Tweets by @Bakchich

Vous êtes ici

Crise : La France vue de Berlin

Crispés sur leur certitudes un brin désuètes en regard des perspectives économiques de la zone Euro et avant même l’ouverture de la campagne électorale de 2012, le parti socialiste au sortir de ses primaires réussies et l’UMP qui trépigne d’en découdre, sont entrés dans une phase de promesses démagogiques et d’invectives.

L’électeur qui en règle générale, ne manifeste pas un intérêt immodéré pour la chose économique, ne sait déjà plus à quel saint se vouer. D’autant que d’un commun accord sournois et implicite, les forces en présence s’emploient à lui dissimuler le plus longtemps possible qu’elles n’ont l’une comme l’autre à lui proposer à moyen terme, que du sang et des larmes pour reprendre la célèbre formule de Winston Churchill.

Face à cette primauté de la com’ voire de la pure propagande et des omissions partisanes plus ou moins sélectives qu’elles engendrent dans le débat démocratique, devons nous nous résoudre à donner le dernier mot à Nietzsche selon lequel (Humain Trop Humain 1879) : « les convictions sont des ennemis de la vérité plus dangereux que le mensonge  » ?

Renvoyer dos à dos les bonimenteurs et les crétins sincères serait donc la seule mesure capable de rétablir un minimum de cohérence et de sérénité du débat public ?

Et si la vision la plus « objective » de la situation économique de ce pays venait d’ailleurs ? D’Outre-Rhin plus précisément où notre « premier partenaire » manifeste ces derniers temps une exaspération croissante pour les pitoyables gesticulations sarkozystes dont plus personne ne sait si elles sont à usage domestique ou international.

Dans la livraison du 24 octobre du Spiegel on Line, le site de l’hebdo allemand d’investigation plutôt de centre-gauche, Stefan Simons et Isabell Hülsen livrent un diagnostic du mal français certes simple et accessible au grand public, mais surtout sans concession et qui détonne fortement avec les foutaises technocratiques dont on nous berce ici à longueur de discours depuis des décennies ; raison de plus pour y jeter un œil et découvrir l’image de l’économie française telle qu’elle se reflète dans le « miroir » teuton…

L’article est titré :

Bonjour Tristesse (en français) : la France contemple la fracture de la crise de l’Euro

 - JPG - 48.5 ko

Une productivité en baisse, une économie stagnante et une dette qui progresse, il y a beaucoup à faire pour améliorer la santé économique française. Les marchés ont commencé à en prendre conscience et le pays menace de sombrer dans la crise de la dette européenne.

Pour évoquer la compétitivité de l’économie française, Guy Maugis est un acteur de premier plan. L’homme, âgé de 58 ans, est président de la Chambre de Commerce franco-allemande et patron de Bosch France. Près de 8 400 personnes sont employées par la filiale française du géant de l’électronique allemand. Bosch France a longtemps bénéficié d’un avantage au niveau des coûts par rapport à sa maison-mère. «  Mais nous l’avons complètement perdu au cours des 10 dernières années  » affirme Maugis.

Le constat de Maugis se retrouve d’ailleurs dans les statistiques officielles : l’économie française est en train de perdre son avantage compétitif. La productivité a baissé dramatiquement et la balance commerciale est déficitaire de manière chronique.

De plus, le pays est maintenant aspiré par la crise européenne. La semaine dernière, l’agence de notation Moody’s a laissé entendre que le triple A pourrait être menacé si le gouvernement ne fait pas l’effort pour remettre ses finances en ordre au cours des 3 prochains mois. La dette du pays de 1,7 trillions d’euros (2,3 trillions de dollars US) est égale à 84,7% du PIB, le ratio le plus élevé des pays européens notés triple A. La faible croissance de l’économie française est insuffisante pour réduire le déficit budgétaire du pays à moins de 3% prévu en 2013 tel que prévu par les règles européennes.

Les banques du pays sont également en difficulté. Les 3 principales agences de notation – Moody’s, Fitch et Standard & Poor’s – ont récemment dégradé la note de plusieurs des banques principales. De plus, et bien que le président Sarkozy et son gouvernement aient tenté de dissiper les craintes du public à ce sujet, la banque franco-belge Dexia est en quasi faillite. Depuis, il ne se passe pas un seul jour sans que réapparaissent des spéculations relatives aux difficultés auxquelles sont confrontées les grandes institutions financières.

Une austérité malheureusement inadéquate

Les banques françaises sont d’avantage exposées aux dettes grecques et italiennes que leurs concurrentes. A fin mars, elles possédaient 53 milliards d’euros de dette grecque, un montant qui en faisait les premières créancières du pays. Il y a de sérieuses craintes qu’une nouvelle crise bancaire obérerait la croissance française déjà faible, et augmenterait un peu plus la dette publique. C’est pourquoi Sarkozy aimerait voir la recapitalisation des banques françaises assurée par le Fond Européen de Stabilité Financière plutôt que par des fonds publics nationaux.

Son plus gros souci est le Triple A. S’il devait être perdu, ce serait le signal d’une propagation de la crise au cœur même de l’Europe. Le financement du FSFE et le sort de l’union monétaire seraient également en jeu.

Et la marge de manœuvre de Sarkozy se réduit d’autant plus qu’approchent les élections du printemps prochain. A la lumière de la précarité de la situation financière, le plan d’austérité en cours d’élaboration est malheureusement inadéquate. Il porte peu sur la réduction des dépenses publiques et se résume à des taxes sur les boissons alcoolisées, les boissons sucrées et les mutuelles de santé.

«  Quoi que puissent dire les agences de notation, la France a un problème fiscal chronique, et aucun progrès véritable n’est possible sans une véritable réforme  » affirme pour sa part Stéphane Boujnah, patron de la banque Santander en France et co-fondateur du think-tank ‘en Temps réel’. «  Les hommes politiques français se sont habitués à la dette. L’austérité est intellectuellement un territoire vierge pour eux, comme une sorte de dinde qui attendrait Noël…  ». Il est évident que la France a vécu au dessus de ses moyens pendant 37 ans. Le dernier budget en équilibre date de 1974. ‘Toujours plus’ l’ouvrage de François de Closets de 1982 est souvent évoqué ces derniers temps. « Il est évident que nous sommes le pays du toujours plus  » déclare de son côté Maurice Levy, patron de l’agence de publicité Publicis, et l’un des signataires d’une lettre ouverte au président demandant que les riches comme lui soient d’avantage imposés. «  La France a emprunté sans se préoccuper du fait qu’un jour, il faudrait payer l’addition  ».

Un pompier pyromane

Pendant des décennies, tous les présidents français ont employé la même recette : augmenter les dépenses en réduisant les impôts. Il en a résulté une augmentation des niches fiscales ; on en dénombre au moins 500 aujourd’hui. Elles comprennent notamment des mesures en faveur des ramasseurs de truffes, un rabais sur l’imposition des plus-values sur les cessions de chevaux de courses, et sur l’immobilier dans les DOM-TOM.

Personne n’a augmenté la liste plus énergiquement que Sarkozy. A elle seule, la réduction de la TVA sur les bars et les restaurants coûte 2 milliards d’euros à l’état. De nombreux restaurants affichent sur leur devanture : «  La TVA baisse et les prix aussi  ». Un constat que les consommateurs ont beaucoup de mal à partager. Malgré la crise de la dette, les cadeaux aux bars et aux restaurants ne sont pas à l’ordre du jour des discussions budgétaires.

En août, Laurent Fabius, l’ancien ministre des finances et l’un des leaders de l’opposition, s’en est pris vertement à Sarkozy et son programme d’austérité en affirmant que « c’est comme si un pyromane devenait chef des pompiers ».

Aussi nécessaire et rigoureux qu’un programme d’austérité puisse apparaître, «  si le gouvernement n’engage pas de sérieuses réformes, la France perdra d’avantage de parts de marché  » craint Michel Didier, président de COE-REXECODE, un institut de recherche économique proche du patronat. Il souhaite que le gouvernement prenne les mesures appropriées pour remettre l’exportation française en ordre de bataille. Le problème de l’économie française est qu’elle manque du tissus des entreprises moyennes qui font partiellement le succès des exportations allemandes. Et de ce point de vue, rien de nouveau ne transparaît dans les promesses politiques de refaire de la France une grande nation d’entreprenariat.

Robert Lohr connaît bien la question. Son affaire familiale Lohr Industrie, leader mondial de la fabrication de remorques pour transports de véhicules basée dans le village alsacien de Hangenbiten emploie environ 2 000 personnes. De son bureau, il a une vue sur un magnifique parc.

Pas assez de travail

Pour autant, Lohr se dit parfois qu’il ferait mieux de délocaliser son entreprise. De fait, une distance de 13 km pourrait lui changer radicalement la vie. « En Allemagne les politiques sont à l’écoute de l’industrie, parcequ’ils dépendent des entreprises moyennes. En France, seules les grandes entreprises intéressent le gouvernement  » affirme Lohr dont l’entreprise est importante mais méconnue. Parmi les plus grandes entreprises industrielles on relève les noms d’Alstom qui fabrique le train à grande vitesse ou encore le géant de l’industrie de défense, Thalès.

L’introduction de la semaine de 35 heures, un dispositif central de la politique économique française, coûte beaucoup d’argent à Lohr. « Ca été une catastrophe » affirme l’entrepreneur. Les salaires ont augmenté et la productivité en a souffert. « Aussi longtemps qu’il y avait du travail ce n’était pas un problème, mais ça le devient maintenant  »,conclut-il.

Il s’insurge aussi contre le niveau des charges sociales. Les employeurs français supportent 49% du salaire brut en charges sociales, alors que leurs concurrents allemands n’en acquittent que 28%. Globalement, le coût du travail a progressé de 39% entre 2000 et 2010. En comparaison, la hausse n’a été que de 19% en Allemagne pendant la même période.

C’est surtout l’armée d’employés du secteur public qui contribue à cette hausse. Un salarié sur 5 en France est payé par le gouvernement. Comme l’indique Maugis le patron de Bosch en France, les entreprises privées doivent supporter le poids de dépenses publiques sans cesse croissantes.

Avec envie, les français se sont récemment intéressés au ‘modèle allemand’. Les journaux sont maintenant remplis de tableaux et de courbes montrant l’avantage compétitif allemand

Le crise pour tout le monde

Les français font aujourd’hui leur livre de chevet du programme de réformes du marché du travail allemand désigné sous le nom d’Agenda 2010. Ils sont également impressionnés par la culture du partenariat social entre employeurs et employés qui prévaut en Allemagne, et pas seulement par l’une des composantes dudit marché. « La forte coopération entre les syndicats et les employeurs ont aidé les entreprises à faire preuve de flexibilité pendant la crise  », affirme Michel Didier.

L’admiration manifestée pour l’approche allemande est nouvelle. C’est seulement à partir de l’année dernière que Berlin a commencé à entendre Christine Lagarde, aujourd’hui directrice générale du FMI et hier ministre des finances, déplorer que la frugalité allemande soit préjudiciable à la consommation chez ses voisins ; au pays du Savoir Vivre, la discipline allemande paraissait à courte vue. Aujourd’hui, d’après un récent sondage paru dans Le Parisien, les français font d’avantage confiance à la Chancelière allemande Angela Merkel qu’au président Sarkozy.

Comme le relève Jean-Paul Fitoussi économiste à l’OFCE et conseiller du Premier Ministre, «  l’Europe est un concours de beauté permanent et c’est l’Allemagne qui est en train de le gagner  ». Il tempère néanmoins son propos : «  Si nous améliorons notre compétitivité en adoptant la même approche que les allemands, çà sera au préjudice d’autres pays européens ». La seule solution selon lui pour sortir de la crise c’est : d’avantage d’Europe  »… »

Plus d’Europe ? Un remède pas facile à faire avaler aux peuples européens en ce moment. La fronde des députés conservateurs eurosceptiques british qui ont fait passé le 24/10 un très mauvais quart d’heure à David Cameron à la Chambre des Communes au sujet d’un projet de référendum sur la sortie de l’Union Européenne de la perfide Albion, suffirait amplement à le démontrer…

A lire ou relire sur Bakchich.info


Au coeur des ténèbres du marché, la banque française est ballotée de rumeurs en spéculations. Une habitude.

Et si les voisins d’outre Rhin en avaient soupé de renflouer l’Europe ? Les signes avant coureurs d’une exaspération germanique affleurent, en même temps que la rumeur du retour au Mark. Acht (…)
Un patron de BMW qui dérape dans un journal espagnol, ce n’est pas courant. Pourtant dans El Mundo du 2 janvier, le patron local de la marque bavaroise n’a pas hésité : « l’Italie et la France surtout, ont compris qu’avec ça, ils pouvaient faire du (…)

Les dirigeants européens ont à nouveau annoncé dimanche une décision imminente sur un prochain plan de sortie de crise de la dette par la promesse d’un renforcement du Fonds européen de stabilité financière (…)