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Crise financière : même la SEC est mouillée…

Le gendarme de la bourse américaine a ouvert une enquête sur la plus petite et la plus indépendante des agences de notations.

 

2 milliards – pour le moment - de dollars de perte en 40 jours de trading par le Chief Investment Office (CIO) de la banque JP Morgan Chase où sévit le français Bruno Iksil dit « la baleine », de terribles accusations portées contre la banque HSBC par John Cruz, l’un de ses anciens chargés de clientèle qui affirme tout en nuance dans son bouquin, qu’elle est une entreprise criminelle. Point de vue d’ailleurs timidement partagé aujourd’hui par le sous-comité permanent du Sénat US pour les Enquêtes….

 

Mais nom d’un chien que fait la police, pardon, la SEC (Security Exchange Commission), gendarme de la Bourse yankee pendant ce temps là ?

 

Un gendarme de la bourse légèrement obsédé

 

Depuis début 2008, sans doute pour évacuer le stress de la déferlante des sub-primes, un certain nombre de ses cadres passaient 8 heures par jour sur des sites internet pornographiques. 

 

 

C’est en tout cas ce qu’affirmait en avril 2010 Peter Morici, professeur à l’Université du Maryland et membre du département économique de la commission américaine pour le Commerce international (« c’est irresponsable et ça dénote un mépris du contribuable et de l’intérêt de celui-ci pour un véritable contrôle des marchés financiers… »).

 

L’accusation fut confirmée par l’enquête interne diligentée à la demande de Chuck Grassley, sénateur républicain de l’Iowa. « Croyez-moi ces mecs sont des obsédés » déclarait de son côté Mike Leahy, auteur du fameux « Porn Nation »…

 

Egan Jones, une agence de notation un peu trop indépendante

 

Aujourd’hui, les « gendarmes » en question se sont trouvés une nouvelle occupation à la hauteur de leur réputation : chercher des poux au Petit Poucet des agences de notation, la société Egan-Jones Ratings cofondée en 1992 par Sean Egan sous le nom un brin provocateur de Red Flag Research Inc. 

 

C’est vrai quoi ; les dirigeants politiques du monde entier n’ont pas de mots assez durs contre les Fitch, Moody’s Investors Service et autre Standard & Poor’s qui sucrent lâchement les triples A des états, renchérissant ainsi jusqu’à l’insupportable, le coût de leurs dettes souveraines…Il était urgent que la SEC remettent ces insolents dans le droit chemin !

 

Seulement voilà ; si la SEC était contre l’ordre financier établi, ça se saurait. Les courageux gendarmes ont donc choisi leur cible avec circonspection : Egan-Jones Ratings, (EJR) basée dans le hameau bucolique d’Haverford en Pennsylvanie.

 

 

 Au cours de sa dernière année d’activité arrêtée au 29 mars 2012, la boite a déclaré que ses 5 analystes – dont – Sean Egan lui-même - avaient noté 1136 entités de toutes sortes. Circonstances aggravantes, Egan et ses potes sont payés par les abonnés qui achètent leurs enquêtes et leurs scores, au lieu d’être rémunérés comme le trio de tête, par les émetteurs des emprunts évalués par les agences, ouvrant comme l’on sait, la porte à de méga conflits d’intérêt pour rester poli. 

 

Il était donc urgent de les mettre au pas. La SEC a donc ressorti de présumés fausses déclarations faites en 2008, lorsque l’agence a demandé son agrément pour pouvoir noter les dettes souveraines, celles émises par les états américains et les administrations locales, et les emprunts obligataires gagés par des actifs assez souvent faisandés (asset-backed securities) et titrisés à l’infini, à l’origine de la crise financière mondiale. 

 

Sans doute trop occupés, c’est seulement en octobre 2011, que les gros bonnets de la SEC ont émis un avis d’enquête (Wells notice pour les initiés) contre Egan-Jones. 

 

«On ne nous fera pas taire»

 

 

 

Le 24 avril, la SEC publiait un communiqué faisant état de la mise en cause de l’entreprise et de son dirigeant pour des « déclarations trompeuses » (misrepresentations) et des violations de diverses dispositions de la Loi Boursière.

 

Si l’affaire va jusqu’à son terme, Egan-Jones qui est à ce jour l’une des 9 agences de notation agréés par la SEC, pourrait perdre le droit de noter 13 emprunts obligataires de type ‘asset-backed securities’ et 9 emprunts d’état. Sans compter l’amende qui pourrait lui être infligée. Dans tous les cas, elle pourrait poursuivre, à la grande satisfaction de ses clients, la notation des compagnies d’assurance, des institutions financières privées et des emprunts lancés par les entreprises.

 

Prenant les devants, Egan-Jones Ratings a publié le 19 avril 2012 sur son site Internet, un communiqué laissant clairement entendre qu’elle n’était pas résignée à jouer les utilités : 

 

« …EJR est la seule entreprise NRSRO (« nationally recognized statistical ratings organization ») indépendante. C’est une petite entreprise de moins de 20 salariés. Elle est payée par ses souscripteurs, pas par les émetteurs. De nombreuses études académiques, y compris celles publiées cette année, démontre que EJR produit les scores les plus exacts et prédictifs de la profession….

 

Les dommages causés par les grandes entreprises payées par les émetteurs, qui détiennent un monopole sur le marché, sont incalculables. Le Congrès a découvert que les grandes entreprises payées par les émetteurs, sont responsables des scores Triple A qui ont alimenté le marché des ABS et des CDO, lequel, lorsqu’il s’est effondré en 2008, a généré un trillion de dollars de pertes et la crise financière la plus grave depuis la Grande Dépression. 

La grande majorité de ces scores triple A, sont aujourd’hui au niveau des actifs pourris. EJR a sonné l’alarme contre plusieurs de ces risques. 

 

La SEC n’a même pas suggéré qu’elle puisse prendre des mesures contre ces firmes pour avoir produit des scores contradictoires et erronés qui, comme l’a découvert le Congrès, ont largement contribué à la crise économique américaine…

 

On ne nous fera pas taire. Nous sommes parfaitement à l’aise pour affirmer que cela (l’action de la SEC) n’a aucun rapport avec la qualité des scores produits par la firme ».

 

Comment dit-on déjà : fort avec les faibles et faibles avec les forts ?