connu sous le pseudonyme de Hi-Tekk, partage son patronyme avec un ex-détenu de Guantanamo, (fiche jointe) soupçonné d’avoir participé aux attentats du 11 Septembre. Ironie du sort pour celui qui a souvent abordé la question de l’Islamophobie et la difficulté d’être musulman après le 11/09.

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Un Momo peut en cacher un autre

Anglais d’origine marocaine passé par la Russie, le « mauvais Mohamed Mazouz » attire l’attention des services de l’oncle Sam. Il passera finalement un sale quart d’heure dans la zonzon cubaine après le 11 Septembre, avant d’être libéré faute de preuves.

« Momo » quant à lui, comme on l’appellera pendant notre long entretien dans un troquet de la place Gambetta, un peu en hommage nostalgique au héros de La Vie est un long fleuve tranquille, voit le jour en 1975 à Montreuil. Il ignorait tout de son « bad » homonyme, jusqu’à ce voyage au Canada avec son pote Romain Gavras. Le cofondateur du collectif Kourtrajmé et réalisateur de Notre jour viendra s’amuse un jour à taper son nom sur Google, avant de lui révéler qu’un autre Mohammed Mazouz, également d’origine marocaine, aurait été en biz avec Al Quaida et compterait sur la liste très VIP de ceux qui ont connu les séjours musclés à Guantanamo.

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« J’ai appris qu’il s’était fait serrer au Pakistan. En arrivant au Canada, c’était le stress total. Pourvu que mon nom ne leur dise rien ! Bon ils nous ont fait chier quand même. Tu sais 4 ans après le 11 septembre, un rebeu qui prend l’avion, c’était une expérience particulière ! Comme Romain a plutôt une tête de turc que de grec, avec sa grosse barbe, on a été retenus un bon moment ! » se marre Mohamed.

Contre toute attente, on lui fichera une paix royale lors de son voyage aux Etats Unis. Pas le moindre contrôle, zéro regard de travers ; Pas même la question rituelle «  Venez vous en Amérique dans le but d’y commettre des actes terroristes ? ». Dans leur parano les Grands méchants States auraient-ils de nouveau manqué de vigilance ? Explication plus plausible : le groupe de rap qui se rendait à New York pour une série de concerts, avait fait une demande de visas de travail. Il est donc vraisemblable qu’une enquête minutieuse avait été conduite en amont.

«  Une bande de musulmans banlieusards qui déboulent en Israël pour un concert, Il faut dire qu’on cherchait la merde ! »

En Israël, où La Caution est bookée pour un concert au Consulat de France, les choses sont moins soft : Trois heures d’interrogatoire en anglais, en français et en arabe. « On n’a même pas eu de tampon sur nos passeports mais sur un feuillet séparé, pour pas qu’on se fasse emmerder, j’imagine ! Parmi toute notre bande, il n’y a eu que les rebeu qui ont été interrogés. Ladj (Ly, du collectif Kourtrajmé, réalisateur du documentaire 365 jours à Clichy Montfermeil) a échappé au contrôle alors que j’ai cru qu’il n’allait pas y couper. Une bande de musulmans banlieusards qui déboulent en Israël pour un concert, Il faut dire qu’on cherchait la merde ! »

Comme on peut s’y attendre, le public du concert est à 100% Palestinien. Dans les rues par contre, ses cheveux longs et son look streetwear font prendre Mohamed pour un Israélien, et les « Shalom ! » amicaux fusent de toutes parts.

C’est avec un large sourire que Momo fait aujourd’hui référence à son anecdote tragi-comique à La Monsieur Klein. Il reprend toutefois vite son sérieux pour réaffirmer à quel point la tragédie du 11 Septembre a changé à jamais la vision du musulman dans le monde.

Un 11 septembre aux toilettes

« Le 11 Septembre 2001, j’étais aux chiottes quand un pote m’a annoncé au téléphone « c’est la 3eme guerre mondiale », balance t-il. A la télé, on voyait les pompiers se ruer dans les immeubles, et parler « d’explosions à chaque étage ». Je me rappelle de tout, ce jour là. Je ne voulais laisser aucun détail m’échapper. Il y a pourtant des tas d’éléments qu’on a écartés. Quelques heures plus tard, j’ai entendu des versions tellement énormes pour être crédibles : des passeports retrouvés intacts, un camion contenant des guides sur « comment faire exploser un bâtiment », des corans bien en évidence…J’ai immédiatement trouvé tout ça un peu trop simpliste »

Dès le début, il doute. Il aborde volontiers le sujet en interviews, tant dans la presse rap qu’ailleurs.

Le fameux discours de Colin Powell à l’ONU l’a fait bondir : «  Il montrait l’image satellite d’un camion sensé être la base chimique où étaient fabriquées les armes de destruction massive. Un petit camion qui tournait en rond sur lui-même…Alors que pendant les cours de physique à l’école, on te rabâche que l’une des premières conditions pour faire de la chimie, c’est de le faire dans un environnement stable. Là j’ai pensé qu’il insultait le monde entier »

Quand il fait part de ses doutes autour de lui, on le prend pour un illuminé paranoïaque. Bien avant les controverses, les délires conspirationnistes sur les blogs et le livre de Thierry Meyssan qui fit scandale.

La liberté d’expression dans les décombres des Twin Towers

« Aujourd’hui on ne peut plus contester une version officielle sans qu’on t’oppose indistinctement les satanistes, les illuminatis et le grand mélange conspirationnistes. Moi j’ai envie de répondre à ces gens là « Ecoute, les complots ça existe partout. A ton taf de merde, y a probablement quelqu’un qui mijote un truc pas net pour piquer ta place ! Le complot est une composante humaine qui se retrouve un peu partout, au travail, entre amis parfois… et bien sûr en politique, parfois même au sein d’un même parti selon les enjeux » Alors, l’effondrement des Twin Towers a t-il définitivement sonné le glas de la liberté d’expression ?

«  Dès qu’on émet des hypothèses, on se fait taxer d’anti libéralisme, d’antisémitisme, et j’en passe. Il y a un chantage, une vraie insulte à l’intelligence : réfléchir devient subversif : tu DOIS gober ce qu’on te dit. »

Il déplore cette pseudo légitimité qui fait que chacun ne peut parler que pour son propre camp « aujourd’hui, pour critiquer la politique d’un Etat ou d’ un peuple, il faut appartenir à ce peuple là, et encore tu passeras pour un traitre. Toi, Tu peux critiquer la politique Israélienne car tu as des origines juives. Pour ma part, je peux critiquer les musulmans, la politique menée par les Arabes au Moyen Orient. Ça agacera ma communauté mais je m’en sortirai sans les accusations qu’un non musulman aurait prises en pleine gueule. »

Hiérarchie des racismes

Au-delà de la paranoïa anti arabes, Mohamed s’insurge contre ce qu’il nomme l’émergence d’une hiérarchie des racismes depuis le 11/09. Aucune distinction ne devrait exister entre racisme, antisémitisme ou Islamophobie affirme-t- il. Sinon, on se retrouve vite dans une configuration où chaque communauté défend son bout de gras sans plus prêter attention aux autres : « L’antisémitisme et le racisme envers les noirs, les arabes ou les asiats’, même combat. Tu sais, ceux qui disent que les arabes sont des voleurs de mobylettes sont aussi ceux qui pensent que les juifs ont des gros nez et sont attirés uniquement par l’argent… » Et Hi-Tekk de relater en s’esclaffant une « discussion » avec des skinheads néo nazis chauds comme des braises qui se vantaient de « casser du noir et de l’arabe ». Les laissant sombrer dans l’ineptie de leur raisonnement, il tua dans l’œuf toute agressivité ce jour là. Jusqu’à laisser les gros bras désemparés face à leurs contradictions.

Pour Mohamed, c’est le 11 Septembre et la peur panique du musulman qui a favorisé l’avènement d’une droite « Sarko/Hortefeux/Guéant » toute puissante :

« Aujourd’hui, avec la politique des Sarkozy, Guéant, Hortefeux, on est au-delà de la décomplexion : c’est presque devenu « in » d’être réac, raciste sur les bords, délibérément provoc…Regarde Zemmour ! Tu te rends compte de la disquette d’Hortefeux sur les Auvergnats ? On a touché le fond, c’est bien la preuve que les mecs n’ont plus honte de rien…A contrario, dénoncer le racisme ordinaire te range dans la catégorie des idéalistes neu-neu, naïfs, plein de « bons sentiments »

Suite de notre portrait demain

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« Bakchich » publie en exclusivité les bonnes feuilles d’« Au nom du 11 septembre… », un ouvrage de journalistes et d’universitaires sur les dérives de la lutte contre le terrorisme des démocraties (…)
Retour sur l’un des « mythes » du 11 Septembre les plus méconnus… Les "Dancing Israeli", qui, dix ans après, font encore fantasmer le joyeux monde conspirationniste.
Deux journalistes ont rencontré des agents du F.B.I. en fonction pendant les attentats du 11 septembre 2001. Des témoignages passés presque inaperçus, dont Bakchich diffuse des extraits.