Vous êtes ici

Bankster, le Jackpot de l'économie criminelle

Les Prime Banks anglo-saxonnes sont-elles devenues la forme la plus achevée de la grande criminalité organisée ?

 

 

La question, un brin loufoque voire franchement polémique de prime abord, l’est nettement moins si l’on examine leur comportement au cours des 15 dernières années.

  

Comme chacun peut le découvrir avec effroi ou résignation à la lumière de l’actualité planétaire accessible via Internet, le « marché » de la grande criminalité organisée s’est lui aussi mondialisé. Au sein de ce marché global, l’évolution du « segment » de la délinquance ou, plus grave, de la criminalité dites « en col blanc » est fascinante de ce point de vue.

 

En termes « darwiniens » c’est à dire considérés du point de vue de leur aptitude à perdurer et prospérer dans un environnement socio-économique préexistant, ce sont précisément les actes revêtant une qualification pénale commis par ces banques et leurs cols blancs qui remportent le « jackpot de l’évolution criminelle ». C’est bien simple, ils connaissent une progression exponentielle.

 

 

Le crime organisé comme business model bancaire

 

Pour des raisons tenant en particulier à l’existence des fameuses « class-actions » permettant les recours judiciaires collectifs menés pour des préjudices unitaires modestes par des cabinets d’avocats véritables mastodontes spécialisés qui carburent intégralement au success-fee, mais aussi à la plus grande sévérité apparente de leurs autorités publiques de régulation, de contrôle et de sanction dotées de ressources conséquentes, ce sont les grandes banques anglo-saxonnes présentes aux USA qui semblent majoritairement s’être laissées gagner par le crime organisé.

 

 

 

En déduire que le virus ne s’est pas encore propagé au vieux continent serait néanmoins très hasardeux. En particulier à la lumière des enquêtes en cours sur l’ahurissante manipulation du Libor, pour lesquelles, outre la HSBC, des soupçons pèsent désormais sur le Crédit Agricole, la Société Générale et la Deutsche Bank dont des traders auraient pu être membre du présumé réseau amical de Philippe Moryoussef qui faisait dans les euroswaps chez Barclays… 

 

La SocGen quant à elle, qui se veut irréprochable à défaut de compétente comme l’on sait, en particulier dans le domaine du contrôle des risques, vient de décider de son plein gré et sans admettre de faute, de rembourser 11 millions de dollars à ses clients fortunés de Hongkong sur lesquels elle avait eu la main un peu lourde de 2003 à 2006 au niveau des tarifs…

 

 

 

A l’inverse des bonnes vieilles attaques de diligences, des braquages et autres cambriolages, des violences contre les personnes ou à la délinquance astucieuse, des trafics d’êtres humains de toutes sortes commis par des individus contre d’autres généralement peu nombreux, les auteurs des méfaits bancaires ont compris tout l’intérêt de la protection que leur prodigue la personne morale qu’ils exploitent et dont il n’est pas excessif d’affirmer que le « business model » a progressivement intégré des actes criminels, comme le démontreront les nombreux exemples qui suivent.

 

Pour des raisons sur lesquelles on ne reviendra pas, ces personnes morales ont atteint par ailleurs une telle position stratégique d’un point de vue macroéconomique que le pouvoir politique bluffé ou connivent, s’est cru obligé de les sanctuariser : c’est le fameux « too big to fail »  qui a permis aux banquiers malfaisants motivés par la rapacité et la taille de leur bonus, d’utiliser la banque pour les aider à commettre leurs crimes tout en les protégeant dans une écrasante majorité de cas, de toutes sanctions pénales ou civiles individuelles. 

 

« La politique aujourd’hui n’est rien de plus que de la prostitution légalisée»

 

A ce jour, c’est Gerald Celente, un découvreur de tendances lourdes qui sévit dans « The Current Trends Journal » qui s’est montré le plus sévère sur la réceptivité excessive du monde politique –US- aux avances du lobby bancaire : « La politique aujourd’hui n’est rien de plus que de la prostitution légalisée. Alors qu’une pute qui racole va en prendre pour son grade, les politiciens sont financièrement récompensés pour vendre leur âme. Cette compromission se développe, soutien contre fric et plaisirs, et c’est finalement le public qui se fait mettre… ».

 

Pas non plus en peine de formules imagées, Donald J. Boudreaux par ailleurs président du Département Economie à l’université George Mason, en rajoute une couche épaisse : « qualifier les politiques de prostituées est inadapté car trop clément. Il serait plus juste de les qualifier de maquereaux puisqu’ils livrent le peuple américain sans défense au bon plaisir des géants de la finance »

 

La condamnation de Bernard Madoff reste un contre-exemple. Jugé et sanctionné en un temps record, son erreur a été d’escroquer des épargnants à la fois riches et influents. Bien qu’un grand nombre de ses prétendues victimes ne le soient sans doute pas au sens habituel du terme. Les enquêtes ont en effet prouvé que bon nombre d’entre eux soupçonnaient qu’une telle rentabilité ne pouvait s’expliquer que par la présence d’une mouche dans le lait. Il y aura bien un benêt pour prendre la relève se disait-on secrètement chez les clients de Bernie. Ponzi quand tu nous tiens…

 

Madoff, saint martyr

 

Lors d’une interview donné depuis sa prison le 15/02/2011, le lascar, revenant un peu sur l’auto flagellation qu’il s’était infligé au cours de son procès, a dénoncé « l’aveuglement volontaire de nombreuses banques et hedge funds qui ont fait affaire avec moi et semblent s’être montrés incapables de faire le rapprochement entre ce que je publiais officiellement et ce qu’ils savaient par ailleurs ; leur attitude a été du genre : ‘si vous faites quelque chose de mal, on ne veut pas le savoir… »

 

Détourner des sommes « modestes » à des milliers d’individus par l’intermédiaire d’une personne morale, minimise en effet les risques de se faire pincer. De plus il faudra prouver l’intention criminelle. Les voyous en beaux costards plaideront bien sûr la négligence ; au pire, l’incompétence… Et si tout tourne mal, la sanction restera ultra light par rapport à celle infligée à ceux qui, pour un profit infinitésimal, braquent ladite banque ou son fourgon, armes de guerre à l’épaule.

 

«Le gouvernement a créé un environnement éminemment criminogène »

 

Dans un contexte socio-politique donné, en matière de criminalité financière, les procureurs et les juges d’instruction pensent souvent que les preuves seront plus faciles à réunir contre la banque que contre ses dirigeants si dévoyés fussent-ils. Et c’est cette garantie de quasi impunité personnelle qui alimente et gonfle le processus, jusqu’à le rendre universellement incontrôlable aujourd’hui. 

 

William K. Black, l’un des meilleurs experts américains en criminalité des établissements financiers résume ainsi le constat quasi général : « le gouvernement a créé un environnement éminemment criminogène »  Vraiment ?…. 

 

C’est sûr que lorsque le malfaisant estime que le risque maximum qu’il encourt est la perte de son emploi, ce n’est pas de nature à le dissuader de se lancer dans des actes criminels susceptibles de lui rapporter une fortune dans un délai très bref. Les amendes des banques auxquels les régulateurs aiment donner un grand retentissement médiatique pour impressionner la populace qui gronde, sont inopérantes pour mettre un terme au déferlement : elles sont de toute façon inférieures à l’enrichissement personnel que procurent à leurs auteurs directs et leurs responsables, les actes qu’elles sanctionnent. On peut même à la rigueur les mettre discrètement à la charge de la clientèle, lorsqu’elles ne sont pas purement et simplement « remboursées » par les plans de sauvetage à répétition !

 

Blanchiment massif des recettes des cartels de la drogue et d’ organisations terroristes, abus de confiance et escroquerie au préjudice de centaines de collectivités locales et de fonds de pension, facturation de frais de garde de métaux précieux imaginaires, arnaques et tromperies en tous genres dans le financement de l’immobilier au préjudice de millions d’acquéreurs, dans la titrisation de créances hypothécaires et notamment la cession d’un même titre hypothécaire à une multitude d’investisseurs, revendication et saisie irrégulières des biens d’emprunteurs défaillants,  manipulation du LIBOR, du cours des matières premières et même de celui de l’énergie, conflits d’intérêts à tous les étages et manquement aux obligations élémentaires de loyauté envers la clientèle, front-running à fond la caisse, délits d’initiés en cascades, tarifs illégaux,… bienvenus au royaume merveilleux de la criminalité bancaire. Découvrons donc sans tarder l’identité des accusés et leur palmarès…!     

 

Fin de la première partie

 

 

 

Vous avez aimé cet article ? Soutenez Bakchich !