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Crise bancaire, le domino européen

Les établissement grecs coulent, les espagnols pleurent et une banque française est en passe d'être nationalisée. En toute discrétion...

 

 

 

Sous l’inspiration de François Hollande dont il ne faut pas sous-estimer les aptitudes d’illusionniste occasionnel,  les dirigeants politiques occidentaux se sont donnés le mot. Détourner l’attention des peuples en leur fredonnant sur tous les tons la complainte de la croissance. 

 

Pendant qu’on nous ballade sur ce thème très porteur médiatiquement, mais qui se heurte pour l’instant à une impasse conceptuelle rédhibitoire  (comment réamorcer la pompe autrement que par les bonnes vieilles méthodes Keynésiennes, pour l’instant prohibées du fait de l’insupportable endettement des états et de l’électrocardiogramme inquiétant du secteur bancaire en mal de « liquidités »  ?) la crise – officiellement terminée selon un oukase présidentiel sarkozyste de mars dernier – continue tranquillement à foutre le souk chez les professionnels de l’argent.

 

Derrières la méthode Coué, 

le régime grec

 

Car la méthode Coué à ses limites. Affirmer, comme le font les banquiers la bouche en cœur, qu’ils n’ont qu’un vague souci de liquidité, et encore, très passager, confine de plus en plus à une escroquerie intellectuelle.

 

 

Il y a quelques jours, Thanassis Kokkalakis, porte-parole de la police nationale grecque a fait une étrange confidence à l’agence Reuters : nombreux sont les Grecs qui ont retiré leur flouze des banques locales de crainte d’un crack. Ils le conservent sur eux, ou le planquent à la maison, voire même dans les locaux offerts par les sociétés spécialisées. Pour notre part, nous n’avons pas attendu l’évidence pour rappeler aux lecteurs de Bakchich, la légende du tonneau des Danaïdes et le fait que près de 25% des dépôts dans les banques grecques ont été retirés en moins de 2 ans pour se réfugier – partiellement - sous des cieux plus cléments…

 

« Nous demandons à la population d’avoir confiance dans le système bancaire et de laisser leur argent là où il est ou au moins dans un endroit sûr et de ne pas le cacher à la maison ; si c’est le cas, de prendre des mesures de sécurité élémentaires » a conclu le brave homme ; le genre de discours qui rétablit instantanément la confiance, c’est bien connu ! 

 

Pour les autres, reste bien sûr, l’espoir d’une nouvelle tournée gratuite de LTRO que le tenancier Draghi pourrait être amené à envisager si les choses devaient empirer. Le problème c’est celui des garanties. 

 

Même s’il n’est pas regardant sur leur qualité, Super Mario exige tout de même qu’on lui en présente. Ne serait-ce que pour la forme. Ayant raclé les fonds de tiroirs et refilé tout ce qui se présentait lors de la précédente beuverie, les banques européennes les plus exposés n’ont plus grand chose de présentable à offrir pour passer de nouveau à la caisse, en supposant qu’elle soit ouverte.

 

Une hypothèque sur Kaka et Cristiano Ronaldo

 

Résultat,  Bankia SA va devoir être nationalisée par le gouvernement espagnol qui va convertir en actions ordinaires, les 4,5 milliards d’euros d’actions préférentielles qu’il détient dans le capital du Groupe Bankia. Un truc peu reluisant, créé à fin 2010 par le regroupement de 7 caisses d’épargne déjà insolvables dirigées par la Caja Madrid. Le groupe en question est le plus exposé à la crise de l’immobilier espagnol ; fin de partie ?

 

La mouche dans le gaspacho c’est que l’opération feutrée d’échange d’actions est loin de faire le compte. L’Etat espagnol va devoir remettre au pot ; peut être même jusqu’à 15 milliards d’euros selon une estimation de l’agence de presse ibérique EFE de jeudi 24 mai, reprenant semble-t-il, une info de Dow Jones.

 

Aux dernières nouvelles (Süddeutsche Zeitung), le groupe des caisses d’épargne Bankia qui aurait un peu aidé à l’emprunt de 76,5 millions d’euros souscrit en 2009 par le Real Madrid pour financer l’acquisition de Christiano Ronaldo et de Kaka, et possède donc une forme « d’hypothèque » sur les 2 artistes, les aurait tout bonnement proposé en « garantie » à la Banque Centrale Européenne pour obtenir une bouffée d’oxygène supplémentaire ; on ignore si José Mourinho a été consulté sur la question ! 

 

Et de ce côté-ci des Pyrénées direz-vous ? En dépit de consignes de discrétion destinées comme d’habitude à éviter la panique, il semble bien que la Caisse Centrale du Crédit Immobilier de France (3CIF) soit dans l’œil du cyclone. Comme quoi les ravages de l’immobilier ne sont pas réservées aux promoteurs irresponsables des programmes « les pieds dans l’eau » de la Costa Brava, Dora, Blanca, del Sol, qui en voient aujourd’hui de toutes les couleurs…

 

 

La 3CIF, première banque française à sombrer?

 

Le 8 mai, à la demande de l’Autorité des Marché Financiers et de son homologue luxembourgeoise la Commission de Surveillance du Secteur Financier, les transactions sur un certain nombre d’obligations émises par 3CIF et l’une de ses filiales ont été suspendues. Officiellement parce que les comptes arrêtés au 30 avril n’avaient pas été fournis. Mouais…

 

Un argument qui n’a manifestement pas convaincu Guillaume Lucien-Baugas, analyste chez Moody’s Investors Service qui annonçait dans un communiqué du 17 mai, que son agence dégradait le ratio de « robustesse financière bancaire intrinsèque » de 3CIF, de C/a3 à E/caa1. Une sacrée dégringolade dont les curieux pourront mesurer l’ampleur en se reportant à l’échelle des scores de Moody’s

 

Par miracle, les agences de notation ont inventé pour les banques, un score complémentaire (« all-in ») qui, par opposition au premier (« standalone ») tient compte des secours que la banque assiégée pourrait mobiliser dans son environnement (cf. Rating methodologies for banks par Frank Packer et Nicola Tarashev dans la Revue Trimestrielle de juin 2011 de la Banque des Règlements Internationaux).

 

 

Les propos de Lucien-Baugas sont d’ailleurs tout à fait éloquents : « la décision de Moody’s repose sur l’hypothèse que la banque n’est plus viable sans une assistance financière immédiate et une solution plus durable à terme….Ces risques significatifs de liquidité ( !) impliquent que le Groupe ne vas pas tarder à devenir entièrement dépendant d’un soutien du secteur public français à sa liquidité, et, à terme, nécessitera une solution plus durable, qui pourrait prendre la forme d’une fusion, d’un investissement stratégique ou d’un autre partenariat avec une tierce partie, facilité par le gouvernement… » 

 

Le peu d’entrain manifesté jusqu’à présent par les Caisses d’Epargne et la Banque Postale, discrètement sondées, laisse peu d’alternatives : « 3CIF n’a d’autres choix que la nationalisation. Elle a fait le tour des banques françaises et il semble bien que personne n’en veuille » murmure-t-on dans la profession.

 

François Hollande, qui manifeste envers la finance, une antipathie à géométrie variable, n’a-t-il pas promis qu’il ne viendrait pas à la rescousse des institutions financières hexagonales aux frais du contribuable ? 

 

 Autrement dit, ne s’apprête-t-on pas avec cette nouvelle affaire, à découvrir un nouvel illustration du principe, solidement établi dans l’esprit des banquiers, de « socialisation des pertes et privatisation des profits » ?  

 

  

 

   

 

 

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