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DETTES SOUVERAINES : LA FAUSSE EQUATION EUROPEENE

Depuis des années, l’Etat de Californie, un des plus riches territoires des Etats-Unis en ce qui concerne son économie, avec un PIB et une population assez voisins de ceux de la France, est en quasi-faillite. Avec une dette de 50 milliards de dollars (c’est-à-dire un… quarantième de la dette française !).

Un Etat modeste, qui doit pourtant drastiquement réduire ses dépenses parce que ses habitants préfèrent avoir, entre autres, des routes mal entretenues et payer moins d’impôts.

L’exemple californien

Avec une notation équivalente à celle de la Grèce, l’Etat de Californie ne peut plus emprunter. Avec une population qui refuse les augmentations d’impôts, il n’a plus qu’une ressource : réduire les dépenses. Et, éventuellement, faire défaut.

Curieusement, personne ne dit qu’il devrait alors s’inventer une monnaie et devrait… sortir de la zone dollar !

Le dollar et la faillite menaçante de la Californie sont choses étrangères l’une à l’autre.

Et c’est tout aussi curieusement qu’on voit les politiques européens s’agiter comme de beaux diables autour d’un prétendu effondrement de la zone euro si un ou plusieurs Etats de cette zone faisaient défaut.

La faillite de la Grèce – virtuellement consommée – et celle des pays latins, en bonne voie, sont présentées comme devant obliger les pays en défaut à sortir de la zone euro, ce qui entraînerait par voie de conséquence la disparition de l’euro.

Pourquoi quitter l’Euro ?

Pour quelle raison ? Selon quel mécanisme ? Une lecture attentive de la presse ne permet pas d’en discerner les raisons.

Un pays en défaut devrait-il quitter la zone euro ? Tous nos politiques l’affirment. Aucun ne nous dit exactement pourquoi.

Mais la raison existe.

Un pays en défaut qui resterait dans la zone euro se trouverait dans une situation voisine de celle de la Californie : une seule solution, réduire la voilure de l’Etat : vendre des actifs, licencier des fonctionnaires, réduire toutes les catégories de dépenses.

Une cure évidemment beaucoup plus dure dans les Etats semi-soviétiques de l’Europe continentale de l’Ouest que dans la libérale Californie. Là où la Californie doit licencier quelques milliers de fonctionnaires, les Etats européens devront en licencier quelques millions…

Providence j’oublie ton nom

En somme, ce qui, pour la Californie n’est qu’une péripétie, se transforme en révolution dans les pays d’Europe continentale de l’Ouest. Un changement de système : la fin de l’économie dirigée ou, si l’on préfère, de l’Etat-Providence.

Alors tous les intérêts combinés, imbriqués, énormes, des establishments installés dans ce système et des innombrables parasites qu’ils entretiennent sont à la manœuvre pour tenter d’éviter cette issue.

Mais il faut trouver une logique.

Le para-marxisme éculé de l’Etat-Providence ne fait plus guère recette. Ceux-là même qui se gargarisent avec le « modèle social français » y croient eux-mêmes si peu que le peuple s’est depuis un certain temps rendu compte que c’est un combat d’arrière-garde et s’est soit résigné, soit déjà adapté à son inéluctable déclin.

C’est alors que l’Europe est appelée à la rescousse. La manœuvre est habile.

La construction européenne, même si elle heurte beaucoup de conservatismes, reste un mythe porteur : c’est d’abord et avant tout le moteur de l’éviction définitive des monstrueuses «  guerres civiles européennes  » qui ont ensanglanté le XXème siècle. Une œuvre majeure qui justifie beaucoup de sacrifices.

Faillite = fin de l’euro =fin de l’Europe = Guerre mondiale

L’astuce est, somme toute, simple : elle réside dans une équation en forme d’axiome : faillite d’un ou plusieurs Etats de la zone euro, égale obligation de cet Etat ou de ces Etats de sortir de la zone euro, égale fin de la zone euro, égale fin de la construction européenne. Egale, bien sûr, implicitement, voire explicitement, le spectre des horreurs passées.

Et, en apparence au moins, cela passe. Le bon public, du moins celui qui s’exprime majoritairement dans les media, avale l’appât, l’hameçon et la ligne !

Pour sauver l’Europe – et, implicitement, éviter le retour du spectre des guerres civiles européennes – il faut sauver le système hellène (dans un premier temps), quitte à spolier, notamment, les contribuables allemands, par le « fonds de sauvetage » alimenté par leurs impôts, en attendant, si nécessaire, de spolier les épargnants chinois en les remboursant, si nécessaire, en drachmes de singe…

Avec un gouvernement français qui peine à trouver 12 milliards de recettes supplémentaires (on ne parle même pas d’économies) en 2012 et se précipite en même temps, pour attribuer 15 milliards à la Grèce !

En réalité l’équation axiomatique autour de l’euro est une imposture.

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Les gouvernements concernés ont simplement trouvé un moyen de tenter de sauver le système de l’économie dirigée en plein naufrage en l’amarrant au seul mythe fondateur susceptible, à leurs yeux, de résister : le mythe européen.

Il faut dénoncer cette imposture : un Etat qui fait défaut, et même plusieurs, peuvent parfaitement rester dans la zone euro, laquelle peut donc parfaitement survivre, de même que la construction européenne.

Ce qui ne survivra pas, c’est l’économie dirigée. En dehors de ceux qui en profitent, et qui en ont trop profité, qui s’en plaindrait ?

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