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Fast & Furious : sale tournure pour Obama
Pour empêcher les parlementaires de titiller son ministre de la Justice, le président en appelle à une jurisprudence datant de Richard Nixon. Assez casse gueule.
Avec une confortable avance sur la plupart des médias européens, Bakchich a porté à la connaissance de ses fidèles lecteurs, les dessous obscènes de l’affaire dite « Fast & Furious ».
Une très sale affaire ayant consisté pour l’administration US, à permettre aux faux nez des cartels mexicains de la drogue de venir s’approvisionner chez l’Oncle Sam en armes de tous calibres.
Elle a connu un retentissement imprévu et une fin tragique à la suite de l’assassinat de Brian Terry, un garde-frontière américain qui avait tenté d’appréhender des acheteurs, coffre bourré d’armes de gros calibres, sur leur chemin de retour vers le Mexique.
Le peuple américain commence seulement à prendre conscience de l’ampleur de ce qu’il faut bien appeler un véritable scandale d’état. Car au fur et à mesure de ses rebondissements judiciaires et politiques, la version officielle selon laquelle l’opération consistait – maladroitement bien sûr - à identifier les filières d’approvisionnement des cartels pour les mettre hors d’état de nuire, devient chaque jour moins crédible.
Dérapages sur les rives du Rio Grande
La réalité est à la fois plus cynique et plus simple.
L’administration Obama caresse en effet le projet à moyen terme d’interdire le libre commerce des armes dans le pays.
Justifiée ou non, cette mesure est - discrètement certes - inscrite dans le programme politique du président américain. A condition évidemment de parvenir à convaincre les électeurs de tous bords, à commencer par les obsédés de la gâchette présumés majoritairement Républicains, de s’asseoir sur l’interprétation non restrictive du 2ème amendement de leur Constitution qui les autorise à en détenir, voire à en porter.
D’un cynisme abject, le scénario passait donc par la démonstration statistique que les massacres auxquels se livrent les cartels mexicains de la drogue qui ont pris le relais des colombiens dans l’approvisionnement industriel en came des yankees, étaient causés dans 90% des cas, par des armes provenant des USA : plus du tout d’armes en vente libre au Nord du Rio Grande, égal no more cartels mexicains surarmés, égal no more enormous quantities of drugs in the US…
Les rafales de la NRA
Fast & Furious était donc aussi, et peut être surtout, destinée à faire pencher les chiffres du bon côte de la frontière et à contraindre le pays à la 2ème prohibition de son histoire…
Un peu gros tout de même ; en particulier pour la très puissante National Rifle Association (NRA) née en 1871 et forte de ses 4 millions de membres résolus à posséder des armes quoi qu’il en coûte en termes de criminalité intérieure.
Son Vice Président et Directeur Général Wayne La Pierre, vient d’ailleurs de se mêler aux polémiques en cours, avec le sens aigu de la diplomatie qu’on lui connaît : « …L’administration Obama a trouvé un fournisseur, a construit un pipe-line, des milliers d’armes sortant des Etats Unis à destination des individus les plus diaboliques de la planète. Ils ne les ont pas appréhendés, ils ne les ont pas empêchés, et ça a continué encore et encore et encore, jusqu’à l’assassinat de Brian Terry… »

Compte tenu des enjeux et de l’ampleur du scandale, pas étonnant que la «Commission de supervision et de la Réforme Gouvernementale» de la Chambre des Représentants (House Oversight and Government Reform) et son président, l’ambitieux député républicain de Californie Darrell Issa, se soient emparés de l’affaire et livrent une guerre sans merci à l’Exécutif sur le sujet.
La guerre fait rage à….Washington
Le refus obstiné d’Eric Holder, Ministre de la Justice un brin sournois, de fournir les documents exigés par Issa et ses fouinards, et en particulier la version authentique d’une lettre du 4 février 2011 le mettant sans doute personnellement en cause, a provoqué l’inimaginable vendredi 28 juin : Le vote à son encontre d’une motion de « Mépris/outrage criminel au Congrès » (contempt to Congress), l’une des multiples étapes sur le chemin d’une possible destitution du président américain en bout de chaîne des responsabilités.
Lequel, pour retarder l’échéance si possible jusqu’à l’élection présidentielle de novembre prochain, a fait valoir le premier « Privilège Exécutif » de son mandat, quelques jours avant le vote de défiance envers Holder : il s’agit d’un pouvoir un peu discrétionnaire du Président et d’un certain nombre de membres de l’exécutif, de s’opposer à des sommations du Congrès voire de la justice, de communiquer des pièces exigées dans le cadre d’une enquête.
Au bon souvenir de Richard Nixon
Les médias américains les plus favorables à l’administration Obama ne lui ont pas forcément rendu service en rappelant que la doctrine du Privilège Exécutif avait été confirmée avec force par l’arrêt de la Cour Suprême de triste mémoire US vs Nixon.
A l’époque, le Procureur Spécial sur l’affaire du Watergate le teigneux Archibald Fox s’était mis en tête d’obtenir communication des enregistrements audio des conversations tenues dans le Bureau Ovale de la Maison Blanche. On sait où a conduit pour l’Histoire, le Privilège invoqué à l’époque par Richard Nixon…
Les historiens rappellent d’ailleurs que la plupart des présidents l’ayant invoqué (Clinton à 14 reprises, George W. Bush à 6 occasions) ont généralement fini par fournir tout ou partie des documents demandés pour éviter de passer à la trappe…ça n’a en revanche jamais réussi à ceux qui se sont entêtés.
Dès qu’il a eu connaissance du privilège invoqué par Obama, Darrell le Furieux qui enquête depuis 16 mois, s’est fendu d’une missive de 7 pages à son attention pas piquée des vers : « …Soit que vous, ou vos plus proches conseillers êtes impliqués dans la conduite de l’opération Fast & Furious et son dénouement, comprenant notamment le faux courrier du 4 février 2011 fourni à la Commission par le Ministre de la Justice, ou que vous faites usage d’un pouvoir présidentiel que vous savez injustifié et que vous n’invoquez que pour faire un peu plus encore obstruction à une enquête parlementaire… »
La procédure normale dans le cas d’un vote de ce type, c’est que le Speaker de la Chambre des Représentants transmette la décision au Procureur Général du district de Columbia, afin qu’il organise la convocation d’un Grand Jury devant décider de l’inculpation éventuelle de l’intéressé.
Le vice ministre de la Justice annonce qu'il ne poursuivra pas son patron
Comme on pouvait s’y attendre, dès le 28 juin le jour même du vote, Le Ministère de la Justice, en la personne du vice-ministre James Cole, adressait un courrier au Speaker de la Chambre des Représentants John A. Boehner, indiquant que « quel que soit le parti aux affaires, la position constante du Ministère de la Justice a toujours été et demeure de ne pas engager de poursuites contre un membre de l’exécutif au titre de « Mépris/Outrage au Congrès » en raison d’une non-communication de documents ayant fait l’objet d’une sommation de produire, dès lors qu’ils sont protégés par un privilège Exécutif…..Conformément à cette doctrine et cette position constante, le Ministère considère que l’absence de réponse du Ministre de la Justice à la sommation faite par la Commission de Supervision et de Réforme Gouvernementale ne constitue pas un crime, raison pour laquelle la décision parlementaire de Mépris/Outrage ne sera pas présentée à un Grand Jury et qu’aucune poursuite ne sera engagée contre le Ministre de la Justice
Le Ministre de la Justice Adjoint, informant que le Ministère n’engagera pas de poursuites contre le Ministre, chaude ambiance…
La bande à Issa envisage donc d’engager une action judiciaire au Civil cette fois à l’encontre d’Eric Holder, le maillon faible de la « clique Obama » comme les désigne maintenant un nombre croissant de médias régionaux, qui se sont engouffrés dans la « brèche morale » creusée par l’affaire Fast & Furious » pour s’interroger sur la légitimité constitutionnelle du Président Américain.
Si un tribunal civil venait à invalider le privilège exécutif, les actions pénales pourraient reprendre. Dans le cas de nouveau refus d’obtempérer de la part de l’exécutif, la destitution du président deviendrait alors envisageable.
D’autres rappellent toutefois qu’il y maintenant plus de 75 ans que chacune des 2 chambres du congrès a renoncé de facto à faire arrêter sur le champs les ministres et membres de l’exécutifs convaincus de mépris/outrage envers le parlement américain. Et qu’il est peut être temps de reprendre les bonnes habitudes…
Le mot de la fin revient pour l’instant à Robert Meyer, président de la fondation Brian Terry qui a constaté vendredi : « La famille Terry ne ressent aucune satisfaction à la suite du vote de Mépris/outrage contre le Ministre de la Justice Eric Holder. Un tel vote n’aurait pas du être nécessaire. Cela fait des mois que le ministère de la Justice aurait du rendre public les documents de l’affaire Fast & Furious »…
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