Vous êtes ici
British (SO!)
Le monde a les yeux tournés vers Londres : après le jubilé de la Queen, c’est la foire aux tee-shirts trempés de sueur. Sexys, les Anglais ?
Soyons sérieux : depuis l’invention de la minijupe, est-ce que l’Angleterre a apporté grand chose à la culture mondiale ? Le génie british consiste justement à avoir l’air d’avoir l’air, même quand le bateau prend l’eau. Et depuis qu’il est aux manettes, Cameron ne nous l’envoie pas dire : nous sommes nuls en économie, nous ne pigeons pas la finance, nous détestons nos riches et nous avons décapité un roi qui n’était pas plus con qu’un autre. Sans compter qu’on n’a même pas de flics sikhs en turban, vu qu’on ne tolère que le communautarisme corrézien. Fatigant, à la fin …
AAA BON !
La nouvelle est pratiquement passée inaperçue dans le tintamarre des Jeux olympiques: pour le troisième mois consécutif, l’économie du Royaume-Uni présente une « croissance négative » de 0,7% . Trois mois consécutifs, cela veut dire : bienvenue au club de la récession, club finalement assez fermé puisque à part, la Grèce, l’Italie, l’Espagne et les Pays-Bas (et peut-être aussi le Portugal et la Belgique, qui sont border line), il ne s’ouvre qu’à quelques pays connus (sauf les Pays-Bas, qui cachent leur jeu derrière leurs canaux) pour être politiquement fantasques et économiquement grabataires. Et attention, -0,7% de croissance, c’est deux fois plus grave que l’Espagne, tiens, dont on nous rebat les oreilles non sans raisons.
Eh bien soit, les rosbifs sont dans le rouge, voire dans le rouge saignant, mais c’est pas grave, Moody Blues et Standard Machin continuent à leur tartiner un triple A, finalement, en économie comme sur Meetic, tout se joue sur l’image, la réputation, le style, et ilne suffit pas d’être crade pour mériter le blâme, il faut en plus avoir l’air crade et les Anglais, c’est pas comme les espingos, les deux pieds dans la fiente, ça garde le pli au pantalon. D’autant plus que, sur le front bancaire, qui fait paraît-il l’objet de surveillance angoissée de la part des agences de notation, ça tangue fort avec les coups fourrés de la Barclay’s et les manigances de HSBC. Qui viennent après les conneries de la bande à Murdoch et la perte de 250 000 emplois en un an à la City. Et après les ondes de choc de la crise des subprimes, qui ont abouti à la nationalisation de la moitié du réseau bancaire, ce qui est le comble pour la patrie du libéralisme intégral. Et un bon coup de pied de mule dans les bourses des contribuables locaux. Tant pis, on a encore rogné sur les soins médicaux, notamment le traitement des cancéreux, c’est de toute façon pas rentable.
TIE BREAK
Enfin, tout n’est pas si noir en Angleterre, surtout depuis qu’on a laissé tomber les mines de charbon. Regardez monsieur Cameron : frais et rose, il fait des concours de cravate bleu pâle avec Manuel Valls (l’un et l’autre donnent l’impression d’aller se marier dans l’heure qui suit), il a l’humour subtil des vendeurs de véhicules automobiles confortables, et il est prêt à défendre les Malouines avec des gants blancs pour pas se tâcher de gras (les guerres coloniales, même avec un siècle de retard, c’est salissant). On voit tout de suite qu’il n’a jamais vraiment travaillé de sa vie.
Faut dire qu’il est le descendant d’un enfant illégitime d’un roi, et il a épousé une dame qui est dans le même cas, de telles références, en Angleterre, c’est le Filofax de rêve, mieux qu’un ticket gagnant à la loterie. Alors quand il persifle sur nos futurs exilés fiscaux, on a vraiment envie de lui claquer le beignet, non ? Il est tout bonnement scandaleux que personne, ni dans la presse (pourtant parfois virulente), ni dans la classe politique (qui, s’il le faut, sait manier la grosse artillerie) ne lui ait répondu du tac au tac que sur le tapis, nos rentiers péteux croiseront tous les malades anglais qui passent le Channel pour trouver une place dans un hôpital, plus tous ces étudiants qui vont à Bruxelles ou à Limogesparce qu’il peuvent pas se payer Eton comme les parents Cameron l’ont offert à fiston, plus Nasri qu’ils vont bien finir par nous renvoyer s’il continue à déconner. Evidemment, nous ne sommes pas capables de comprendre les règles du cricket (sauf qu’en général, cela se joue sous la pluie). Mais quand nous exportons des golden boys en herbe qui rêvent de faire fortune à la City, pas si cons, et ils reviennent quand ils ont l’appendicite ou quand leurs enfants vont rentrer au lycée…

ATRO CITY ?
Donc, résumons-nous, tout va bien, la récession n’est pas un mot qui peut s’appliquer aux Anglais, ils ont un petit coup de mou, c’est tout. On imagine la gueule des Anglais si la France dévissait à ce rythme : il déplieraient un double tapis rouge pour accueillir nos pauvres après avoir offert l’hospitalité à nos riches. Hélas, pas sûr qu’à ce train ils peuvent encore louer le tapis. Je ne dis pas que les sujets de Sa Branlante Majesté se vautrent dans la misère comme leurs petits camarades des pays africains, je signale seulement que si en France nous avons 8 millions de pauvres qui nous inquiètent, de l’autre côté du Channel, ils en ont 12 et ils s’en foutent : c’est ça, le caractère Anglais, en France, tu es un chômeur quand tu ne travailles pas souvent, là-bas, si tu as bossé trois jours dans le mois, tu es un travailleur actif, faut prendre le problème dans l’autre sens : un chômeur, c’est un travailleur qui a poussé la précarité jusqu’au top, grâce à un droit du travail tellement flexible qu’en le pliant en huit il tient dans une boîte d’allumettes.
Heureusement, diront les amateurs des films de Ken Loach et les amis de The Full Monty, faut bien qu’on rigole un peu dans ces villes lugubres et alcoolisées que la révolution industrielle du siècle dernier avait fait pousser comme des champignons et que les années Thatcher ont ratatinées au nom du libéralisme. Restent les clubs de foot, attention, ils sont dans le rouge et/ou appartiennent à des orientaux, quand le foot commence à puer les pétrodollars avec imprimé sur le maillot « Mouche Emirates », c’est un mauvais symptôme pour un pays de sportifs nés, un peu comme si en France la sidérurgie passait aux mains d’un maharadjah, ah bon, c’est déjà fait ? Putain, mais alors, c’est pas seulement la récession, c’est pas seulement la misère, c’est quasiment la décadence ! De ce point de vue, la terre des Angles peut se vanter d’être, avec les USA, le pays « le plus accueillant aux investissements étrangers » : en clair, ils ont vendu quasiment toute leur industrie, à commencer par toutes leurs firmes de bagnoles, sans exception. Et nous, on se coltine PSA, à nos frais, comme des glands…
SWEET CHARIOT
Heureusement, il y a le sport. Ils passent pour l’avoir inventé, en tout cas, ils s’en vantent. De fait, pour des fils de rentiers ou de baronets, ramer sur les rivières d’Oxford ou de Cambridge, se disputer un ballon ovale ou viser les wickets au criket en sautillant gaiment, habillés de blanc impeccable des pompes à la casquette, c’était récréatif, et ça justifiait le plaisir des douches viriles. Pendant ce temps, les galopins de huit ans poussaient des wagonnets dans les mines, comme chez nous, mais nous, on n’avait pas fabriqué le Germinal Football Club pour faire passer la pilule.
L’autre jour encore, en nous prédisant de modestes résultats olympiques, un des ces « je sais tout » qu’on interviewe pour savoir le fond du problème, des choses et du reste, déclarait que « la France n’avait pas une culture du sport ». Ben heureusement. Parce que les Anglais, qui ont cette culture-là (paraît-il) feraient mieux d’aller aux escargots depuis qu’ils ont allumé le réchaud à merguez sur leurs stades. De toute façon, en espérance de vie, on leur met trois ans dans le fion, et on en colle même une bonne année aux plus sportifs des mortels anglophones, Australiens ou Néozélandais. Pendant qu’ils se musculent sur des plages ou en VTT, nous, très majoritairement, on bouffe du gras, on se fait servir notre bière à la terrasse et on attend les vacances en cajôlant nos partenaires sexuels sans éprouver le besoin de courir, de pédaler ou de nager comme si on était poursuivi par un ours.
Et on a raison, le tennis nous a pris Michel Berger, le jogging vient de nous enlever un jeune député tout neuf, et même notre ex-président s’était chopé le tournis en cavalant dans les sous-bois. « No sport », disait Churchill, et c’est bien le seul Anglais qui ait vu clair (cela dit, avec ce qu’il pochtronait, on sait pas quel sport il aurait pu faire, à part la boule au bowling). Et museau avec le fair play britannique, qui consiste, en rugby, à chambrer les vaincus par un « good game ! » quand ils ont gagné, et à tirer une gueule pas possible quand ils ont pris la pâtée, avec des contestations minables relayées le lendemain par des tabloïds dont le nationalisme pue le corbeau. Reste le bench drinking, en passe de devenir le sport number one d’une jeunesse élevée au poulet en tube et au fish and chips synthétiques dans les cantines scolaires de sa graisseuse Majesté…
Bon, vous aurez compris que je blague : tout ça, c’est de la vanne lourdingue, du n’importe quoi franchouillard, du Séverin Buzinet roi des ploucs, histoire de montrer qu’on sait ce que blaireau veut dire, et que si on veut jouer au plus blaireau, Mister Cameron, vous n’êtes pas sûr de gagner la médaille. Un petit effort, et on vous bat sur le fil, malgré tout votre talent de persifleur bien élevé avec de jolies cravates assorties.
En attendant, j’ai lu dans les journaux que les tribunes des piscines olympiques seraient vides si on n’y collait pas des scouts, que les places avaient été vendues n’importe comment à n’importe qui, et surtout qu’on avait paumé la clé du stade de Wembley. God save the Queen !







