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L'Euro apprend le Sirtaki
Si l’on fait mine de croire nos dirigeants éclairés, la fin de la grande récré de la crise grecque a été sifflée dans la nuit de mercredi 26 à jeudi 27 octobre 2011. Au terme d’un suspens insoutenable, l’inséparable et irrésistible duo comique « Merkozy » serait entre autre parvenu à vaincre la résistance de banquiers avides, déterminés à mettre leurs ardoises grecques à la charge du public plutôt qu’à celle de leurs actionnaires.
En réalité, la joyeuse kermesse nocturne soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Lesquelles risquent de faire retomber assez vite l’enthousiasme des marchés lorsqu’elles seront connues.
A commencer par le fameux « défaut » hellénique, qui ne porte pas son nom sous prétexte qu’il a été « consenti » par Athènes et « organisé » par les grands argentiers du monde. Une caractéristique qui, nous allons le voir, n’est pas sans conséquence pour les porteurs de CDS (Credit Default Swaps).
Ingrat ? Non un Grec
N’est-il pas invraisemblable en effet que les Grecs soient à peine reconnaissants à la communauté internationale d’avoir su imposer aux propriétaires de leurs dettes souveraines de se prendre une « haircut » de 50% en pleine tronche ? (en français on dirait plutôt une « veste » qu’une « coupe de cheveux » mais bon, le résultat est le même…)
Ces feignants continuent de crier au scandale et déplorent que l’opération ne se traduise finalement pour eux que par une modique baisse de 22% de leur surendettement (qui se maintient à 330 milliards d’euros), le ratio dette sur PIB du pays restant de toute façon dans la zone insupportable de 130%…
La propagande de Merkozy
De plus et non contents de continuer à geindre, ils affirment maintenant que nous sommes victimes d’une vaste opération concertée de propagande de la part de Merkel et surtout de Sarkozy. Alors qu’ils doivent se serrer la ceinture à s’en trancher le tronc, l’ opération « haircut » selon eux, ne coûtera au final, pas plus de 16 milliards aux banques puisque le gros de leur prétendu abandon de créance ne serait en réalité qu’un rééchelonnement sur une durée totale de 30 ans. Un fait dissimulé au public européen pour accréditer l’idée à la mode qu’on a fait rendre gorge aux banquiers…Et partiellement révélé par la hausses brutale des cours boursiers des titres bancaires dès jeudi matin.
L’autre question lancinante porte évidemment sur la confiance que l’on peut encore leur accorder. Ou, ce qui revient au même, à celle qu’ils se témoignent entre collègues. Le moins que l’on puisse dire est que la profession ne sort pas grandie de l’affaire des CDS.
L’accord décoiffe les assurés
En septembre dernier, ces sortes de primes d’assurance sur le risque souverain grec à 5 ans étaient devenues prohibitives ; il en coûtait à l’investisseur égaré qui aurait acheté des obligations pourries émises par Athènes, la bagatelle de 6,2 millions d’euros plus une prime annuelle de 100 000 euros pour assurer un capital de 10 millions d’euros à 5 ans ! Pas étonnant qu’à ce tarif, les « assurés » ne se soient pas pressés aux guichets : l’encours correspondant est évalué aujourd’hui à moins de 4 milliards d’euros sur un marché total des CDS de 25 000 milliards de dollars ! Même modestes, ces assurances devraient néanmoins être mises en jeu à la suite de la défaillance partielle grecque.
Mauvaise pioche hélas : « d’autres » banquiers réunis au sein de l’International Swaps and Derivatives Associations (ISDA) qui, entre autre, décident si les évènements financiers assurés par les CDS sont effectivement survenus et déclenchent les indemnisations, viennent de faire un joli bras d’honneur à leurs confrères amis cocus de la Grèce dans un communiqué du 27 octobre pas piqué des vers : « C’est le Comité des Déterminations qui déterminera si l’accord de la zone euro sur la Grèce est un événement de crédit au sens de la documentation relative aux CDS. Le Comité statuera dès que l’accord formel sera signé et si l’un des participants au marché des CDS en fait la demande. Sur la base de ce que nous en savons au terme de rapports préliminaires, il semble que l’accord de restructuration soit volontaire et non-opposable à l’ensemble des créanciers obligataires. De telle sorte qu’il n’apparaît pas que ladite restructuration soit un événement susceptible de déclencher la mise en jeu des CDS. De plus, il est important de souligner que la proposition de restructuration n’a pas encore atteint le stade où le Comité des Déterminations de l’ISDA serait en mesure de se prononcer sur la survenance d’un événement de crédit ».
En clair, collègues-pigeons qui avez acheté des CDS dérivés de la dette souveraine grecque, vous pouvez vous asseoir dessus… Guillaume Amblard, responsable mondial du trading et de la recherche quantitative pour les activités de revenu fixe à BNP Paribas et Eric Litvack, boss de l’activité flux action de la Banque de Financement et d’Investissement de la Société Générale, 2 des 21 administrateurs de l’ISDA scélérate et donc banquiers schizophrènes, ont sûrement été accueillis assez fraîchement à leur retour par leur employeur respectif, un brin plombé par le papier merdique made in Athènes.
En attendant les dominos
Plus grave encore, la nature du message adressé aux investisseurs la semaine dernière est assez clair : lorsqu’un Etat fait faillite, ne serait-ce que partiellement, les créanciers doivent (théoriquement) consentir des sacrifices importants ; un constat qui ne manquera pas d’affecter les rendements exigés par les marchés pour continuer d’acheter des obligations européennes émises par des pays en quasi stagnation et confrontés à des budgets d’austérité. D’ailleurs, dès le 28 octobre, celui des obligations espagnoles passait à 6% et 2 titres italiens progressaient à 7%.
Que feront l’Italie, l’Espagne, le Portugal et l’Irlande et sans doute d’autres lorsqu’elles seront au bout du rouleau : bingo ! demander elles aussi à bénéficier d’un « défaut partiel » à la sauce hellénique… Un risque que la Chancelière allemande ultime garante de la robustesse du château de carte, a voulu écarter le jour même en déclarant, d’après Reuters, « nous devons empêcher que d’autres demandent à bénéficier d’une haircut… ».
Une déclaration pas très engageante lorsque l’on sait que dans la zone Euro, seules l’Estonie, la Finlande et le Luxembourg respectent pour l’instant les normes du pacte européen de stabilité fixées à 3% du PIB de déficit public et 60% d’endettement au maximum.
L’Allemagne banque
Une crainte relayée sans langue de bois dès le 27 octobre au matin sur France-Info par Alain Lamassoure, Président de la commission des budgets du parlement européen : « …Nous français, nous avons l’air d’être très généreux jusqu’au dernier euro allemand ; jusqu’au dernier euro payé par les allemands. La réalité, qui est tout de même impressionnante aujourd’hui, qui est même inquiétante, c’est que toute la crédibilité de l’Union Européenne, de la communauté financière européenne, repose sur un seul pays qui est l’Allemagne, qui tient à bout de bras, l’ensemble de l’Union Européenne. On comprend que les contribuables allemands, que les citoyens allemands et leurs représentants au Bundestag, aient posé un certain nombre de conditions avant d’accepter la mise en place d’un système dans lequel, en réalité – naturellement on ne va pas le présenter officiellement comme ça – mais la réalité est celle-là, le payeur de dernier ressort si ça va mal, sera essentiellement l’Allemagne… »
Non décidément ; loin d’avoir trouvé un terme, la crise européenne née de la défaillance grecque ne fait manifestement que commencer…
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