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Le Groupe Vinci s’égare dans la forêt de Khimki

 

En charge de la construction d'une partie de l'autoroute entre Moscou et Saint Petersbourg, le géant français du BTP fait assez peu de cas des écolos russes.

 

A l’occasion de sa première incursion d’envergure en territoire russe, le groupe tricolore de BTP Vinci est sur le point de se faire une publicité gratuite dont il se serait sans doute bien passé. 

 

La polémique qui prend des proportions embarrassantes, concerne les  conditions dans lesquelles le bétonneur – l’unique participant ayant été capable de satisfaire aux contraintes du cahier des charges aux dires de la commission d’attribution ! - a décroché en 2008 l’appel d’offre relatif à la construction du premier tronçon (du kilomètre 15 au kilomètre 58) de l’autoroute à péage Moscou-Saint Pétersbourg.

 

L’affaire a grossi à la suite de la découverte que le Ministre local des Transports avait vaguement bossé dans le passé pour l’une des sociétés devenue très discrètement membre du consortium ayant décroché le jackpot, sur lequel plane une opacité totale d’assez mauvaise augure. 

 

Une jolie PPP russe

 

S’y ajoutent que le projet prévoit la mise en œuvre du premier «Partenariat Public Privé» (PPP) russe dans le secteur de la construction routière (qui va générer 1,5 milliards d’euros de rentrées sur une durée de 30 ans au bénéfice du concessionnaire) mais surtout que le tracé retenu va ravager la forêt de Khimki, ultime réserve d’oxygène au nord de la capitale russe, et rayer de la carte la Kliazma, l’une des rivières encore pures qui alimentent Moscou dont les berges abritent une réserve naturelle et dont le lit doit être comblé sur 1,3 km pour installer le poste de péage…

 

En guise de mise en bouche, un canal de dérivation des eaux du fleuve a été creusé entre octobre 2010 et avril 2011 et les dernières images-satellite disponibles à fin novembre 2011 démontraient que le lit de la rivière a déjà été coupé sur 200m.

  

Enragés, les écologistes russes menées par Evgenia Chirikova qui a déjà été arrêtée plusieurs fois et un brin rudoyée par la police, ont organisé une vigoureuse campagne de riposte et de sensibilisation internationale. 

 

Le 26 juin, c’est au Parlement Européen que les défenseurs indignés de la forêt de Khimki sont passés recueillir le soutien de plusieurs députés qui se sont engagés à approfondir leurs connaissances sur le sujet. Le 9 juillet en fin de journée, un débat devait intervenir au Sénat à Paris où Evgenia à fait étape pour dire tout le bien qu’elle et ses potes pensent de Vinci. 

 

Le même jour, à la librairie Le Globe (67, boulevard Beaumarchais 75003 Paris) un rassemblement a été organisé sur le même thème (www.facebook.com/events/466569706688126/.)  Le lendemain, ils devaient mettre le cap sur Nantes pour manifester leur solidarité aux opposants au projet de construction de l’aéroport du Grand Ouest de Notre Dame des Landes…  

 

 

Un tracé qui préserve 

les intérêts privés

 

Même à Moscou où l’on possède une certaine expérience dans l’art de réduire les opposants au silence, le scandale a pris de telles proportions que le président Medvedev a suspendu le projet en août 2010 en ordonnant un complément d’enquête « d’utilité publique ». Le  compte-rendu des auditions complémentaires n’a bien entendu jamais été rendu public, et les opérations ont repris de plus belle dès le mois de décembre 2010. 

 

 

La publication en février 2011 d’une étude menée par un Comité d’experts  trop indépendants et concluant sans langue de bois « que le tracé retenu était l’un des pires parmi plusieurs solutions alternatives », n’a en rien ébranlé la résolution des autorités. 

 

Lesquelles n’ont pas d’avantage réagi à la déclaration en forme d’aveu du même Dimitri Medvedev lors d’une session du Conseil Présidentiel Pour le Développement de la Société Civile et les Droits de l’Homme à Yekaterinburg en avril 2011, selon laquelle le tracé choisi était loin d’être le meilleur et semblait avoir été surtout retenu pour favoriser des intérêts privés. 

 

Pourquoi s’enliser en effet dans de fastidieuses procédures d’expropriation lorsque l’on peut directement s’approprier la nature vierge ? Face à la résistance acharnée des écologistes et des activistes russes, Vinci a tenté sournoisement de calmer le jeu.

 

 

Un écolo français à la botte du BTP

 

Le 22 novembre 2011, les indignés de la forêt ont vu rappliquer dans leur campement, un certain Tristan Lecomte, fondateur d’Alter Eco qui fait dans le commerce équitable, et animateur du réseau Pur Projet qui s’enorgueillit en première page de son site, « de développer des projets socio-environnementaux pour régénérer, préserver et dynamiser les écosystèmes en partenariat avec des communautés défavorisées ». Sans doute une forme d’humour d’origine slave…

 

 Le garçon a expliqué à Evgenia Chirikova et à ses adjoints sidérés qu’il avait été mandaté par Vinci pour superviser les aspects environnementaux du projet. L’air de rien, il a insisté sur le fait « qu’il était extrêmement dangereux pour les activistes de tenter de s’opposer à l’ouverture du chantier prévu dans la forêt » et a fini par proposer un « soutien financier » à la communauté locale s’il lui venait l’idée intelligente de lever le camp.

 

Sans grande surprise, c’est la police qui s’est pointée en force le lendemain. 

 

Un certain Senin, chef du 2ème commissariat de Khimki a fait preuve d’une exquise courtoisie envers ses interlocuteurs ; devant 3 témoins, il s’est notamment référé à l’un d’entre eux en des termes choisis : « Rassolov a touché de l’argent pour protéger la forêt. C’est un juif et en tant que tel il n’a rien à faire dans la forêt de Khimki et doit quitter la Russie et foutre le camps dans sa patrie d’Israël… »  

 

  Chirikova a qui on ne la fait pas, décryptait ainsi l’enchaînement des faits  : « Evidemment, je n’ai aucune preuve d’un rapport quelconque entre les 2 évènements, à savoir la visite de Mr Lecomte et le raid policier du lendemain contre notre camp. Mais une telle coïncidence semble très suspecte puisque nous n’avions pas connu de visite musclée de ce genre depuis deux mois. Il semble bien qu’ils essaient plusieurs manières de nous faire décamper ; lorsque le scénario « commercial » ne donne pas de résultat, c’est la « force » qui prend le relais. Entendre Mr. Lecomte nous affirmer qu’il est habité de la volonté sincère de réaliser une véritable analyse environnementale alors que la plus grande partie des arbres ont été coupés, est simplement ridicule. C’est deux ans plus tôt qu’il aurait fallu le faire ; maintenant c’est simplement du pipeau. ». Ce qui n’a pas empêché le brave Lecomte de réapparaître le 24 pour passer une deuxième couche aux insurgés restés désespérément inflexibles.

 

Vinci participait activement depuis le 3 avril 2003 au projet « Global Compact » des Nations Unies qui recense les entreprises internationales dont les stratégies et les pratiques opérationnelles respectent 10 principes universels en matière de droits de l’Homme, de droit syndical, de respect de l’environnement et de lutte contre la corruption. 

 

Des sociétés exotiques poussent en pleine forêt

 

Conséquence de son refus d’engager le dialogue avec la société civile russe au sujet du projet d’autoroute et de répondre aux questions qui fâchent  posées par les médias locaux, le groupe de BTP français a été signalée le 6 février 2012 comme « non communicant»  dans le fichier de l’organisation internationale. 

 

Pour seule réponse, l’entreprise de Rueil Malmaison se contente d’affirmer que c’est l’entreprise d’état Avtodor et le gouvernement russe qui sont les seuls responsables du tracé retenu et des dégâts provoqués par les travaux préparatoires.

 

Quant à fournir des explications sur le montage juridique baroque ayant présidé à la création du consortium concessionnaire à savoir, la Société Concessionnaire du Nord-Ouest basée à Moscou, et la raison pour laquelle une nuée de sociétés exotiques ont poussé comme des champignons dans la forêt de Khimki, c’est une autre histoire…  

 
 
 

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