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Zakaria Moumni n'a pas vu le printemps arabe

 

Premier africain champion du monde  de Light contact,  Zakaria Moumni n'a pas vu le printemps arabe depuis sa geôle marocains. Son tort? Avoir voulu faire appliquer un décret royal.

 

Depuis plus d’un an Zakaria Moumni s’étiole dans une prison sale et surpeuplée du Maroc, victime des barbouzes de Mohamed VI. 

 

Une mise à l’ombre arbitraire qui n’émeut pas grand monde. Jugé en appel son dossier, pourtant aussi vide qu’imaginaire, vient de valoir une nouvelle peine à Zakaria. Elle vient de tomber : 20 mois de prison au lieu de 36. Sa majesté est trop bonne. Moumni doit rester encore cinq mois avec les cafards. Avec son cafard. Honteuse,  l’aventure de Zak est néanmoins un brin loufoque.  

 

Je veux voir le roi

 

Ce garçon fait penser au héros de Je veux voir Miousov. Au temps béni du stalinisme, la pièce décrit l’entêtement d’un homme qui, quoiqu’il arrive, veut parler au camarade Miousov, le responsable du département peinture de l’usine dans laquelle il travaille.

 

Zakaria est du même métal. Lui, c’est le camarade M6, roi du Maroc qu’il veut contacter. Normal puisque Moumni est marocain, et que le bon monarque aime tous ses sujets comme ses enfants.

 

L’idée fixe de Zakaria est née d’une bizarre injustice, la trahison d’une promesse.

 

 

Un décret royal à 500 euros

 

 

 

En 1999, à 19 ans, Zakaria devient champion du monde de « Light Contact », une sorte de « savate » du genre asiatique. A Malte, à la fin du championnat, Zakaria est fêté, honoré, la presse évoque son exploit de « premier Marocain et premier Africain » à emporter une telle timbale. Généreuse comme l’est depuis Mahomet la monarchie, un décret royal prévoit que tout champion du monde marocain sera doté d’une rente à vie. Pas quelque chose digne des cadeaux de madame Bettencourt. Non, une petite bourse du genre 500 euros par mois. Pour Zakaria l’argent n’est pas le fond du problème. Il se bat pour le symbole : « Pourquoi n’ai-je pas droit à ce que la loi prescrit ? ».

 

Notre Zakaria, grand type à très bonne gueule, cultivé et malin, n’a jamais reçu un centime, depuis il traque le roi comme le cerf à courre. Que M6 aille dans son château d’Ile-de-France, il campe devant la grille. Que le roi bien aimé soit dans un palace parisien, même séance de pied de grue au risque de faire croire qu’il fait le trottoir. Ce chasseur de roi à plein temps n’a même pas peur d’aborder gardes du corps et conseillers. En 2006 il a réussi à glisser sa supplique au roi qui lui a répondu « écrivez-moi ». Mais, placé en embuscade sur le chemin du trône, l’épouvantable conseiller Mohamed Mounir Majidi, un type qui rendrait Jean-François Copé sympathique, a escamoté la lettre de Zakaria.

 

Le souffle du printemps arabe ne passe pas les barreaux

 

La suite ? Le jeune champion frappe, c’est sa nature. Non pas à l’estomac mais aux portes. Dès qu’un prince ou un haut fonctionnaire du Royaume est annoncé quelque part, Zakaria est là pour lui lancer : « Et alors, c’est quand qu’on l’applique le décret royal ? ».

Dans la foulée de Zakaria, nous avons naguère tenté de percer ce mystère alaouite. L’ambassade du Maroc en France, depuis plus d’un an, trop occupée sans doute à faire connaitre les grands mérites de la grande démocratie marocaine, n’a jamais répondu à nos demandes répétées.

Lassé de rester au bord du trottoir pour s’écrier à la vue des cortèges royaux : « le roi est un grand homme, très honnête, mais mal entouré. Il va sûrement me rendre justice… », Zak, le 19 septembre 2010  s’est rendu au Maroc. La police secrète l’a embarqué et fait condamner par de faux témoins dans une affaire « montée », qui donc n’existe pas.  Dommage que le printemps soit une saison interdite au Maroc