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Fast & Furious : l’enquête avance…
Chacun sa croix. Celles de Sarkozy s’intitule frégates de Taiwan et surtout Karachigate. On ne sait si les fameuses frégates ont réellement contribué à dissuader la grosse Chine d’emmerder la petite. Ce qui est sûr c’est qu’elles participent à hauteur de 460 millions d’euros – la plus importante amende jamais infligée à l’état français dans une affaire de corruption – au trou dans la coque du triple A si cher à notre Commandeur du Pouvoir d’Achat. Les chinetoques qui y prennent goût, pourraient tenter de nous refaire le coup au sujet de leurs Mirages cette fois… Quant au Karachigate, tout le monde se souvient de la lamentable prestation du chef de l’état improvisée le 19 juin 2009 à Bruxelles (« ….franchement, c’est ridicule…c’est grotesque, enfin respectons la douleur des victimes (sic)…qui peut croire à une fable pareille… »).
Pour sa part, son compère yankee du célèbre duo burlesque « Yes we Cannes » dont la représentation surprise sur TF1 nous a été infligée la semaine dernière en clôture d’un G20 maussade, pourrait décrocher bien malgré lui, un petit rôle dans la dernière version de Fast & Furious déjà présentée aux lecteurs de Bakchich.
Des cartels mexicains jusqu’à Washington
L’enquête visant à établir les responsabilités de l’administration US (plus particulièrement du Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives – BATFE ou ATF pour les intimes, dépendant du ministère de la Justice) dans la mise à disposition des cartels mexicains de la drogue, de milliers d’armes de gros calibres, avance en effet d’un pas soutenu vers la tête de l’exécutif.
Une « erreur d’appréciation » qui aurait du être contenue et réparée il y a des mois par le licenciement de quelques sous-fifres du bureau de Phœnix (Arizona) du BATFE et se retrouve, grâce à l’entêtement d’une poignée de parlementaires, devant la redoutable Commission Judiciaire du Sénat.
Le ministre de la Justice au grill du Sénat
Le 8 novembre à 10 heures, c’était au tour du ministre de la justice Eric Holder en personne d’être entendu par les sénateurs. Le moins qu’on l’on puisse dire, c’est qu’il s’est montré peu convaincant. Méprisant et cynique comme à son habitude, il n’a manifesté aucune espèce de compassion pour la famille de l’employé du BATFE assassiné à la frontière mexicaine. Avant même de répondre aux questions, sa déclaration liminaire a fait l’objet de commentaires perfides de la part des médias US qui l’ont résumée de la manière suivante : « tous responsables, sauf moi » ; il est vrai qu’après une longue séance d’auto promotion, le passage consacré à Fast & Furious a eu le don d’énerver les parlementaires :
« …J’en suis fier, tout comme de nos autres succès. Et je suis résolu à poursuivre dans cette voie. Bien que j’espère consacrer une grande partie du temps que nous allons passer ensemble à présenter les travaux en cours au sein du ministère, je voudrais prendre un instant pour évoquer la crise de sécurité causée par le flot d’armes qui passe la frontière en direction du Mexique, et l’opération locale désignée sous le nom de ‘Fast & Furious’ qui suscite un nouvel intérêt du public pour cette menace collective en termes de sécurité.
Une opération mal conçue…
Je veux être clair : toute opération de mise à disposition d’armes est inacceptable. Cette tactique a malheureusement été partiellement utilisée par Fast & Furious dont le but était de combattre le trafic d’armes et la violence le long de notre frontière sud-ouest. L’opération a été mal conçue et mal exécutée. Malheureusement nous en ressentirons les effets encore longtemps dans la mesure ou l’on retrouve les armes perdues sur des scènes de crime, tant ici qu’au Mexique. Ça n’aurait jamais du arriver. Cela ne doit plus jamais se reproduire.
Dans ce but, et après avoir pris connaissance des faits évoqués par les agents de l’ATF, j’ai pris des mesures. J’ai demandé à l’Inspecteur Général du ministère, d’enquêter à ce sujet et j’ai ordonné qu’une directive soit envoyée aux intéressés et aux procureurs, indiquant que de telles pratiques violent les règles du ministère et ne pourront plus être tolérées. Plus récemment, la nouvelle direction de l’ATF a mis en œuvre des réformes destinées à empêcher que de telles pratiques se reproduisent dans l’avenir. Notamment par un contrôle plus strict de toutes les enquêtes importantes.
Une mauvaise réponse à un vrai problème
Aujourd’hui, je voudrais rectifier certaines accusations infondées et irresponsables concernant Fast & Furious. Les propos excessifs tenus ça et là peuvent vous conduire à conclure que cette opération locale menée en Arizona, pourrait être dans une certaine mesure, la cause de l’épidémie de violence armée qui sévit au Mexique. En réalité, Fast & Furious était une mauvaise réponse et non la cause du flux illégal d’armes entre les Etats Unis et le Mexique.
Comme vous le savez tous, le trafic d’armes le long de notre frontière avec le Mexique a toujours été un problème sérieux. A l’origine d’environ 40 000 morts au cours des 5 dernières années. Comme l’a souligné la semaine dernière le Sénateur Feinstein, sur les 94 000 armes retrouvées au Mexique ces dernières années, plus de 64 000 provenaient des Etats Unis.
Faute avouée à moitié mitraillée
Aussi graves qu’elles aient été, les fautes de Fast & Furious ne doivent pas nous empêcher de poursuivre notre mission critique qui consiste à mettre un terme au trafic d’armes le long de notre frontière sud-ouest. J’ai soutenu plusieurs démarches radicales et originales pour y parvenir et notre travail a produit des résultats significatifs. Nous avons constitué des 2 côtés de la frontière une véritable force de frappe contre le crime, notamment en mettant au point de nouvelles procédures judiciaires devant les tribunaux américains en utilisant les preuves recueillies au Mexique contre les trafiquants. Mais aussi grâce à la formation de milliers d’enquêteurs et de procureurs mexicains, en augmentant les peines infligées aux trafiquants et à leurs hommes de paille, et en coordonnant à une plus grande échelle, les enquêtes sur les réseaux de trafiquants…
Comme vous tous, je veux savoir comment et pourquoi des armes à feu qui auraient du être sous surveillance, ont pu se retrouver entre les mains des cartels mexicains de la drogue. Mais au delà des causes des erreurs et des assurances qu’elles ne se reproduiront pas, nous devons prendre soin de ne pas perdre de vue le problème crucial que ces erreurs ont mis en lumière : nous sommes sur le point de perdre la bataille pour endiguer le flux illégal d’armes vers le Mexique. Cela signifie que nous avons la responsabilité d’agir. Et la première chose à faire c’est d’écouter ce que les agents engagés en première ligne dans cette bataille ont à nous dire. Non seulement ils ont attiré l’attention sur la tactique inappropriée de Fast & Furious, mais ils ont également donné l’alarme au Congrès en demandant notre aide….
Petit jeu de cynisme politique
En tant qu’observateur de premier plan des conséquences de la violence armée et compte tenu des promesses faites à un trop grand nombre de familles dans la douleur, selon lesquelles je ferai non seulement tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’elles obtiennent justice pour leurs chers disparus, mais aussi pour que d’autres familles ne connaissent pas les mêmes tragédies, je suis déterminé à m’assurer que notre inquiétude commune au sujet de Fast & Furious, ne nous conduise pas à nous limiter au petit jeu de ‘on t’a eu’ très prisé à Washington, et à marquer des points en termes de cynisme politique.
Nous avons de graves problèmes à résoudre et des responsabilités sacrées à exercer. Ne perdons pas de vue ce qui est en jeu : des vies, des familles des communautés. Lorsqu’il s’agit de protéger nos concitoyens, et de mettre un terme au trafic d’armes le long de notre frontière sud-ouest, j’estime que nous devons engager un dialogue responsable et travailler à des solutions communes. J’espère que nous débuterons dans ce sens aujourd’hui. Je répondrai à toutes vos questions. »
Le sort Holder en suspens
L’appel du pied du ministre, à la compréhension et à la sérénité des membres de la Commission a été fraîchement accueilli. Au cours des discussions, Holder a été contraint d’admettre qu’au cours d’un précédente audition le 3 mai, il a peut être essayé d’enfumer les Représentant Darrell Issa et Jason Chaffetz en leur répondant par deux fois, à la question « quand avez-vous entendu parler pour la première fois de Fast & Furious » ?
« J’ai dit ‘il y a quelques semaines’ ; j’aurais probablement du dire il y a 2 mois ; je n’ai pas eu le sentiment que ‘quelques semaines’ était inexact compte tenu du contexte de l’affaire » a-t-il finalement concédé dans un frémissement de moustache au Sénateur Patrick Leahy, le président de la Commission.
Plus grave encore, il a également reconnu avoir reçu en personne, des lettres du Sénateur Chuck Grassley à fin janvier, soit plusieurs mois avant la date à laquelle il a reconnu le 8 novembre, avoir entendu parler de Fast & Furious pour la première fois. Maladroit et perdant un peu plus de sa superbe, il a cru bon d’ajouter : « Ces courriers faisaient état d’un rapport possible entre une opération et le décès de l’agent Terry. Ils ne mentionnaient pas Fast & Furious mais seulement Gunrunner. J’ai demandé à mes collaborateurs de prendre l’affaire en mains et au cours du mois de février, j’ai appris l’existence de Fast & Furious dans la presse mais aussi à partir de rapports reçus du sénateur Grassley… ». Mouais…
Une déposition qui pourrait bien rendre à son tour le président Obama fast and furious contre son ministre de la justice et l’amener à se débarrasser vite fait d’un tel boulet électoral…
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