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Bulgarie: Bojko Borisov, le Gerb au pouvoir

 

Malgré les scandales, les affaires de corruption ou les soupçons de collusion avec la mafia, le Premier ministre bulgare semble indéboulonnable. 

 

Depuis le discours de Sarko Ier à Villepinte, la France Forte a découvert ébahie que l'espace Schengen ne serait en fait qu'un énorme gruyère, laissant se faufiler chaque jouer flots d'immigrants et de contrebandiers en tout genre. Et le candidat président a laissé entendre qu'un nouveau trou béant ne va pas tarder à s'ouvrir: la Bulgarie et sa frontière avec la Turquie, portes ouvertes aux cargaisons venues de cet Orient si compliqué et anxiogène Irak, Afghanistan, Pakistan voire Chine. Sofia continue de négocier son adhésion à Schengen après avoir, malgré la longue opposition de Sarkozy et Merkel, été intégré à l'Union Européenne.

 

Classé parmi les pays les plus pauvres et corrompus d'Europe, la Bulgarie n'a pas, ces derniers temps, reçu que l'hommage du chef d'Etat Français… 

 

Début janvier, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a consacré tout un rapport sur la tenue des présidentielles et municipales bulgares d'octobre 2011. Entre autres interrogations sur l'achats de voix ou la clareté du scrutin, le texte peu amène dévoile une anecdote édifiante.

 

Des pontes du parti au pouvoir, le GERB (non on n’a pas inventé le nom, cela veut fièrement dire «l’emblème») ont été appréhendés au soir du scrutin dans un quartier huppé. Dans le coffre de leur voiture, ont été découverts des sacs plastiques bourrés de bulletin de votes. Ils n'ont pu donner aucune explication cohérente sur leur balade ou leur étrange cargaison. Pas la peine...

Batman en costard Armani

 

Le Gerb, allié de l'UMP au parlement européen au sein du PPE (parti populaire européen) a remporté l'élection sans que l'UE, Sarkozy ou les Etats-Unis n'en disent un mot, sans doute fascinés par le véritable patron du pays: le Premier Ministre Bojko Borisov, indéboulonnable Premier ministre depuis juillet 2009, boss du Gerb et misogyne notoire. «ll n’y a pas de lesbiennes en Bulgarie, juste des femmes qui n’ont pas encore rencontré Bojko», assure une blague populaire. Tout un programme.

 

Ancien chef de la police Bulgare (2001-2005), Borisov a bâti sa réputation à coups d'opérations anti-mafias musclées immortalisées par les caméras télé. De cette glorieuse période, l'homme a hérité d'un surnom Batman, d'un goût immodéré pour les costards Armani...et de nombreuse casseroles.

 

 

Des écoutes qui font boum

 

Censé combattre la corruption et protéger l'Europe de vagues d'immigrations clandestines, trafics de drogue, etc… Bojko se retrouve souvent à la une des média en raison de ses liens supposés avec les mafias. 

 

Au printemps 2011, les écoutes téléphoniques révélées par le journal Galeria détaillent, entre autres, une aimable conversation entre le chef du gouvernement et le directeur des douanes. Borisov ordonne au gabelou de ne pas intervenir dans la distillerie d’alcool clandestine d'un de ses amis.  L'épisode a fait sourire tous les grands quotidiens européens sans que Bojko n’essuive les réprimandes des chancelleries de Paris ou de Berlin.

 

 

Le scandale ne fait pas sauter le gouvernement, ni Bojko. Au lendemain de la publication des écoutes en revanche, une bombe a partiellement détruit le journal irrévérencieux. Les coupables n'ont à ce jour pas été retrouvés.

 

 

En février, c'est le témoignage d'un  tueur à gages du nom de Vasil Kostov au cours du procès du groupe mafieux «Les Killers» (oui, ils s’appellent vraiment comme ça), qui a occupé l'actualité. Le truand s'est borné à décrire les multiples conciliabules que tenait Bojko, alors à la tête de la police, avec d’illustres criminels tels Baï Milé (assassiné) et Joca Amsterdam le plus grand dealer de cocaine en Europe (arrêté depuis sur ordre de Borisov) ou encore Kossio Samokovetz (assassiné). Sous son magistère à la tête de la police (2001-2005), 28 gangsters ont été dessoudés, dont de nombreux témoins de ces rencontres…

 

Dorlotté par les Etats-Unis

 

Les échos du procès n'ont pas mis à bas le gouvernement. Pas plus que l'explosif télégramme diplomatique de l'ambassade des Etats-Unis, publié par Wikileaks. La note, classée «Sécurité Maximum» revient largement sur le cas du Premier Ministre Bulgare. 

 

«C’est quelqu’un qui a des liens extrêment bien documentés et détaillés avec le crime organisé, notamment avec celui qu’on surnomme “Le Pasha”. Il y a activement participé et probablement continue encore mais avec le recul de son poste. Il faut prendre en considération ses liens étroits avec l’Ambassade de Russie et avec les dirigeants de Lukoil (géant pétrolier russe). Sa compagne Tsevtelina Borislavova est propriètaire d’une banque identifiée par le Pentagone et son agence SIMO, comme blanchissant l’argent du crime organisé !»

 

Et l’Ambassadeur américain en Bulgarie de poursuivre : «Sa faiblesse principale est son égo surdimensionné et il est en manque permanent d’affection. C’est de notre interêt de continuer à le bichonner, mais ne pas oublier qui il est vraiment. Quelqu’un d’imprévisible.»

 

Bojko les gros tuyaux

 

 

Message reçu et transmis. Considérée par les experts du Pentagone comme la rampe de lancement idéal d'une attaque vers l'Iran, la Bulgarie de Bojko est d'autant plus choyée par l'oncle Sam que le Premier ministre du Gerb a personnellement négocié l’installation de bases militaires américaines dans son pays. 

 

Une bonne volonté fort appréciée. Au lendemain de l'élection de son champion, Borisov a eu la joie de voir accourir Hillary Clinton à Sofia, venue dealer  des couloirs aériens en prévision d'une offensive contre Téhéran…

 

Il y a quelques années, j’ai eu le privilège de rencontrer Bojko Borisov au détour d’un reportage sur la déférlante de faux billets qui envahissaient l’Europe et fluctuaient les taux d’interêts de la BCE. La mafia bulgare en était un des principaux fournisseurs. Après avoir posé son Colt 45 sur son bureau, nous avions fait une interview de courtoisie. Je n’avais pas compris pourquoi Bojko, encore grand boss de la police, avait convié ce jour-là un général, patron de la lutte anti-mafia, l’officier de liaison de notre Police Nationale pour les Balkans et sa traductrice. Une fois l’interview terminée ils nous avait ordonné d’arrêter de filmer la fabrication de faux euros, un reportage qui portait prejudice à la Bulgarie, sinon notre «sang allait couler sur les murs d’une cave de son choix.» Il ne savait pas que même posée par terre, la caméra tournait toujours…  

 

Les méthodes de l'homme qui se veut fort de protéger les frontières de l'espace Schengen ne semblent pas avoir beaucoup changé.

 

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