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La très chère revue de l'AFD

Pour ses 70 ans, l'agence française de développement s'est délesté de près de 200 000 euros pour commander un dossier à sa gloire à la Revue Politique Internationale. Un prix d'ami, sans appels d'offres ni, pour l'instant, de parution. 

Vieille dame de 70 balais, l'Agence française de développement, créée sous l'égide du Général de Gaulle pour financer la France Libre, s'est peu à peu réorientée, le temps et les époques changeant, vers un rôle de pivot de l'aide publique française au développement.

 

L'établissement public, dont le capital est détenu à 100% par l'Etat français, compte  4 ministères de tutelles, 1715 agents répartis à travers le monde et un budget de 265,1 millions d'euros en 2011.

 

Bref un outil méconnu mais réel du rayonnement de la France à l'étranger, et particulièrement en Afrique où elle a réussi à devenir le bras armé de l'aide publique au développement sans être (trop) assimilé à la Françafrique.

 

Depuis la nomination de Dov Zérah à sa direction générale, la donne a un brin changé. Ex directeur de cabinet de Michel Roussin (lui même ex dir'cab de Chirac à la mairie de Paris, ex ministre de la Coopération devenu M. Afrique chez Bolloré puis chez Veolia), proche de l'avocat Robert Bourgi, grand missi dominice des réseaux françafriçains), M. Zérah s'installe à l'AFD en juin 2010 sous des cris d'orfraie. Trop proche des vieux réseaux, trop lié à Israël, trop politique.

 

 

Dov Zérah prend un savon

 

Un an plus tard, ces procès d'intention n'ont pas prospéré. En revanche une sourde gronde s'est intallée dans les rangs, comme l'a narré Libération en mars 2011. Au point qu'un mouvement social s'est même déclaré le 7 juillet dernier, lors du conseil d'administration de l'agence pour contester la gestion de la nouvelle direction générale. Interrogé à ce sujet par la commission des affaires étrangères et de la défense le 25 octobre dernier, Dov Zérah a habilement résumé la situation.

 

«S'agissant du mouvement social du 7 juillet 2011, il s'inscrit dans le contexte d'une année particulièrement difficile. Au-delà de la succession d'un directeur général qui était resté neuf ans, l'année a été marquée par la définition, pour la première fois, d'une part, d'une stratégie nationale de coopération, à travers le document-cadre de coopération et, d'autre part, d'un contrat d'objectifs et de moyens unique pour l'agence. Les dispositions de ce contrat nous ont conduits à réduire considérablement la progression des frais de fonctionnement de l'agence, puisque nous sommes passés d'une croissance de 12 % par an à une croissance annuelle de 1 %. Cette évolution a naturellement suscité des mécontentements. Par ailleurs, ma prise de fonction m'a conduit à être fréquemment en déplacement pour effectuer des visites de courtoisie à nos très nombreux partenaires, ce qui a pu limiter les moments de dialogue avec le personnel parisien.

J'ai pris la mesure de l'inquiétude et j'ai souhaité que l'on restructure la politique des ressources humaines. Un accord en faveur de l'égalité hommes-femmes a d'ores et déjà été signé par tous les syndicats. De même, les réorganisations relatives à la création de la direction des risques ou à la structuration de la direction des ressources humaines ont été approuvées à l'unanimité en CE. Pour l'avenir, j'ai notamment pris l'engagement que l'agence fasse l'objet d'une certification en matière de responsabilité sociale et environnementale avant 2012.»

 

Pas sur que cela rassure les syndicats qui dénoncent pêle-mêle la pire année qu'a connu l'AFD en terme de rémunération, un baisse de 15% de effectifs, une prise de décision d'économies sur des bases uniquement comptables, un micro management brutal… En résumé « un management au fil de l'eau, hypercentralisé, velléitaire et incohérent ».

 

On a sauté sur l'AFD

 

Simple querelle syndicale entre un patron et ses troupes? Pas vraiment. Pas seulement. D'étranges va-et-vient entre l'Elysée et des postes à responsabilité au sein de l'AFD hérissent les syndicats qui osent y voir «un parachutage». 

 

Par exemple, la nomination éclair de Jérôme Peyrat, ex directeur général de l'UMP sous Sarko, ancien conseiller politique du Président et rouage essentiel de sa campagne de 2007 dans un obscur rôle de conseiller du président Zérah en charge des relations extérieures. Cinq mois et puis s'en va en novembre 2010. Pour lui succéder c'est une proche d'Henri Guaino qui a été nommée, avant re-décoller vers l'Elysée en novembre dernier.  

«La Présidence de la République considère l'Agence Française de Développement, établissement public à statut bancaire, comme outil d'affectation transitoire pour son cercle rapprochée voire comme une assurance chômage dans les périodes creuses et de réserve de personnel dans les périodes de campagne» se sont émus les syndicats.

Et ce n'est pas la petite douceur que s'est offert Mamie AFD pour ses 70 printemps qui va calmer leurs ardeurs. A l'occasion de son joyeux anniversaire, l'Agence a en effet passé une petite commande auprès de la Revue Politique Internationale, pour l'Automne 2011: «Un dossier spécial» de «80 à 100 pages […] constitué d'interviews d'experts, tant français qu'étrangers; mais aussi de hauts responsables politiques ou administratifs, de financiers, d'industriels, etc». 

 

160 000 euros de gré à gré 

pour un pote de Sassou et de l'UMP

En somme l'AFD veut un publireportage de la part d'un trimestriel auto consacrée «plus influente revue francophone du monde consacrée aux questions internationales dans laquelle s'expriment les Chefs d'Etat et de gouvernement, les leaders politiques et les experts de renom.» Du bel et bon oeuvre, que cornaque depuis les origines Patrick Wajsmann, professeur émérite, un temps chargé des affaires internationales à l'UMP, ancien du cabinet Léotard à la Défense et grand ami du démocrate président congolais Denis Sassou Nguesso qui l'avait mandaté avec Jean-Paul Pigasse (grand communicant du Cobra Suprême de Brazzaville) pour faire financer par les entreprises françaises une partie du mausolée de Savorgnan de Brazza...

 

© Pakman

 

Mais ce ne sont pas tant ces détails biographiques qui ont fait tiquer les troupes de l'AFD que la nature et le montant du contrat:

 

163 400 euros hors taxe  et un accord verbalisé sur 3/4 de pages. Ca fait cher la feuille.

 

Aucune mise en concurrence n'a été formalisé, quand les textes de l'AFD sont particulièrement restrictifs à ce sujet. Pour une telle dépense, il faut absolument un appel d'offres!

 

 

«L’AFD est donc tenue d’organiser une mise en concurrence dès le premier euro dans le cadre des achats qu’elle effectue en matière de services, de fournitures et de travaux» précise ainsi le manuel des procédures administrations. Bien entendu, «Dans certains cas exceptionnels, prévus limitativement par les textes, des procédures dérogatoires pourront être conduites» mais «le choix du recours à une procédure dérogatoire appelée également « procédure négociée » devra avoir été validé en amont par le Département Juridique.» Ce qui en l'espèce ne semble pas avoir été le cas….

 

Le contrat a été paraphé par Jérôme Peyrat, le 12 novembre 2010, soit quelques jours avant son départ...et sitôt le seing apposé,  75% de la somme a bien été versée, un an avant toute réalisation. Pas franchement une habitude maison.

 

«Je n'ai rien à dire sur ce contrat», a très clairement signifié à Bakchich Dov Zérah, le directeur général de l'AFD. 

 

Bien plus urbain, M. Wajsman s'est étonné de l'intérêt que suscitait sa prestation.

 

«Mais comment voulez vous qu'il y ait un appels d'offres, l'AFD voulait un dossier de la Revue Politique Internationale, personne ne peut fait ce dossier comme nous, on ne fait pas du saucisson, notre revue est unique au monde. On cherche une petit bête là où il n'y en a pas. Et ce sont les tarifs habituels que nous pratiquons pour ce genre de dossiers». Dont 6000 exemplaires (3000 en français et 3000 en anglais) seront distribués...à l'approche de l'hiver 2012. En effet, la confection du dossier a pris quelques retard, «et il vaut mieux décaler la parution plutôt que de bâcler le travail».

 

Mamie AFD aura son cadeau en janvier 2012. Pour passer l'hiver au chaud….