Vous êtes ici

TARTUFFE À WASHINGTON

 

Après la menace du régime Syrien d’utiliser des armes chimiques en cas d’agression étrangère, l’avertissement de Barack Obama à Bachar el-Assad ne s’est pas fait attendre. Pourtant, dans le passé, le président Américain nous avait habitués à plus de tolérance en la matière…

 

Après que le régime syrien a menacé le 23 juillet de faire usage de ses armes chimiques en cas d’agression étrangère – tout en garantissant qu’il ne les utiliserait « jamais » contre ses propres administrés, « quelle que soit l’évolution de la crise » : Barack Obama a prévenu Bachar el-Assad qu’il aurait « des comptes à rendre à la communauté internationale et aux Etats-Unis », s’il commettait « l’erreur tragique » d’utiliser ces armes.

 

Et ce ne serait que justice, car en effet : cette déclaration du gouvernement syrien est odieuse. 

Cependant il y a - bien - pire encore que les États qui menacent de recourir à des armes chimiques : ce sont les États assassins qui, de fait, les utilisent massivement, contre des pans entiers de leurs propres populations – ou contre quiconque ne souscrit pas à leur conception, éventuellement restrictive, des relations entre les peuples.

 

Napalm meurtrier au Vietnam

 

Par exemple – sans aucun doute le plus effroyable, par le nombre véritablement monstrueux des victimes de ses menées criminelles : les Etats-Unis d’Amérique, qui ont littéralement enseveli le Vietnam sous un véritable déluge de défoliants et de napalm entre 1961 et 1971. (Après quoi : les mêmes méthodes ont été appliquées à la contention du « péril communiste » en Amérique latine.)

 

Quarante ans plus tard : l’agent orange - un herbicide à base de dioxine fabriqué par la firme Monsanto - auquel des millions de civils ont alors été exposés plus ou moins directement, et dont les hideux effets se transmettent de génération en génération, continue de faire des ravages dans la population vietnamienne.

 

 

Certaines de ses victimes ont voulu attaquer en justice le gouvernement américain : mais la Cour suprême des Etats-Unis a jugé que leur plainte n’était pas recevable - et Barack Obama n’a (très curieusement) pas estimé nécessaire que son pays rende des comptes, après l’erreur tragique que fut le largage sur des populations martyrs de dizaines de millions de litres d’horribles poisons.

 

Beaucoup plus récemment – c’est un autre exemple, particulièrement affreux, du comportement ignoble de certains États: l’armée israélienne a fait usage, en 2008, lors de son offensive contre Gaza, des obus contenant du phosphore blanc.

 

Les Yankees ignorent le repentir

 

Mais le président des Etats-Unis – Barack Obama – n’a pas jugé utile de s’offusquer de cette atrocité – ni de réclamer que ses auteurs rendent des comptes à la communauté internationale. Bien au contraire : l’administration américaine a profité de l’occasion pour renforcer encore leur soutien politique et militaire inconditionnel au gouvernement israélien.

 

De même, après que l’armée turque a régulièrement fait usage d’armes chimiques contre les Kurdes entre 1994 et 2011, d’armes chimiques et de napalm, le président américain s’est  soigneusement abstenu de condamner cette tragique erreur : son gouvernement continue de regarder la Turquie comme un partenaire privilégié – et de lui livrer les armes qui lui permettent de perpétrer, au nom de la répression de l’irrédentisme kurde, d’abominables crimes.

 

C’est pourquoi la mise en garde de Barack Obama à Bachar el-Assad doit être regardée pour ce qu’elle est : l’expression, totalement décomplexée, d’une tartufferie made in Washington bâtie sur des monceaux de cadavres.  

 

 

 

Vous avez aimé cet article ? Soutenez Bakchich !