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Simulacre de mea culpa de la CIA sur les armes irakiennes
Quelques mois avant les élections présidentielles américaines, un étrange document a été révélé au public.
C’était le bon temps. Les banquiers ne tenaient pas encore le haut du pavé. Tout au plus, les cordons de la bourse. La fleur au fusil, une coalition internationale menée à la baguette par l’Oncle Sam envahissait l’Irak le 20 mars 2003. L’impayable Bush décrétait la victoire dès le 1er Mai. En théorie, l’inextricable chaos provoqué par l’administration américaine a pris fin le 18 décembre 2011 avec le retrait des dernières troupes US. Comme chacun sait, la violence persiste.
Arrêté à fin 2011, le bilan de la guerre d’Irak est à la hauteur des moyens déployés : 800 milliards de dollars pour jeter sur les routes de l’exode plus de 2 millions de personnes réfugiés dans les pays limitrophes, en Europe et en Amérique du Nord. 110 000 morts et 250 000 blessés côté irakien ; 4 800 morts et 36 000 blessés pour la coalition.
Tout cela, au nom de la fable des armes de destruction massive qu’aurait détenu l’Irak de Saddam Hussein.
Malgré la surenchère verbale des membres les plus influents de l’exécutif américains relayés en Europe par Tony Blair qui semble n’en éprouver aujourd’hui aucun remord, la fable n’a pas totalement convaincu, notamment en France on s’en souvient.
Un témoin qui dérange
Il est de bon ton d’affirmer que l’Administration Bush était parfaitement informée de la situation avant le lancement de l’opération. Les preuves de la duplicité du président américain sont rares. Les plus solides à ce jour ont été apportées par l’activiste américaine Suzan Lindauer (« Extreme Prejudice : the terrifying story of the Patriot Act of 9/11 ans Iraq »).
Honorable correspondante de la CIA ayant mené pendant 17 mois, de Novembre 2000 à Mars 2002, des négociations secrètes avec l’ambassade d’Irak auprès des Nations Unis, Lindauer a affirmé que dès décembre 2000, le pouvoir irakien était prêt à accepter toutes les conditions américaines pour éviter le conflit ; y compris d’autoriser le FBI ou Scotland Yard à établir une force d’intervention dans le pays, d’y mener des enquêtes, d’y entendre des témoins et même d’arrêter, en liaison avec les autorités Irakiennes, les membres présumés de réseaux terroristes locaux !
Une vérité gênante pour le président Bush. Afin de la réduire au silence, l’administration US a largement puisé dans les dispositions les plus liberticides du Patriot Act à son encontre pendant 5 ans. Le deuxième citoyen américain de l’histoire à en faire les frais.

11 mois de prison et d’hôpital psychiatrique au cours desquelles il s’en est fallu d’un cheveu qu’elle est droit à une « lobotomisation chimique » en règle comme on les pratiquait avec enthousiasme à l’Est du Rideau de fer pendant la Guerre Froide.
4 jours avant l’entrée en fonction du Président Obama, le Ministère US de la Justice a brutalement abandonné toutes les charges à son encontre, sans lui fournir la moindre explication.
Bref, pour Suzan Lindauer, l’exécutif américain savait sans l’ombre d’un doute dès mars 2002 que l’Irak ne possédait plus aucune arme de destruction massive.
Un document opportunément déclassifié
Un point de vue infirmé par un rapport de la CIA du 5 janvier 2006 (cf. pièce jointe : « Misreading Intentions : Iraq’s reaction to inspections created picture of deception » qu’on pourrait traduire par ‘une lecture erronée des intentions Irakiennes : la réaction de l’Irak aux inspections a progressivement donné l’impression d'une dissimulation’) déclassifié le 5 juin dernier et dont la lecture suscite, c’est le moins qu’on puisse dire, une énorme perplexité.
En substance, la CIA reconnaît donc en 2006, que ses analystes se sont totalement fourvoyés en 2003 ; non, l’Irak ne possédait pas d’armes de destruction massive. Oui, nos analystes sont des tocards, mais ils ont des excuses. Le comportement Irakien les a complètement enfumé…
L’explication officielle de la prétendue erreur monumentale commise par l’agence, tient dans le premier paragraphe des « constatations essentielles » du rapport :
« l’intransigeance irakienne et les dissimulations dont elle s’est rendue coupable durant la période des inspections des Nations Unies de 1991 à 2003, ont aggravé les soupçons parmi de nombreux gouvernements et services de renseignement selon lesquels Bagdad menait des programmes de fabrication d’armes de destruction massive. Paradoxalement, lorsque le régime a essayé de se conformer partiellement ou totalement aux résolutions des Nations Unies, son comportement suspect et la destruction de documents d’authentification ont eu pour effet de renforcer le sentiment selon lequel l’Irak mentait… ».
Elle est suivie d’arguments qui prêteraient à rire dans d’autres circonstances :
« Il a été dit aux analystes chargés du débriefing que certains inspecteurs des Nation Unies tardaient à répondre aux questions soulevées, parce qu’ils percevaient des salaires ‘100 fois plus élevés’ que leurs familles restées à la maison… »
ou bien encore :
« Les Irakiens considéraient à l’époque l’Iran et Israël, bien plus que les Etats Unis, comme la menace principale du régime. Ceci pourrait expliquer pourquoi l’Irak aurait pu continuer à donner l’impression qu’elle dissimulait des armes de destruction massive, de manière à susciter de la crainte ou au moins de l’incertitude chez ses voisins… »

Un document rédigé sous l'égide de la Maison Blanche?
Franchissant gaillardement un palier supplémentaire dans l’absurde, le rapporteur ne craint pas d’affirmer un peu plus loin :
Plusieurs personnes nous ont déclaré que de nombreuses personnalités officielles irakiennes ne croyaient pas que le stock complet d’armes de destruction massive du pays avait été détruit. De bonne fois, ils auraient pu laisser croire à d’autres que l’Irak avait conservé des armes de destruction massive… »
Pour terminer en apothéose :
« de nombreux généraux pouvaient ne pas être nécessairement informés que l’Irak ne possédait plus d’armes de destruction massive… »
En d’autres termes, si les Irakiens eux-mêmes pouvaient ne pas savoir qu’ils ne détenaient plus d’armes de destruction massive, comment nous, malheureux analystes de la CIA aurions-nous pu le savoir ?
La faiblesse, la naïveté et le cynisme des arguments avancés dans ce document tombé miraculeusement dans le domaine public à moins de 6 mois des élections présidentielles, laisse supposer qu’il s’agit d’un document de commande à prendre avec circonspection, sans doute réalisé sous le contrôle étroit de la Maison Blanche.
Enlisé dans une guerre dont il avait considérablement sous-estimé les conséquences géopolitiques, l’exécutif US a pu en effet mettre en œuvre en 2006, une stratégie consistant dans un premier temps, à accréditer la thèse de « l’erreur ».
Une faute moins dévastatrice politiquement que la duplicité et l’absence de tout sens moral, lesquels risquaient de se payer au prix fort dans les urnes pour les Républicains en 2008 si le peuple américain apprenait qu’il avait été délibérément trompé.
C’est donc à l’Agence de renseignement, qui en vu d’autres, qu’aurait pu être confié le sale travail consistant à faire - subtilement – le début d’un acte de contrition…
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