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AQMI fait flipper la DCRI
Les services anti-terroristes craignent une attaque terroriste contre les avions d'Air France en Afrique.
Dans une note fort instructive d’une vingtaine de pages pondue à l’automne dernier, les services français de la DCRI se sont penchés sur les multiples ramifications de cette pieuvre qu’est Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi).
Sous ce nom un peu mystérieux, se dissimulent des groupes combattants que l’on a vu à l’œuvre, ces derniers jours, pour déstabiliser l’ensemble du Nord du Mali. Depuis des mois, ces nouveaux croisés sèment la terreur dans toute la région du Sahel ( Niger, Mauritanie, Nigeria…etc) en enlevant des otages, notamment des Français.
Or les services tricolores, dans leur évaluation extrêmement circonstanciée de la situation, sont tout à fait alarmistes.
« Tous les éléments (étudiés dans cette note) risquent de renforcer le prestige d’Aqmi auprès de couches sociales et ethniques en marginalité au Nord de l’Afrique. Ils peuvent également permettre à l’organisation jihadiste, grâce à ses activités toujours croissantes de propagande, de recruter de nouveaux volontaires en Europe pour :
-Améliorer ses capacités logistiques par la création de groupes dédiés.
-Mettre en place des cellules opérationnelles aux fins de commettre des attentats en France. »
Les barbouzes de la DCRI n’hésitent pas à présenter la France, « la mère des croisés », comme « le premier adversaire étranger » des cellules d’Aqmi, la mouvance djihadiste qui se substitue, le 26 janvier 2007, au GSPC algérien, largement décimé par les militaires d’Alger.
Les groupuscules djihadistes, animés par des « combattants » algériens, se déplacent alors vers le sud sahélien- principalement le Niger et le Mali. Et les voici qui s’agrègent aux groupes touaregs, parfois prennent épouse en leur sein et se livrent, en leur compagnie, à la contrebande de cigarettes, d’armement et désormais d’otages.
La vingtaine d’occidentaux kidnappés depuis 2009 l’ont été notamment sur l’intervention du groupe « Abou Zeid », que l’on a vu réapparaitre au Mali ces derniers jours.
Honni soit qui Mali pense
Les pouvoirs locaux sont évidemment dans la ligne de mire de ces nouveaux croisés comme on le voit actuellement au Mali.
Mais la confusion règne sur les relations exactes qui existent entre les mouvements autonomistes de touaregs, aux inspirations d’abord identitaires, et les noyaux durs djihadistes, dont l’objectif est la généralisation de la chéria coranique dans l’ensemble du pays.
Une certitude, les Emirs, souvent algériens, savent se souvenir que la France a soutenu l’Algérie dans sa répression contre les groupuscules extrémistes.
« Les griefs » d’Aqmi, poursuivent nos experts, sont au nombre de six contre les Français. Et des plus graves ! Les voici, énumérés par les services français :
« - Le passé historique, des croisades jusqu’à la décolonisation
- La présence militaire sur des terres musulmanes (Djibouti, Sénégal) et le renforcement des troupes en Afghanistan
- Le soutien affiché à des régimes musulmans apostats, en particulier l’Algérie et la Mauritanie…
- La prétention à organiser l’Islam sur un mode national (…)
- La majorité affichée de l’Etat républicain, avec la loi sur le port du niqab
- La détermination des juges et des services français à neutraliser préventivement les terroristes et leurs complices »
«Des groupes « de faibles niveau opérationnel »
Ce dernier « grief » ne peut que s’accentuer avec les nombreux coups de filets pratiqués, ces derniers jours, dans les milieux islamistes supposés violents et intégristes. Les modes opératoires d’AQMI, cantonnés pour l’instant en Afrique, ne sont pas sans inquiéter les autorités françaises.
La DCRI rappelle que « les nouveaus modes opératoires des actions jihadistes avaient été définis en juin 2001 ar Ayman Al-Zawahiri dans un livre « Les cavaliers sous la bannière du Prophète : méditations sur le jihad ». A savoir, toujours d’après la DCRI : « rechercher l’effet psychologique (…), Viser prioritairement des cibles économiques (…), utiliser le mode opératoire de l’attentat suicide ».
Pour l’instant néammoins, constate toujours la DCRI, Aqmi « organise l’activité de cellules sympathisantes en Europe », mais dont le professionnalisme laisse –heureusement !- à désirer. « Les individus recrutés jusqu’à aujourd’hui, généralement via Internet, étaient de faible niveau opérationnel (Farid Bouchentouff interpellé en mai 2007, Ghani Arno en décembre 2008, Adlène Hicheur en octobre 2009)».

Vastes souks d’armement en Libye
Jusqu’à présent, les Américains et les Français se sont reposés sur l’allié algérien pour contenir et punir les groupes jihadistes qui avaient essaimé au Sahel. Louable initiative mais surhumaine lorsqu’on sait qu’un pays comme le Mali, un million de kilomètres carrés, possèdes des frontières immenses avec ses principaux voisins : 1200 kilomètre avec l’Algérie, 2000 kilomètres avec la Mauritanie et 900 kilomètres avec le Niger.
Dès le printemps 2009, l’Algérie aide militairement le président malien Amadou Toumani Touré, surnommé ATT, qui vient d’être renversé par un quarteron de militaires, lui même d’être écarté du pouvoir dans une grande confusion.
Une certitude, le premier cargo chargé d’équipements militaires arrivait à d’Alger à Bamako le 4 mai 2009. Des patrouilles militaires mixtes étaient mises en place. Ce premier chargement était suivi de multiples autres arrivages dans les mois et les années qui ont suivi. Ce qui a bouleversé ce fragile équilibre où l’on voyait les Maliens, les Mauritaniens ou les Nigériens, contenir, avec l’aide d’Alger et de Paris, le risque de prise d’otages et d’attentat, ce fut l’intervention militaire en Libye.
Critique à mots couverts de l'intervention en Libye
En effet, au delà de ses exactions contre sa propre population, le colonel Khadafi avait su se rendre indispensable auprès des Algériens et des Français dan leur lutte délicate contre la mouvance d’Aqmi. Le chef d’Etat libyen arrosait généreusement les tribus touaregs, contrôlait discrètement les groupuscules extrémistes et enfin faisait vivre 800 000 ( !!!) travailleurs émigrés africains, aujourd’hui au chômage et dont les revenus, assurés par Tripoli, participaient à l’équilibre économique et à la stabilité de l’ensemble de la région. L’écroulement du régime de « Notre ami Khadafi » a provoqué la déstabilisation de l’ensemble du Sahel, comme le constatent les agents de la DCRI., qui n’hésitent pas à évoquer « les bénéfices potentiels pour Aqmi-sud de la révolution libyenne ».
Il faut bien mesurer le poids d’une telle analyse. Le coeur de l’Etat en France, à savoir ses services secrets, estime que l’intervention de Nicolas Sarkozy en Libye a favorisé la propagande extrémiste et les moyens d’action d’Aqmi dans l’ensemble de la région.
« On peut craindre pour l’avenir proche, note la DCRI, la poursuite de l’instabilité dans la Nation libyenne, où le CNT vient de légaliser la charia (loi islamique) et où certains responsables, en particulier originaires de Cyréanique, semblent avoir des sympathies radicales … ». Et ce n’est pas tout.
Le plus inquiétant est la suite de la note décidément fracassante des services français. « La principale inquiétude concerne bien la disparition des arsenaux libyens de centaines de missiles SA7 et leur utilisation future par Aqmi (...) Est-ce pour perpétrer des actions offensives comme des tirs contre des avions civils, en particulier contre ceux appartenant à Air France (et desservant les capitales de la zone) ? » Tiens donc, des attentats contre des avions, cela nous rappelle d’autres attaques d’un certain 11 septembre.
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