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Les tout petits amis américains de Bilderberg

La si sympathique conférence des «maîtres du monde» ne roule pas sur l'or. Ses administrateurs en revanche, disposent de quelque aisance matérielle.

 

 

 

Va bien falloir qu’on s’arrête un jour de fantasmer sur le prétendu complot mondialiste ourdi du plus profond des ténèbres par les invités du bal annuel de Bilderberg. C’est vrai quoi, ça devient agaçant à la longue.

 

Chaque fois, la même mise en scène ; c’est à celui qui mettra le premier la main sur la liste des participants et le lieu des réjouissances. 2012 n’a  bien sûr pas dérogé à la règle et compte tenu des dégâts causés par la crise économique mondiale, ce coup-ci le suspens était franchement insoutenable…  

 

Pauvres benêts que nous sommes, nous n’avons pas encore compris que le buzz c’est exactement l’objectif recherché par les têtes pensantes de l’assoc’.

 

Disposant de moyens des plus modestes, la seule manière qu’ils ont trouvé pour faire parler de leur symposium ringard dans les médias, c’est justement de jouer la carte du « strictement sur invitation ». Un peu la même combine que pour les soldes privés en quelques sortes où, pour éviter de devoir se déculotter d’entrée et vendre au prix coûtant, le marchand vous envoie un carton vaguement classieux et vous garde captifs avec les autres connards bouffis d’égotisme de votre espèce jusqu’à ce qu’une bonne partie de son stock défraîchi soit liquidé ; après quoi il laisse entrer la plèbe à laquelle il consent enfin des rabais dignes de ce nom… 

 

Bilderberg, conférence au rabais

 

Faut donc bien se mettre dans la tête une fois pour toutes que Bilderberg c’est la fable de la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le mammouth. En tous cas, pour ses amis américains, à en juger par les comptes de la Fondation « American Friends of Bilderberg Inc » que Bakchich est allé dénicher pour ses lecteurs. 

 

Comme le démontre clairement la pièce jointe, la fondation en question n’a même pas les moyens de s’offrir des locaux convenables. Elle est hébergée au siège social de Perseus LLC sur Pennsylvania Avenue à Washington, un fonds d’investissement en capital-risque où, James A. Johnson, un employé qui la joue profil bas, lui a dédié une armoire.

 

 

En 2010 donc, d’après la liasse fiscale des Amis Américains de Bilderberg, c’était déjà pas Byzance : 195 000 dollars de revenus dont 148 dollars de produits financiers. 

 

Même misère pour les charges, où le gros poste c’est bien sûr l’organisation de voyages, réunions et conférence, pour 148 522 dollars. S’y ajoutent 3000 dollars pour le comptable, un certain Robert T. Foldes du cabinet Leon D Alpern & Co mondialement célèbre à Woodbury, vague trou perdu de l’état de NY, et 466 dollars d’autres frais. Le bilan est de la même eau :  177 691 dollars d’actifs dont 176 094 de cash. Le tout, selon le descriptif,  « pour organiser et sponsoriser des conférences destinées à étudier et débattre des problèmes importants de l’alliance occidentale qui collabore aux réunions organisées par Bilderberg en Europe et en Amérique du Nord »…D’accord, on peut s’interroger sur la signification « d’alliance occidentale » mais bon…

 

De si pingres donateurs

 

D’ailleurs en 2010, les donateurs n’ont pas fait d’excès non plus : la fondation de James Wolfensohn s’est fendue de 25 000 dollars ;  le garçon a tout de même été patron de la banque mondiale de 1995 à 2005, c’est dire si ça ne lui est pas monté à la tête ; pas plus qu’à celle de Donald Graham et de l’illustre David Rockefeller qu’on ne présente plus, qui ont mis la même somme au pot. 

 

Heureusement qu’il y avait Marie Josée Kravis, née Drouin dans la Belle Province, la 3ème épouse du financier Henry Kravis,  et Peter Thiel de San Francisco pour lâcher 50 000 dollars chacun, sinon…

 

Par charité, si j’ose dire, mieux vaudrait ne pas relever l’obole de 10 000 dollars d’Henry Kissinger qui vous facture pourtant un bras pour livrer quelques secrets réchauffés de l’Histoire si vous l’invitez comme conférencier, et la fondation Freeport Mc Moran de la Nouvelle Orléans qui figure également dans la liste des donateurs pour la même somme.

 

Pas d'argent mais de jolis CV

 

 

 

Il y a d’avantage à dire sur les administrateurs du club. On passera sous silence, notoriété oblige, les David Rockefeller, Henry Kissinger et Marie-Josée Kravis, voire même Richard Perle. 

 

On en dira un peu plus peut être, sur Klaus Kleinfeld, qui préside Alcoa le 3ème producteur mondial d’aluminium et Jessica Matthews raide dingue de politique étrangère, qui s’est distinguée en 1997 par son célébrissime article dans la revue Foreign Affairs titré « Power Shift ». 

 

Vernon Jordan Jr est plus haut en couleur : en 1996, le premier reportage de la toute jeune chaîne d’information en continu CNN était consacré à sa tentative d’assassinat. 

 

Ami de Bill Clinton qu’il a invité à la Conférence de Bilderberg en 91, on lui a aussi reproché d’avoir aidé Monica Lewinsky à se reconstruire après son départ de la Maison Blanche…Il a surtout fait la une des tabloïds yankee lorsqu’une Cour d’Appel a rejeté le 01/10/2003, sa demande à la Maison Blanche de remboursement d’honoraires pour ses services d’avocat rendus à Clinton dans le cadre des scandales Lewinsky et Paula Jones…

 

Roger C. Artman pour sa part, a été secrétaire-Adjoint au Trésor sous Clinton ; et associé de Lehman Brothers de 74 à 77 avant d’y retourner un temps en 1981 ; pas un crime...

 

James A Johnson qui se fait oublier chez Perseus LLD évoqué plus haut, mérite une mention spéciale : le type a été managing director de Lehman Brothers de 85 à 90 et patron de Fannie Mae de 1990 à 1998 où il se fera 200 millions de dollars de revenu dont il a eu tendance à dissimuler une bonne partie. On comprend pourquoi ; Gretchen Morgenson et Joshua Rosner lui ont taillé un costume sur mesure dans « Reckless Endangement : how outsized ambition, greed and corruption led to economic Armageddon » en le désignant comme l’un des principaux responsables de la crise financière de la fin des années 2000 ; d’évidence, la traduction est facultative. 

 

Il sera de nouveau distingué dans une mémorable publicité pré-électorale de John Mc Cain affirmant que « Fannie a fondu les plombs et Johnson s’est fait des millions » (« Fannie cooked the books and Johnson made millions »).

 

Alors, toujours convaincus que Bilderberg est un gros mot ?

 

  

 

 

 

  

 

 

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