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Crise grecque, remède islandais

L'ilôt viking a fait rendre gorge à ses banquiers. Et s'en porte économiquement fort mieux.

  

Pendant que la Grèce agonise sous la poigne de la communauté financière internationale qui se fout ouvertement de sa gueule (il est de plus en plus évident que, mis sous séquestre, les milliards d’euros de la nième tranche du prétendu plan de sauvetage sont en réalité moins destinés au pays dont on se soucie comme d’une guigne qu’à ses créanciers privés et publics) les indignés islandais, méchamment saignés en 2008 par leurs banquiers véreux et leur perte de 85 milliards de dollars, refont surface.  

 

Il faut dire que la recette employée par les descendants  de vikings, d’ailleurs qualifiée la semaine dernière de « non orthodoxe » par l’agence de notation Fitch Ratings qui vient d’augmenter la note du pays avec perspectives stables, est assez éloignée de celle pratiquée dans l’Union Européenne. 

 

Absoudre par principe, les banquiers de toute responsabilité en leur tenant la tête hors de l’eau quoi qu’il en coûte n’est pas franchement dans la mentalité des islandais qui, sous des dehors débonnaires, restent assez vindicatifs. 

 

Un Premier ministre 

et 90 banksters en justice

 

Début 2009, c’est à coup de doses massives de gaz lacrymogène que la police est difficilement parvenue à disperser les manifestants rassemblés à Reykjavik pour « déconstruire » à coups de masses en granit, l’immeuble du Parlement. Quant à l’ex-Premier Ministre, un certain Geir Haarde, il s’en est fallu d’un cheveux qu’il ne subisse la vindicte populaire. Son sort est entre les mains des parlementaires de la coalition sociale démocrate au pouvoir depuis début 2009, qui doivent décider de la suite à donner aux conclusions de la commission d’enquête ayant recommandé en septembre 2009 des poursuites judiciaires à son encontre pour son rôle présumé dans la crise. 

 

 

Les banksters locaux n’ont d’ailleurs pas fait les fanfarons très longtemps. Le Procureur Spécial nommé à la suite du naufrage de 2008 a déjà engagé des poursuites pénales contre 90 personnes. 200 autres, dont les directeurs généraux des 3 principales banques du pays, attendent non sans inquiétude de connaître leur sort. Un contraste saisissant avec la situation américaine par exemple où à ce jour, pas un seul responsable financier de haut niveau impliqué dans le scandale des millions de prêts hypothécaires frelatés n’a fait l’objet de poursuites pénales. L’accord récent intervenu entre le ministère US de la justice et les 5 plus importants prêteurs hypothécaires en éloigne d’ailleurs un peu plus les perspectives.

 

 

Une potion magique 

à 2% de croissance

 

Outre le risque – sérieux – de prison ferme qui pend au dessus de la tête de leurs ex-dirigeants, les banques locales ont été aimablement encouragées par le gouvernement, qui en a partiellement pris le contrôle, à passer par perte, l’intégralité de la partie de leur créance dépassant 110% de la valeur des biens immobiliers financés. Histoire de leur apprendre que le mot ‘subprime’ est intraduisible dans le jargon insulaire. De plus, en Juin 2010, la Cour Suprême islandaise a décidé que les prêts indexés sur des devises étrangères consentis aux natifs étaient tout simplement illégaux.

 

 

 

La potion –magique – a fait son effet. Depuis fin 2008, les banquiers du pays se sont assis sur l’équivalent de 13% du PIB du pays. D’après un rapport publié ce mois-ci par l’Association islandaise des fournisseurs de services financiers, c’est près du quart de la population du pays qui a bénéficié de ce geste de « générosité » des banques (196,4 milliards de couronnes islandaises soit environ 1,6 milliards de dollars).

 

Et contre toute attente, l’apocalypse annoncée par les banksters tarde à se concrétiser : ayant connu une baisse du PIB de 6,7% du PIB en 2009, l’économie islandaise a connu une croissance de 2,9% en 2010. D’après l’OCDE, elle a une bonne chance d’enregistrer un nouveau gain de 2,4% en 2012 et en 2013. Nettement mieux donc, que les prévisions les plus optimistes sur la zone Euro qui peinent à s’engager sur un chiffre supérieur à 0,2% pour 2012.  

 

Du coup, les islandais rechignent à rejoindre l’Union Européenne. Sauf, à la rigueur, par une nuit sans lune et en drakkar pour quelques emplettes, comme au bon vieux temps…