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France-Egypte: Hosni soit qui mal y pense

Note aux dictateurs encore en poste. En ces temps de crise propices aux renversements populaire, voire démocratique, il ne fait plus bon planquer son magot en France. La justice tricolore, si elle déborde encore de précautions pour les chefs d’Etat peu regardant des liberté encore accrochés à leur trône, à l’instar des président africains visés par la plainte dite des Biens Mal Acquis (BMA), le parquet français se fait plus chatouilleux envers les roitelets déchus. Et d’une célérité louable.

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Le 11 février dernier, manifestants et armée renversent Hosni Moubarak après 30 années de règne sans beaucoup de partage. Le 25, les associations Sherpa et Afro Egyptian Human Rights Organization (AEHRO) déposent plainte contre Moubarak, sa famille, des hommes d’affaires liés à son clan et d’anciens ministres pour détournement de fonds publics : plus d’une trentaine de dignitaires du régime. L’objectif consiste à localiser et si possible restituer une partie de fonds détournés à l’Etat égyptien. Le 28, le parquet diligente une enquête préliminaire pour « recel de détournements de fonds publics, recel d’abus de biens sociaux, recel d’abus de confiance, recel de corruption, corruption d’agents publics et de personnes privées et blanchiment aggravé commis en bande organisée ». Et le boulot doit être fait prestement, achevée avant le 30 juin 2011.

Justice à deux vitesses

Timing respecté ! Le 14 juin les résultats de l’enquête semblent suffisante pour qu’un réquisitoire introductif soit introduit, le 17 juin les juges en charge du dossier sont désignés…Et les victimes alertées pendant l’été que les juges Le Loire et Gruman enquêteront sur ce dossier, comme sur le dossier de BMA concernant les président encore en activité (Obiang, Sassou, Dos Santos, Biya) ou dont la dynastie s’est prolongée (Bongo).

Et chargés d’enquête comme partie civile de goûter à la bonne volonté relative, selon les circonstances et les personnes visées, du parquet.

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Le pharaon Moubarak
© Khalid

Le 13 avril, saisis d’une demande de supplément d’informations contre les chefs d’Etat encore en poste, le parquet assène un poli refus aux enquêteurs. Le même jour, la vice Procureur verse au dossier Moubarak une commission rogatoire internationales délivrée par les autorités judiciaires égyptiennes qui décrit par le menu les prédations dont les proches du Raïs égyptien ont eu l’heur de piller les ressources du pays. Pour un montant estimé par le Global Financial Integrity, une ONG américaine, à 6 milliards de dollars annuels.

Une CRI dans la nuit

Hérauts de cette CRI, notamment, les anciens ministres Al-Mahgraby, Zoheir, Al Adly, ou Rachid Mohammed Rachid, ou le ponte du PND (Parti national démocratique de Moubarak), tous condamnés par la justice égyptienne pour avoir détourné plusieurs millions de dollars sans grande inventivité.

Magnat de l’acier, Ahmad Ezz a tout bonnement siphonné la société nationale de sidérurgie dont il a présidé le conseil d’administration, au profit de sa société privé. D’abord en s’accaparant des actions de la société nationale, puis en vendant ses produits pour le compte de sa société, dont le bénéficie a grimpé en un an de…2 milliards de piastres (2,5 millions d’euros) !

Ventes de terrains sous évalués Place Tahrir

Les ministres ont eux tout bonnement recouru à la traditionnelle technique du bakchich pour satisfaire leurs appétits. En charge du logement et de l’habitat, M. Al Maghraby s’est fait une spécialité de la vente sous évalué de terrains appartenant à l’Etat, destinés aux promoteurs immobiliers et touristiques (toute ressemblance avec des faits d’actualité français est bien entendu fortuit) ou encore de l’attribution de terrains à des prix défiants toutes concurrences à certaines de ses propres sociétés… Ironiquement l’une des ces ventes cadeaux (28 000 euros plutôt que 700 000) a concerné une parcelle de près de 5000 m2, à la Place Tahrir, symbole de la révolution égyptienne.

Fort répandue la pratique a également été reproché au ministre de l’Intérieur Habib Al Adly ou au ministre du Tourisme Zoheir Garranah, qui s’était également signalé par des ventes illégales d’autoristations d’exploitations à des sociétés de tourisme amis….contre quelques prébendes.

L’ami de Lagarde fuit mais ne se rend pas

Des gagnes petits en comparaison avec Rachid Mohammed Rachid, ex ministre du Commerce, accusé d’avoir détourné tout simplement 200 millions de dollars des caisses égyptiennes. Prudent, l’homme a fui l’Egypte post révolutionnaire, et ne s’est pas présenté à son procès. Condamné par contumace en juin dernier, le bonhomme n’est pas tout à faire un inconnu pour les hautes sphères françaises et mondiales.

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En décembre 2008, selon le Canard Enchaîné (16/2/2011), la ministre de l’Economie et désormais directrice du Fonds monétaire internationale, Christine Lagarde, avait bénéficié des largesses de Mohammed Rachid. « Il avait mis un avion à sa disposition pour se rendre à Charm el Cheikh puis à Louxor avec ses enfants où elle était l’invité d’un autre ministre, celui du Tourisme », condamné quant à lui à cinq ans de prison.

L’épisode a été découvert en ce début d’année où le Premier ministre Fillon avait été épinglé pour avoir visité en famille les tombes d’Abou Simbel. Le tout aux frais du Raïs égyptien, dont le procès vient d’être ajourné au 28 décembre.

Peut-être le temps d’appeler des ministre français comme témoin de moralité ?

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