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CHASSE AU SLIP MAGIQUE ET MARIAGE OPEN

Si, si... La campagne des primaires républicaines aux Etats-Unis pouvait encore aller plus bas. Entre débat sur les slips de candidats et mariage libre d'un des favoris. 

 

«Et en plus il parle francais !», ironise d’un ton moqueur la dernière pub électorale du camp Gingrich, à l’attention de Mitt Romney. Le mormon à abattre.

Pour beaucoup d’Américains moyens, et encore plus depuis l’ère Bush, l’image de la France est celle d’un pays de collabos prétentieux, efféminés, dont l’armée se rend dès le premier coup de canon.

 

On croyait avoir touché le fond de la médiocrité politique et de la correction. Mais la primaire républicaine est passée de pathétique à choquante.

D’ailleurs on peut se demander si le terme de «politique» s’applique encore au spectacle offert depuis quelques jours par les candidats.

 

Les Pac-men en action

 

La faute à de nouveaux arrivants sur la scene de la campagne : les super-PACs. Les PACs  («Comites d’Action Politique»), version light des super-PACs sont des groupes politiques indépendants qui officielement n’ont pas le droit d’avoir de contact avec le candidat ou sa campagne. Les PACs tels MoveOn et leurs 6 millions de membres, ont à jamais changé la manière de faire de la politique. Pour la premiere fois de l’histoire, ce sont les petites donations, de $10, $20 ou $50 qui avaient élu Obama. Ils ont contribué pour plus de la moitié du financement de sa campagne. 

 

Mais depuis les déculottées de 2006, puis 2008, qui vit successivement le Congrès et la Maison-Blanche tomber aux mains des démocrates, les républicains ont trouve la parade.

 

L’été 2010 vit la Cour Suprême changer les règles du jeu et supprimer le plafond de $ 2 500 pour les donations. Plus de limites, plus rien. Chacun fait ce qu’il veut. 

Et on a vu le résultat cette semaine.

 

Les anti-Romney n’ont plus le choix. Apres l’Iowa et le New Hampshire, ils savent qu’une 3e victoire consécutive du candidat mormon, et à moins d’un cataclysme, le verrait rafler la mise et obtenir le droit d’affronter Obama en novembre. Finis les budgets prévisionnels étalés sur plusieurs semaines, et plusieurs Etats. A la trappe les petites économies du comptable.

 

La primaire de Caroline du Sud, est le dernier baroud d’honneur des adversaires de Romney. Et ils  mettent le paquet. Jusqu’au dernier centime. 

 

Le budget de la campagne de Sarko claqué en une semaine

 

Dès la chasse au mormon ouverte dans le sud, la bande de Newt nous a gratifié d’un film documentaire de 28 minutes ( Quand Mitt est arrive en ville), oeuvre payée par son ami milliardaire Sheldon Adelson. Le richissime copain de Las Vegas a signe un chèque de 5 millions de dollars pour la production et la diffusion du «clip».  Une succession d’interviews de braves américains que Mitt a envoyé au Pole Emploi après avoir achete a bas prix et revendu leurs enterprises. Meme Santorum, le moins fortuné des 4 rescapés, nous presente un «best of» déprimant des petites phrases meprisantes de Mitt comme : «J’adore virer les gens», «les corporations sont des etres humains», etc. 

 

Guerre du slip

 

 

Des millions dépensés uniquement dans le but de dégouter les gens du candidat mormon, allant jusqu’a se moquer de ses « magiques». Ces fameux slips sont portés par les mormons, sous leur calecon du jour … pour se proteger du Mal. 

 

On devine déjà le marketing de ces curieux sous vêtements a l’éphigie du Président des Etats-Unis.

 

 

Pour faire le sale boulot, les super PACs s’y collent. A coup de dollars et d’heures d’antenne de pubs negatives. En une semaine les super PACs ont dépensé pas moins de 27 millions en Caroline du Sud. C’est la somme totale dépensée par Nicolas Sarkozy pour sa campagne presidentielle ! 

 

Dans cet exercice, les gros bras de Mitt le richissime arrivent en tête avec 7 millions évaporés la semaine dernière. Sa campagne officielle n’est pas en reste, chaque vote dans l’Iowa lui est revenu à  $133, contre $1,65 pour Santorum, qui avait perdu de 8 petites voix. 

 

Comme quoi un billet de $20 de plus, aurait pu lui donner la victoire.

 

Débat autour du mariage libre de Gringrich

 

Mais pas question pour Santorum ou Gingrich d’avoir les mains sales. On préfère passer le plat et discrètement critiquer de temps en temps la violence des méthodes utilisées par leur bras armés que sont les super PACs. La réalité est tout autre. L’ancien dircom de Gingrich et plusieurs de ces anciens consultants sont aujourd’hui a la tete de «Winning Our Future», le super Pac de Newt Gingrich. Evidemment pas un coup de fil entre les 2 entités, aucune coordination stratégique entre super-PACs et candidats n’est autorisée par la loi.

 

 

John Hunstman, l’autre candidat mormon vient de jeter l’eponge. L’ancien ambassadeur d’Obama en Chine avait démissionné de son poste il y a quelques mois pour se consacrer a la primaire. A ce jour, on se demande pourquoi son richissime père (3e fortune des USA), n’a pas pris la peine de faire un chèque au fiston, puisqu’il n’y a plus de règles, plus de plafond des dépenses. Joint par telephone, son directeur de campagne nous dit : «John est venu, il a vu, il sera prêt en 2016». 

Le gouverneur Rick Perry, lui aussi,  a décide d’arrêter les frais et de rentrer chez lui au Texas.

 

Comique de campagne

 

Des dizaines, des centaines d’heures de débats télévisés et aucun des candidats n’est arrivé à proposer quoique ce soit de concret à part se balancer des insultes a peine voilées. Sauf attaquer l’Iran. Hormis Ron Paul, ils sont tous d’accord là-dessus.Et ca ne vole pas ters haut. Témoin le dernier debat en date ou tous voulaient savoir si Newt avait effectivement demandé à sa 2e femme de d’avoir un mariage «open» ?

 

A ce jour aucun des prétendants n’a par exemple encore pronounce le mot «environnement». Curieux pour un pays qui émet chaque jour 90 millions de tonnes de gaz à effet de serre.

 

Cela en est devenu si ridicule que le comique Steve Colbert a lui aussi décidé de se présenter et a créé son propre super-PAC pour déconner. Et dégueuler sur les autres candidats. En direct pendant son show, il a remis le chèquier de son super-PAC à son ami Jon Stewart. Les super-PACs n’ayant pas le droit de coordonner leurs actions avec les candidats, les deux compères ont promis de ne plus s’appeler jusqu’a novembre. 

Et nous ne sommes qu’en janvier. Depuis le début des primaires républicaines, les super PACs ont déjà dilapidé 290 millions de dollars. On se demande quel sera le total pharaonique en novembre, une fois les démocrates entrés en jeu. 

 

La politique aux Etats-Unis est devenue un grand concours d’insultes et de dénigrement. Et c'est au camp qui dépensera le plus. Le pire, c’est que ca marche. D’apres Associated Press, 75% des votants se dissent influencés dans leur choix par les super PACs, contre 25% pour les poignées de main au marché, les debats télévisés et autres techniques de communication. 

Triste etat des lieux au pays qui a inventé la démocratie moderne.