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Mazouz, caution banlieusarde Hi-Tekk

Un rappeur français d’origine marocaine qui pense, doute et critique, ça existe, n’en déplaise à Michel Raison et ses comparses. Le député qui voulait «  contrôler le rap issu de l’immigration » aurait eu de quoi faire avec «  Bâtards de barbares », un bijou de second degré by la Caution, servi par un clip ultra violent mettant en scène Sheitan, un groupe de rap fictif, «  terroriste sans cause ».

Pour Hi-Tekk, l’islamophobie n’est que l’arbre qui cache la foret d’une majorité incompétente ou impuissante. Le fait de ne pas donner de lieux de culte aux musulmans répond, selon lui à une volonté de manipulation : les voir prier dans la rue renforce presque mécaniquement le sentiment « d’invasion » nourri par la classe politique pour légitimer des mesures d’ordre public d’inspiration raciste.

Alors, désabusée, l’intelligentsia «  issue de la diversité » comme aiment à la désigner les médias qui préfèrent prendre des pincettes ?

« La droite est plus structuré, plus maline »

A l’écouter, on sent bien que Mohamed Mazouz vit un dilemme : tiraillé entre ses idéaux et ses doutes, révolté par la stigmatisation de sa communauté, résigné à subir les conséquences de l’inaction d’une classe politique déroutée dans laquelle il ne se reconnait pas.

Et 2012 ? Il n’y pense pas en se rasant, d’ailleurs il se rase rarement.
«  Idéologiquement, j’ai des principes de gauche. Mais je dois bien t’avouer que je ne me reconnais dans aucun candidat depuis bien longtemps. Le seul qui me parait honnête, c’est Besancenot…Mais globalement, la gauche me donne plus l’impression d’une meute de hyènes qui s’affrontent pour les restes d’un cadavre. La droite est plus structurée, plus maline. Elle n’a rien à faire pour éliminer la gauche qui se tire une balle dans le pied toute seule. La gauche est sensée être proche du peuple, comprendre la vie des gens, et elle est totalement à l’ouest. Un président de gauche, s’il applique ses principes, ne peut, par essence, pas toucher à l’économie ! »

« Sarko sait parler aux cons
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Lui qui les manie avec talent, mesure le pouvoir des mots sur les hommes, : Avec l’insécurité, le karcher, «  Les halls, les murs, les tess, les caves », Sarkozy aurait trouvé la formule ; comme Einstein, pour reprendre le fameux refrain des Rues électriques que les fans de La Caution entonnent en cœur en concerts.

«  Sarkozy a pris des leçons de langage avec George Bush, ils ont tous deux assimilé le langage des cons, ils savent comment leur parler. Sarkozy m’a bluffé à ce niveau là, il a réussi à se présenter comme l’être magique : Augmenter le pouvoir d’achat ? Quand tu as fait un peu d’éco au lycée, tu sais que ses promesses sont irréalisables. »

Comment la gauche française a-t-elle pu échouer ainsi avec les jeunes de banlieue, alors qu’un boulevard électoral s’offrait à elle ?

Pour Hi-tekk, il y a bien longtemps que les lascars de cités ont réalisé à quel point la gauche se foutait autant d’eux que la droite. Il a grandi avec sa famille à Noisy-le-Sec, à la grande époque communiste. «  Vers 1995, On a demandé qu’on mette une salle à notre dispo pour animer des ateliers pédagogiques, des cours de rap pour les petits. On nous l’a refusé au prétexte que de la délinquance, voire du trafic de drogue pourrait s’y développer ! On est restés sous le choc. »

« Le maghrébin banlieusard de France est un pur produit franco-français
 »

«  Le problème des émeutes de 2005, c’est que les gosses les ont faites dans leurs propres quartiers ! Par manque de politisation et d’encadrement ils dégradaient leur environnement. Ce n’était que l’expression de leur colère, sans tactique de pression politique derrière, d’où l’échec. On parle sans cesse du communautarisme des musulmans de France, mais c’est assez bidon. Les musulmans de France ne manifestent aucune une unité, ne créent pas d’assoces, de lobbys. Tu sais, j’ai grandi dans une cité où on passait notre temps à se taper entre nous ! On n’a jamais fait front pour s’unir et lutter contre l’extérieur, trop occupés que nous étions à nous diviser. Le maghrébin banlieusard de France est un pur produit franco-français. Tiraillé entre les cultures maghrébines et européennes, mais caressant l’idéal capitaliste : son rêve c’est d’avoir une grosse caisse, de belles pompes, des idéaux nuls aux final. C’est un profil socio-psychologique qu’on ne retrouve ni en Algérie, ni au Maroc. D’ailleurs dans ces pays, les rebeu de banlieue et leurs comportements laissent perplexes. Ils n’ont pas de motivation idéologique, politique. Leur souci numéro 1 est financier : comment trouver de la caillasse ? Moi je fais souvent des achats compulsifs, souvent j’achète des trucs dont je n’ai pas besoin, que je n’ai pas pu avoir étant enfant. On vivait bien, on mangeait à notre faim, on avait un toit. Mais on n’a pas eu le superflu. Le cours sur le déterminisme social à l’école m’a traumatisé. Ma pensée a été « jamais de la vie, je refuse ce système »

Cliché du matérialisme

Ce cliché du bonheur matérialiste avec grosses bagnoles, tasspés peroxydées et bling, n’est ce pas justement le rap qui l’a véhiculé ?

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« Je ne pense pas que le rap ait été le premier vecteur de ce message matérialiste sans conscience. J’ai 36 ans, ma génération, rappeurs compris, a d’abord été traumatisée par Scarface et Tony Montana. Le rap n’a fait que s’en inspirer. » En résumé ‘tu veux connaître mon rêve écoute ça, rouler en Testarossa’ est finalement plus ancré dans la réalité contemporaine que les incantations d’une classe politique qui ne comprend rien aux envies de cette jeunesse sans idéaux et se contente de l’inviter à aller voter…

De la vraie intelligence

« Dis aux gosses que le crime ne paie pas » ? Comme le clamait Fabe à peu près à l’époque des débuts de la Caution ? Peut être. Malgré leur réputation d’intellos du rap, Hi-tekk et Nikkfurie ne donnent jamais dans le « rap conscient moralisateur » : « Notre parti pris c’est de nous baser sur l’humain : L’humain est multifacettes, parfois conscient, parfois léger ou stupide, parfois déconneur et souvent triste. Et ben tout ça, c’est la Caution. On aborde les problèmes sociaux, mais de façon subtile, métaphorique. Je ne veux pas de nivellement par le bas, ni changer mon discours simplement pour qu’il plaise à un gosse de 16 ans ; franchement, ça m’emmerde. On a toujours pensé que notre musique devait être source de réflexion. Pour la majeure partie des gens, l’intelligence c’est emmagasiner des connaissances. Pour moi, c’est l’adaptabilité à toutes sortes d’environnements. Optimiser le peu de connaissances que t’as pour cartonner partout, sans jamais te sentir déplacé, c’est ça la vraie intelligence. »

Troisième partie de notre portrait de Maazouz, de la Caution à venir demain. Pour voir la première partie c’est là

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