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Les aventures du Milieu marseillais au Congo
Un pays sans Etat riche en matières premières? Une aubaine pour les amateurs de blanchiment que n'ont pas laissé passer les Venturi et Roland Cassone, soupçonnés d'avoir lavé leur pognon dans les mines et forêts congolaises.
De Luyindula à Mandanda, en passant par Makélélé, Marseille a connu des fortunes diverses avec ses joueurs ayant vu le jour sur les furieuses rives du fleuve Congo. Mais la plus belle ville du monde ne semble pas en tenir rigueur au lointain pays, grand comme six fois la France, à l'histoire aussi mouvementée que le lit de son majestueux cours. D'autres liens que footballistiques unissent le Vieux Port à l'Ex Zaïre. Pas seulement le goût des belles de Kin', ni une certaine indolence face à la violence ou une façon de conduire disons audacieuse. Mais un certain attrait pour l'aventure, les investissements exotiques, une appréhension tout à fait particulière de la loi et du droit semblent jumeler Marseille au Congo-Kinshasa. Avec un trait d'union comme un symbole. Un «Vieux Monsieur» aux cheveux blancs si respecté sur le continent noir: Roland Cassonne.
250 000 à 400 000 dollars
dans Diastar
Légende du milieu marseillais dont la chanson a déjà été psalmodié par Bakchich, l'ancien porte flingue des Guérini et de Jacky le Mat s'est piqué d'investissement en République démocratique du Congo.
Quelques petites économies placées en compagnie de Dominique Venturi, autre figure (décédée) du Milieu marseillais et son fils Jacques toujours bien en vie dans des projets d'exploitations miniers et forestiers. Les bas de laine naviguent entre 250 000 et 400 000 dollars pour aider à développer et à exploiter, notamment les diamants et les bois précieux dans la fertile province du Kasaï, plus précisément autour de la localité de Tshikapa. Pour mener à bien leur entreprise, les Marseillais ont placé leurs petites économies dans la société Diastar, sise à Kinshasa et créée par une de leur connaissance méditerranéenne, José Médori, associé pour le coup à un local Anders Ilunga Kalimwanda.
L'opération a nécessité quelque va-et-vient entre Marseille, Anvers et Kinshasa, puisque les fonds sont versés... en espèce.
« On a toute la mafia derrière là»
Et comme tout prend du temps en Afrique, plus encore dans un pays lacéré par les guerres civiles et pillé par les voisins, la société patine au démarrage.
En 2007, les associés n'ont encore vu aucun retour sur investissement. Ce qui génère un peu d'anxiété et d'agacement de la part des investisseurs... et la curiosité des flics, en charge de l'affaire du Cercle Concorde, qui placent Cassonne, les Venturi et le sieur Médori sur écoute.
Suspicieux, les enquêteurs s'étonnent des conversations entre Médori et son ami congolais Ilunga quant aux remboursements de la mise initiale de leurs investisseurs. « Moi j'ai l'épée de Damoclés sur la tête ... moi tonton j'ai eu des problèmes. Je t'ai pas tout dit eh j'ai des gens gui sont venus me voir », décrit Médori à Ilunga le 26 mars 2007, avant de se faire plus précis trois jours plus tard. « Il faut rembourser Nick obligatoirement sinon on va se faire tuer toi et moi parce qu'on a toute la mafia derrière là ... », Quiproquo promet Médori, auditionné en 2008, il ne s'agissait que d'impressionner Anders Ilunga… mais l'ami José admet tout de même qu'il a remboursé fissa Nick, et Roland.
« Jacky (le fils Venturi) me disait qu'il fallait que je rembourse l'argent que j'avais emprunté à son père pour que lui le rende à Roland. »
Au coeur des ténèbres judiciaires
Des vases communicants qui émeuvent moins les flics que la provenance des fonds investis. Entre le passé judiciaire de Nick dans la French Connection, les fausses factures de la CGEM etc… et les 1850 euros mensuels déclarés par Cassonne, les futés poulets soupçonnent un léger blanchiment d'argent sale via le Congo, vaste pays à l'Etat de droit encore embryonnaire. Las pour les poulets, qui viennent de rendre leur copie (aussi appelée PV de synthèse), l'information judiciaire confiée au juge Duchaîne piétine quelque peu. « Il y a assez pour renvoyer tout ce beau monde au tribunal et les faire condamner, mais ce n'est pas très satisfaisant, décrit une source judiciaire. On aimerait pousser plus l'enquête ». Par exemple en lançant une commission rogatoire internationale vers le Congo pour retrouver la piste des fonds et d'Anders Ilunga.
Pas sûr toutefois qu'un Etat qui avait lancé à Noël dernier une campagne pour recenser ses propres policiers (!) soit rompu aux charmes de la coopération judiciaire. D'autant qu'Ilunga, dont les nombreux permis d'exploitation miniers à travers le pays laisse présager de l'influence, est, selon les informations de Bakchich, issu une famille fort influente au Congo. Les Ilunga, notamment Emile, ont en effet longtemps œuvré au sein du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), l'une des factions rebelles de la 2e guerre du Congo, qui se déchira entre des deux soutiens, le Rwanda et l'Ouganda.
Aux dernières nouvelles, Anders partage son temps entre Kampala, la capitale ougandaise et l'Est du Congo, notamment au Katanga où il est domicilié et en affaires avec des miniers russes. « Qui va aller le chercher là bas, c'est presque impossible, sourit une huile du renseignement local . Ils peuvent toujours essayer! Mais ces gars-là ont plusieurs passeports, autant de noms. Alors... » Alors le Congo semble un pays certes risqué mais idéal pour se faire oublier, procéder à des investissements discrets et perdre les policiers. Une sorte de nouvel el dorado pour les déçus des paradis fiscaux...



