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Le Point G 20

— Dis, papa, le G 20, c’est quoi ?

— C’est comme le point G, mais vingt fois.

— Et le point G, c’est quoi ?

— Demande à ta mère !

Comme mon rédac-chef m’a demandé de faire, pour une fois, un truc bien léché, j’ai décidé de vous parler du point G. Non, pardon, du G 20. Bon, je vais vous parler des deux, vous trierez.

UN G, UN DESTIN

Quand il était petit, le G 20 s’appelait G 8. Et même, au berceau, G 6 : c’est le fils, tenez-vous bien, de Valéry Giscard d’Estaing, charmante localité de l’Aveyron qui, depuis son septennat, rêve de s’appeler Chevagny-sur-Glamuzon ou Parissy-Lassortie, tout sauf ce nom qui rappelle le chuintant caballero de nos années 70, el diablo des bennes à ordures matinales, le sauteur de princesses friponnes et l’accordéoniste tonique qui a fait trembler Verchuren.

A l’époque, la mode était au Puy-de-Dôme, pas encore à la Corrèze, et recrutait sur titres (nobiliaires) des présidents polytechniciens.

Des gens à savoir-vivre, avec des labradors fidèles et une famille florale comme le catalogue de Vilmorin. Donc, notre gars Giscard, secoué par la crise pétrolière de 1973, impulse un club des 6 qui lui rappelait les bouquins de son enfance, avec rien que des gens convenables, les States, les Anglais, les Allemands de l’ouest (à l’époque, il y en avait aussi à l’est, rien de nouveau), l’Italie, le Japon et, forcément, la France dans le rôle du taulier : la première séance se tint à Rambouillet, où le Président aimait tirer le faisan.

On a cherché partout l’URSS, mais macache, ce club des grandes puissances n’acceptait pas les cocos. Le Canada ayant beaucoup pleuré et les Russes ayant viré Gorbatchev, en 1997, deux coureurs rejoignent le peloton. Las ! La Chine, qui a lu Peyrefitte, s’éveille et l’Inde se muscle. Dans le groupe initial, certains membres font économiquement pâle figure à côté de ces états-continents. Alors la crise asiatique de 1997 précipite le cocktail : on passe au G 22 , et il y aura même un G 33 en 1999… Giscard peut être content, dans son buron, où il écrit des romans rosâtres pour entrer à l’Académie : son G a fait un tabac (et lui, de la fumée).

UN DOIGT, SEULEMENT !

Le G, c’est comme tout en général et les clous de girofle en particulier, il ne faut pas en abuser. A partir de 24, ce n’est plus une partouze, c’est un camping au Cap d’Agde, on ne sait plus à qui on a déjà dit bonjour et on risque de perdre son schnauzer dans la tourmente. A 33, il y avait, qui plus est, un impair qui se morfondait avec une coupe de mousseux tiède à la main, parce que l’intendance pouvait plus suivre. Donc, on a rebattu les brêmes, et ce sont les boss de l’époque (je vous rappelle qu’en 1999, on avait le tandem Chirac-Jospin aux manettes, autant dire Queuille et Calvin sont en bateau) qui donnent les cartons d’entrée aux 20 petits cochons. Surprise, les amerloques (c’est eux les boss) balancent une liste de 19 pays plus un truc, l’Union européenne, qui leur semble avoir de l’avenir.

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Si bien que les pays européens du club, les fromages-qui-puent, les macaronis, les roastbeefs et les saucisses-choucroute sont représentés deux fois, une fois en tant que pays, une autre fois en tant que membres de l’Union européenne. En comparaison, l’Afrique est représentée seulement par l’Afrique du Sud, c’est normal, rien que des fauchés chez les blacks, heureusement que l’apartheid a préservé des gens fréquentables chez les Springboks. Les jaunes, ça va, ça va : il y a même l’Indonésie qui a du pétrole et la Corée du sud qui a la Corée du nord à l’étage au dessus. Il y a les émirs de l’Arabie et les danseuses du Brésil, plus les mariachis chicanos qui n’ont pas réussi à émigrer aux States. Un peu de tout, quoi, même des seconds fifres comme le Canada ou la Turquie, et l’Australie pour détester les Anglais. Le monde ? Non, une certaine vision de l’essentiel. Tintin pour l’Espagne, la Pologne, il y a assez de cathos comme ça, et pour l’Iran, les musulmans aussi, on est couverts, et tant pis si dans cette assemblée théorique des 20 premières économies du monde ces trois-là étaient statistiquement qualifiés…

Et depuis, c’est comme ça. Le G 20, c’est en gros la carte mondiale des rouleurs de mécanique, avec quelques courtisans dans leur suite, avec un doigt, mais un doigt seulement de pragmatisme : si ces 20 là ne se démerdent pas pour tomber d’accord, vu leurs profils, alors autant rester à la maison avec maman à regarder les Borgia s’enfiler, chaque lundi soir sur la chaine cryptée des grottes du Vatican.

MISE AU POINT

Donc, le G 20 est bâti pour le consensus, ce qui est bien normal, puisqu’on y décide pour les autres. Un bon consensus, ça se fait entre potes, pas au déballage et à l’arrache entre pégreleux jaloux et richards cyniques. Mais quand la crise déferle comme une métaphore de journaliste au JT du soir, le consensus, on le cherche comme Diogène cherchait un homme (ah ! ces Grecs !), avec une lanterne. Exactement comme le point G, pour lequel toutefois il ne fait pas trop approcher la lanterne, sinon, ça crie, mais c’est pas bon. Le point G est assez chaud comme ça : c’est comme Marie Curie, qui brillait dans le noir à la fin de ses jours à force de bouffer des rayons, on le repère parce qu’il irradie, et de fait, si on l’observe attentivement, il irradie rose. Avec du beurre et un peu de sel, c’est délicieux. A croquer.

On peut même gagner au grattage comme au tirage, c’est tout dire. Mais comme pour le G 20, il faut faire attention de ne pas appuyer là où ça fait mal : vous imaginez les 19 dire à l’Arabie qu’elle est féodale, ou pinailler sur l’aide sociale en Chine ?

On ne vient pas à une partouze pour réfléchir

Donc, le G 20 se réunit – c’est bizarre, comme formule, ça sonne faux, comme si j’écrivais « mon G 7 est taxidermiste » - et il planche à Deauville ou il monte les marches à Cannes, comme on l’a vu récemment. Le scénar, c’est que le patron provisoire (en l’occurrence, nous autres) paie le pot et fixe l’ordre du jour. Et les invités s’égayent tristement, si cela peut se dire, par petits paquets, les gros avec les gros, les moyens avec les moyens, les fantoches au bar du coin. On écoute le tandem Merkozy battre la mesure de l’urgence, puis, en solo, le monsieur de l’Elysée prêcher sans y croire la mise à mort des paradis fiscaux et la taxation de la finance, pendant que les autres opinent, vu qu’il sont là pour ça, on ne vient pas à une partouze pour réfléchir, et tout le monde sait parfaitement, vu que cela fait trois fois qu’ils jouent la même pièce, que tout ça n’a strictement aucune chance d’aboutir. Bon, puisqu’on est d’accord, on s’offre en dessert un peu de stratégie de communication, tu viens, Barack, j’ai un ticket pour la téloche, n’oublie pas qu’on a une campagne électorale sur les bras, un plateau, même avec Pujadas et la Blondie, c’est un plateau, faut pas cracher dessus.

Bon, j’ai fait à peu près le tour de la question. Je me relis : c’est pas mal, les préliminaires sont un peu longs, mais qui va s’en plaindre ? L’essentiel, c’est de vous informer : maintenant, vous savez ce que c’est le G 20, et pourquoi ça ne marche pas. Pour le point G, il paraît que c’est la même chose. Nobody is perfect.

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Ne mégottons pas. Le G20, cette fois, a servi a quelque chose…sans être le nouveau Bretton Wood. L’analyse de Philippe Hugon, chercheur à l’Iris et professeur émérite à Paris X.
La petite sauterie des grands de ce monde autour de la crise économique, ou G20, n’a accouché de rien ce week-end à Washington. On se rappelle et on en reparle ?

Et si les voisins d’outre Rhin en avaient soupé de renflouer l’Europe ? Les signes avant coureurs d’une exaspération germanique affleurent, en même temps que la rumeur du retour au Mark. Acht (…)