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Les vrais gagnants de la Zone Euro

La Zone Euro illustre à la perfection la fable de la Cigale et la fourmi. Démonstration: 

Sans que l’on s’en rende compte, la crise financière qui s’éternise en conduisant les banques européennes, qui s’en défendent de plus en plus mollement, au bord de l’asphyxie, ranime de vieux nationalismes qu’on croyait enterrés à jamais en Europe. Jusqu’à revoir fleurir des allusions plus ou moins subtiles à la Seconde Guerre Mondiale.

Dans le collimateur des états dits périphériques, ces fameux PIIGS réputés festifs et nonchalants, l’intransigeante Allemagne présumée prospère qui refuse obstinément de régler leurs ardoises sans un abandon irrévocable et préalable d’une forte dose de leur souveraineté politique et budgétaire, au nom de la convergence européenne.

La charge de Mario Monti lors du sommet du 29 juin, relayée par la déclaration du président de la BCE selon laquelle, il était prêt à passer bravement outre les objections de principe teutonnes dès lors que la sauvegarde de l’Euro était dans la balance, ne sont déjà plus qu’un lointain souvenir.

D’autant que le service des études macroéconomiques de la Banque UBS, vient de rendre public, un document qui remet méchamment les pendules à l’heure et apporte pas mal d’eau au moulin de madame Merkel.

Le graphique qui risque de faire plus de dégâts que la dépêche d’Ems du 13 juillet 1870, s’intitule « croissance réelle du revenu des ménages de 2000 à 2010 dans les économies de la zone Euro, par décile de revenu, en % cumulé »

Il révèle que le trio de ceux qui ont le plus profité de la création de l’Euro au cours de la décennie écoulée sont, comme on pouvait s’y attendre….La Grèce, le Portugal et l’Espagne dans cet ordre.

 

Tiercé Gagnant

En Grèce, le décile des revenus les plus faibles a progressé de près de 40%. A l’autre extrémité de la pyramide des revenus, celui des 10% de grecs bénéficiant du revenu le plus élevé, a augmenté de 20%. Moins spectaculaire, la progression du revenu des 10% les plus pauvres et les plus riches au Portugal (+27% et +12%) et en Espagne (+21% et +10%) n’en reste pas moins indiscutable.

Du côté des losers, la situation est plus contrastée : En Autriche, on n’observe aucune croissance du revenu des ménages de 2000 à 2010. celui des plus pauvres a baissé de 36% contre une réduction de 10% de celui des plus riches. Un prix élevé pour appartenir au club très fermé des « Triples A Européens » (Allemagne, Finlande, Autriche, Pays-bas).

Le graphique en question place d’ailleurs au pied du podium du trio de tête, la Finlande dont toutes les classes de revenu ont progressé au cours de la période d’observation (de 7% pour les ménages les plus modestes à 21% pour les 10% les mieux lotis) suivie des Pays-Bas où les plus pauvres ont vu leur revenu fondre de plus de 30% pendant que celui des plus aisés progressait de 26%

Pour sa part, la Belgique a fait très fort dans le creusement des inégalités : le revenu des plus pauvres a chuté de 46% alors que celui des 10% les plus riches à augmenté de 7%.

En France, gouvernements de Gauche puis de Droite se sont donnés le mot pour éponger méthodiquement les classes moyennes véritables victimes de la « fracture » dite sociale  ; leur revenu a baissé de l’ordre de 6% en 10 ans. Seuls les plus pauvres (+31%) et les plus riches (+23%) ont su tiré profit de la situation. Contrairement à ce que pourrait laisser penser la légende du boom économique, en Irlande toutes les classes de revenu ont baissé ; de 16% pour les plus pauvres à 5% pour les plus riches.

Idem en Italie où seuls les 10% des italiens les plus pauvres ont vu leur revenu progresser de l’ordre de 6% en 10 ans.

Et l’Allemagne dans tout ça ? Contrairement à la France « moyennement inégalitaire » où le seul revenu des 10% de ménages les plus pauvres et des plus riches s’est amélioré de manière significative, chez nos voisins et amis d’outre-Rhin, c’est de manière très égalitaire que le niveau de vie a baissé au cours de la dernière décennie ; de 9% pour les plus pauvres à 8% pour les plus riches. Des sacrifices librement consentis dont le pays recueille aujourd’hui les fruits.

Pas étonnant dans ces conditions que les électeurs de la chancelière allemande rechignent de plus en plus ouvertement à assurer en dernier ressort le sauvetage des états « Club Med » dont les ménages ont largement bénéficié de l’adoption de l’Euro pendant que leurs gouvernants laissaient filer les déficits par lâcheté politique.

Vous chantiez ? J’en suis fort aise ; et bien dansez maintenant…