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Et si la BCE avait tout faux ?

 

 

La banque centrale européenne a prêté près de 1000 milliards d'euros aux banques privés européennes, qui se se sont empressés de les refuourguer aux Etats, avec une marge confortable et en durcissant les conditions de crédit. Un jeu de dupes?

 

 

 

 

Aucun de nos fidèles lecteurs de Bakchich ne l’ignore plus : les « Long Term Refinancing Operations » (LTRO) sont des crédits à 3 ans prodigués par la Banque centrale Européenne aux banques de la zone Euro asphyxiées par l’assèchement du crédit interbancaire. 

 

En 2009 en effet, relayés par les propos lénifiants du Gouverneur de la Banque de France et d’un certain nombre de ses collègues européens passés experts en langue de bois, les dirigeants du secteur admettaient certes du bout des lèvres, être confrontés à un « vague petit problème de liquidité » mais qui n’affectait en rien leur capacité à faire face à leurs obligations, autrement dit, leur solvabilité. 

 

Que les banques n’aient plus confiance les unes dans les autres pour se prêter du flouze n’impliquait nullement qu’on puisse mettre en doute leur solvabilité ; admettons…

 

 

Près de 1000 milliards prêtés à 1% par la BCE aux banques

 

Toujours est-il que sitôt le rideau de fumée partiellement dissipé, la BCE a du se rendre à l’évidence : le problème en question était tellement mineur qu’elle se décida a débloquer en décembre 2011, 489 milliards d’euros en faveur de 523 banques européennes, bientôt suivis en février 2012 d’une deuxième couche de 530 milliards d’euros supplémentaires, le tout à un taux d’intérêt cadeau de 1%. Et rien n’exclut que de nouvelles dotations du même ordre puissent suivre puisqu’il s’agit en réalité, d’un cercle vicieux, ou en tout cas, faussement vertueux.

 

Moins faux-jeton que ses collègues, Herbert Stepic le patron de la « petite » banque autrichienne Raiffeisen Bank International passée elle aussi à la pompe de la BCE pour refaire le plein, reconnaissait sans se faire prier : « On avait besoin de temps et c’est exactement ce que nous ont apporté les LTRO en termes de liquidité ; aucune autre mesure n’aurait été plus efficace ». 

 

Merci Draghi et à bientôt

 

Un point de vue partagé par ses confrères à en juger par l’apparente amélioration de la situation. Laquelle s’est surtout traduite par le lancement de nouveaux emprunts obligataires des banques (139 milliards de dollars entre 1er janvier et le 29 mars 2012 contre 86 milliards de dollars levés au cours de tout le 2ème semestre 2011) qui ont consacré la plus grande partie de ces ressources tombées du ciel à acheter…de nouvelles obligations d’états, autrement dit de la « dette souveraine », en contribuant tout de même au passage, à réduire les taux d’intérêts payés par les gouvernements des états européens les plus mal en point.

 

Les statistiques de la BCE démontrent par exemple que dès Janvier 2012 après qu’elles eurent reçu leurs étrennes, les banques italiennes ont augmenté leurs achats d’obligations émises par les états de la zone Euro de 20,6 milliards d’euros – un record - portant le total de leurs encours à 280 milliards d’euros. Prenant franchement goût à l’affaire, 7 d’entre-elles ont même promis au gouvernement de Mario Monti qu’elles en reprendraient un paquet sitôt que le robinet de la BCE serait ré-ouvert en février… 

 

De leur côté, leurs homologues espagnoles s’en prenaient pour 23,1 milliards d’euros de plus sur la même période, portant à 230 milliards d’euros leur créance totale de cette catégorie. 

 

Les confortables marges bancaires

 

Financés à prix d’amis par Mario Draghi, un ancien de la famille, les banquiers ont donc pu se refaire la cerise en prêtant… aux Etats avec des marges confortables, en allant même jusqu’à réduire leurs taux d’intérêt d’un niveau jusque là inconvenant à simplement insupportable. En particulier pour les PIIGs… Une amélioration en trompe l’œil qui avait incité le 27 mars 2012, l’ex-président Sarkozy plus à un bobard près et en quête désespérée d’intentions de vote, à affirmer que « la crise financière est terminée et la reprise économique est amorcée ». 

 

Amorcée ? On se demande bien comment ? Car les réservoirs supplémentaires d’oxygène des LTRO ont moins contribué à redonner du tonus économique aux pays concernés qu’à permettre à leurs gouvernants - exception faite de nos malheureux amis grecs ! – de sauver la face. 

 

Malgré les promesses 

des crédits réduits

 

Les crédits à l’économie réelle européenne, eux, n’ont en effet augmenté par exemple que de 0,9% entre les généreuses étrennes bancaires de décembre 2011 et février 2012, contre 2,3% pour la même période de l’année précédente ! 

 

Mieux, selon les chiffres obtenus par la BCE elle-même lors de son enquête du mois de janvier 2012, 35% des banques interrogées déclaraient avoir durci leurs conditions de prêt contre 16% l’ayant fait 3 mois plus tôt. Globalement, nul ne conteste plus aujourd’hui que les banques de la zone Euro ont réduit leurs crédits au secteur privé de 6% entre les 3ème et 4ème trimestres 2011 et de 0,5% pour l’ensemble de l’année 2011. Rien ne laisse présager d’une amélioration sensible pour 2012 malgré les campagnes publicitaires un brin démagogiques qui fleurissent en ce moment sur nos écrans de télévision.

 

 

L’alibi de l’Autorité Bancaire Européenne (EBA)

 

De plus en plus chahutés pour leur cynisme cupide, les banquiers européens ont eu beau jeu d’expliquer leur frilosité envers l’économie réelle par le diktat de décembre 2011 de l’Autorité Bancaire Européenne (EBA), l’auteur des facétieux « stress-tests » destinés à mesurer leur supposée résistance au risque de défaillance. 

 

Car pendant que « Super Mario » ouvrait à fond pour ses copains le robinet de la BCE, la EBA elle, sommait ces mêmes banques de porter leurs fonds propres à 9% de leurs actifs risqués d’ici juin 2012. 

 

Un programme de remise en forme qui va obliger 65 d’entre-elles à augmenter leur capital d’un total de 114,7 milliards d’euros d’ici là. Se sachant visées, elles avaient déjà réduit le volume total de leurs crédits au secteur privé de 14,6% entre les 3ème et 4ème trimestres 2011 ! 

 

 

 

Faute de pouvoir taper leurs actionnaires, elles vont donc devoir réduire la voilure. Une liposuccion de masse graisseuse de 6% du total de leurs actifs risqués qui représenterait selon plusieurs sources, des cessions totales d’actifs de près de 2,5 trillions d’euros à réaliser en 18 mois maximum ! 

 

 

 

Or, Daniel Antonucci économiste à la banque Morgan Stanley et plusieurs de ses confrères, estiment que  chaque trillion d’euros de cession annuelle d’actifs par les banques pour renforcer leurs fonds propres, réduirait le PIB de la zone Euro de 3%. Bonjour la croissance et les incantations lyriques de François Hollande qui a tout misé sur son retour…

 

 

Et si Draghi rimait avec Ponzi?

 

 

Ce régime drastique ne va sûrement pas les inciter à se réengager vers des crédits risqués à l’économie réelle, mais au contraire, les conforter dans leur détermination à profiter de leurs juteuses créances souveraines, considérées – à tort ou à raison – comme présentant un risque insignifiant, et dont elles redemandent grâce aux facilités caritatives que leur prodigue périodiquement Super Mario

 

C’est ainsi que BNP Paribas par exemple, s’est abstenue de participer au tour de table de 12 milliards d’euros en faveur du brasseur Miller, pourtant l’un de ses clients ; que BNP Paribas encore, le Crédit Agricole, Barclays Bank et Intesa n’ont pas renouvelé le concours de 1,2 milliard d’euros qu’ils avaient consenti à l’électricien italien Edipower ; que HSBC Holdings l’une des institutions financières pourtant les plus à l’aise en termes de capitaux propres, a fourgué son pôle assurance d’Asie et d’Amérique latine à AXA sans être trop exigeante sur le prix…C’est presque miraculeux qu’Eiffage soit parvenue en févier à trouver 2 montages d’un montant total de 3,5 milliards d’euros pour refinancer sa dette souscrite en 2006 lors de l’acquisition de la Société des Autoroutes Paris Rhin Rhône.

 

C’est à Jens Weidmann, président de la Bundesbank et incurable mauvais esprit que revient le mot de la fin ; évoquant lors d’une conférence de presse tenue le mois dernier « l’addiction » des banques européennes, il a insisté sur la nécessité « de les sevrer de leur dépendance au refinancement de la BCE ».

 

Vaste programme au vu de ce qui précède. D’autant qu’il va bien falloir les rembourser dans 3 ans, ces fastueuses dotations LTRO. Un constat qui mène déjà les plus insolents parmi les fins observateurs de la haute finance, à relever que Draghi rime avec Ponzi…