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Qui va gagner la crise?
Un brin gâchés par la météo et les atermoiements de Papandréou qui a envisagé un instant d’instiller un soupçon de démocratie face au diktat de plus en plus pesant du duo Merkozy sur le débat européen, les flonflons de la kermesse cannoise du G20 se sont tus.
Restent les problèmes. D’une urgence effrayante : les puissants du monde ont aimablement prié l’Europe de se démerder pour trouver les solutions appropriées, et se sont donnés jusqu’à l’année prochaine –une éternité pour les marchés – afin de trouver de nouvelles recettes pour accroître les ressources du FMI et accessoirement, du Fonds Européen de Stabilité Financière.
Derrière la com’ et la pure propagande destinées à rassurer et surtout, endormir la vigilance des peuples européens sombrant dans la sinistrose, le nombre des options encore susceptibles d’éviter l’implosion de la zone Euro se réduit comme une peau de chagrin de semaine en semaine.
Une Eurozone sans Allemagne ?
Expulser comme des malpropres les états en situation de quasi défaut qui pompent en pure perte les fonds consacrés au sauvetage de l’Eurozone, est une idée qui paraît déjà avoir fait long feu.
D’ailleurs, pas plus tard que la semaine dernière, sous la pression de Jens Weidmann, président de la Bundesbank allemande, Yves Mersch, patron de la banque centrale luxembourgeoise, Jürgen Starck l’un des 6 membres du Board de la BCE, de ses représentants autrichien et néerlandais, les 17 membres du Conseil des Gouverneurs de la Banque Centrale Européenne ont décidé de plafonner à 20 milliards d’Euros par semaine le volume de ses rachats de dettes souveraines, lancés en mars 2010 en faveur de la Grèce.
L’idée tordue de faire de la BCE, le créancier de dernier ressorts des millions de milliards d’obligations pourries émises par une bonne demi-douzaine, voire d’avantage, d’états européens semble donc avoir du plomb dans l’aile.
Les incantations des quasi-faillis pour une « monétisation » de la dette européenne, en d’autres termes, l’impression massive de monnaie destinée à racheter toutes les dettes pourries européennes qui se présentent à échéance en évitant ainsi les défauts en série et la contagion par dominos, vont se heurter à une opposition « violente » et sans doute définitive d’une Allemagne excédée dont la conscience collective est à jamais marquée par le désastre de Weimar.
Autoriser la BCE a jouer ce rôle et à provoquer rapidement une inflation incontrôlable au lieu de la contenir conformément à ses statuts, dans une Europe au système bancaire fragilisé faute d’autodiscipline et privée de croissance, serait un véritable casus belli pour les allemands, conscients qu’ils devront le moment venu, recapitaliser seuls leurs propres banques.
La saucisse allemande
Si faute de solution alternative, l’idée d’émettre en masse de la monnaie de singe devait prospérer, il est vraisemblable que c’est l’Allemagne qui, plutôt qu’à s’employer à exclure les cancres de la classe, mettrait dans la balance son maintien au sein de la Zone Euro, provoquant ainsi une chute vertigineuse de la valeur de la monnaie commune. Pour ne pas dire sa destruction.
Nous avons déjà fait état de rumeurs persistantes, à ce jour toujours non confirmées, selon lesquelles l’Allemagne aurait pris il y a plusieurs mois la décision –préventive – de faire réimprimer des Deutschemarks. L’idée est loin d’être saugrenue n’en déplaise aux experts patentés : les marchés rechignent manifestement à financer à moins de 7,5% l’Italie, dont la dette totale est sans commune mesure avec celle de la Grèce, et les européens se cassent la tête pour trouver un moyen d’augmenter les ressources du Fonds Européen de Stabilité Financière. Pendant ce temps là, les dettes espagnoles et portugaises tournent doucement au vinaigre…
Il est vrai qu’avec un système bancaire européen disposant, en moyenne, d’un euro de fonds propres pour 26 euros de dettes, une baisse de la valeur de ses actifs exprimés en Euros ne serait-ce que de 4%, provoquerait mathématiquement une catastrophe rédhibitoire.
C’est sans doute la raison pour laquelle, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, les européens se sont mis en tête de trouver du flouze du côté des états émergeants en général, et de la Chine en particulier.
L’opium du recours chinois
Las, un article récent du China Post est venu ramener les fantasmes européens à une triste réalité : « …Les européens qui cherchent un bazooka pour éliminer les problèmes d’endettement de la zone Euro lorgnent avec envie l’arsenal chinois de 3,2 trillions de dollars de réserves de change. Pour autant, la puissance de feu disponible de Pékin est inférieure à ce que beaucoup supposent. La plus grande partie de la plus grosse réserve de change mondiale est conservée sous forme de quasi-liquidités destinées à financer les importations et le service de la dette dans l’éventualité d’une urgence intérieure imprévue, ou investie sous forme d’actifs à long terme qui, s’ils devaient être cédés en masse pour venir en aide à l’Europe, déclencheraient une panique sur les marchés financiers. En fait la plupart des analystes considèrent que l’armure chinoise pouvant être utilisée à cette fin ne pèse pas plus de 100 milliards de dollars.. ».
Une douche froide confirmée dans des termes quasi identiques par Wang Jun, économiste au CCIEE, un think tank proche du gouvernement de Pékin : « La Chine possède des réserves de change massives. Mais le montant véritablement disponible pour être investi en Europe est considérablement plus faible… »
Bref, comme l’affirmait le groupe pop ABBA il y a quelques années en se souciant du triple A comme d’une guigne, c’est le vainqueur final qui raffle la mise. Pour l’instant, il tarde à montrer le bout du nez…
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