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Banques : même le LIBOR était truqué !
Une toute petite variation de cet indice inter-bancaire a permis des magouilles à plusieurs milliards d'euros. Un battement d'ailes de papillon pour une tempête financière...
Sacrés banquiers…Depuis quelques jours, on comprend mieux pourquoi le marché interbancaire s’est méchamment asséché au cours du 2ème semestre 2011 ! Même Super Mario Draghi est tombé dans le panneau lorsqu’il est venu à leur secours à coups de centaines de milliards d’euros de prêts à court terme quasi gratuits.
Souvenez-vous : 489 milliards à 1% pour 3 ans en décembre 2011, suivis d’une deuxième tournée de 530 milliards supplémentaires en février 2012. «Que voulez-vous mon bon Monsieur, on a pas le choix, disait-on à l’époque au siège de la BCE ; les banques n’ont plus confiance les unes dans les autres et les liquidités indispensables au bon fonctionnement de l’économie se font rares, l’incendie menace, et il faut donc les arroser avec un retardant nommé LTRO…».
Mais pourquoi cette défiance inexplicable des banques les unes envers les autres ?
Pourquoi les banques se méfient d'elles-mêmes
Le détail qui manquait à la bonne compréhension du scénario c’est que parmi les banques membres de la très sélecte British Bankers’ Association (BBA) un bon nombre de celles qui participent à la fixation d’un machin nommé « LIBOR », sont soupçonnées d’avoir joyeusement magouillé, et manipulé à leur profit et celui de leurs traders, le taux en question entre 2005 et 2009.
Le London Interbank Offered Rate (LIBOR) est en effet un instrument aussi indispensable à la finance internationale qu’un stéthoscope à un médecin de campagne.
Pour faire simple, il s’agit du taux d’intérêt moyen auquel les principales banques de la place « estiment » chaque matin à 11h00, heure de Londres, qu’elles seraient facturées par leurs consœurs si elles leur empruntaient effectivement du flouze à court terme à ce moment précis. Il s’agit donc d’un taux indicatif de référence qui, avec son pendant européen l’EURIBOR, sert de base à l’établissement de nombreux taux contractuels d’emprunts dans le monde entier.
Un instrument à
223 trillions de livres
Le LIBOR est évalué pour 10 devises et 15 échéances variant entre 24 heures et un an, par un panel regroupant pour chaque devise concernée, un nombre réduit de banques participantes ; on découvre par exemple que la seule française parmi les 15 banques composant le panel estimant le LIBOR sur l’Euro est la Société Générale….Cocorico !
Chaque matin donc à 11h00 précises, chaque banque membre de chaque panel transmet son estimation à la société Thomson Reuters qui sort sa calculette et détermine le taux officiel du LIBOR du jour . Un taux qui va servir à calculer le tarif de centaines de milliers de prêts et d’instruments financiers à court terme dont le montant total est estimé à 223 trillions de £ !
Un instant d’égarement causant une augmentation du LIBOR d’un dixième de « point de base » (0,001%) et ce sont 22 milliards de £ de profits supplémentaires qui entreraient sournoisement chaque année dans les poches des banquiers dont les créances seraient exprimées par rapport au LIBOR ! Mieux, un mail entre deux traders saisi par les enquêteurs (voir plus loin) fait état de l’estimation selon laquelle un déplacement d’un point de base (0,01%) du LIBOR offrait l’opportunité d’un gain supplémentaire annuel à ces charmants jeunes gens de 2 millions de dollars…
Dans l’autre sens, les banquiers auraient aussi pu être tentés de sous-estimer le coût de leur endettement à court terme en étranglant un brin le LIBOR pour paraître financièrement en meilleure santé.
Le Libor est totalement fiable
qu'ils disaient
C’est notamment ce qu’affirmait le Wall Street Journal dans un article du 29/05/2008 qui faisait référence au comportement des banques lors du « credit crunch » de 2008. Le canard renouvelait l’exercice le 18/03/2011, mettant en cause quelques cadors british et yankee de la finance, et s’attirant une réaction assez vive de la BBA scandalisée affirmant que « le LIBOR est totalement fiable ».
Sauf que le 28/02/2012, les curieux découvraient l’inimaginable : à savoir, que la SEC avait déclenché une enquête sur le sujet pour manipulation présumée du LIBOR. Dans la mire des autorités de régulation et de contrôle, l’illustrissime Barclays Bank qui allait ouvrir le bal des vampires de la finance et se voir rapidement infliger une amende de 200 millions de dollars par la US Commodity Futures Trading Commission, majorée, d’une part de 160 millions de dollars exigés cette fois par le Ministère de la Justice US, et de l’autre, de 59,5 millions de £ par la FSA britannique qu’on sent assez mal à l’aise sur la question.

Un total de 290 millions de £ qui s’accompagne, une fois n’est pas coutume, de la démission de Bob Diamond – un nom prédestiné – son directeur général qui s’est fait méchamment bousculé lors de son audition par le Treasury Select Committee, et de son président Marcus Agius qui assure l’intérim avant de se faire la malle.
En outre, Bob a eu la délicatesse de renoncer à son bonus de 2012 (il avait palpé 2,7 millions de £ en 2011), imité en cela par ses collègues Chris Lucas, Jerry del Missier et Rich Ricci ( !) des patronymes dignes d’un générique de Scorsese, qui sont parvenus à garder leur place pour l’instant.
Comme souvent –suivez mon regard – dans de telles circonstances, on découvre que le service de « Conformité » (« compliance ») de la banque a traité par le mépris 3 messages internes d’alerte parfaitement clairs sur le sujet.
Qui s'est amusé avec la Barclays?
D’autres noms vont suivre et l’on murmure déjà ceux de HSBC, Lloyds Banking Group et Royal Bank of Scotland pour ce qui concerne les participants présumés au scandale vivant de ce côté-ci de l’atlantique. Sans compter les centaines de procès à attendre de la part d’associations d’emprunteurs s’estimant tondus par leurs créanciers à coups de LIBOR faisandé.
Qui sait, les lecteurs de Bakchich ayant eu recours à un crédit à la consommation quelconque au cours de la période considérée qui auraient la curiosité d’aller vérifier sur quel taux était indexé leur instrument de torture, pourraient éprouver un grand sentiment d’injustice en découvrant une discrète allusion au LIBOR…
Revanchard, Nick Leeson le trader qui a coulé la banque Barings de Singapour et a passé 6 ans et demi de prison avant d’être libéré pour raison médicale en 1999, ne mâche pas ses mots : « la punition doit être réelle et sévère afin que l’on soit certain de l’arrêt des transgressions. La manipulation de taux est totalement prohibée par les règlements. Tout le monde sait que c’est mal et quiconque travaille pour une institution financière en a parfaitement conscience, mais si on le tolère en vous mettant juste une petite tape sur le poignet, vous allez évidemment continuer… ».
Commentant l’audition récente du boss de la Barclays, et l’allusion de ce dernier à une conversation datant de 2008 avec Paul Tucker, Gouverneur-Adjoint de la Banque d’Angleterre, le trader repenti a ajouté : « ce qui se passe aujourd’hui pourrait être très dommageable pour le pays si la prétendue sorte de complicité avec la FSA et la Banque d’Angleterre finit par être prouvée..."
C’est rien de le dire.
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