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Un risque d’insurrection pan-européenne ?

 

L’Union Européenne décroche le Prix Nobel de la Paix alors que le Vieux Continent semble se préparer au pire…

 

 

Commentant l’attribution à l’Union Européenne du prix Nobel de la paix, Thorbjorn Jagland, membre éminent du Comité éponyme a eu ses mots lourds de sens : « L’Union Européenne connaît actuellement de graves difficultés économiques et des troubles sociaux considérables… »

 

C’est rien de le dire. Même si les médias paraissent s’être donnés le mot pour traiter à minima le sujet des manifestations parfois d’une extrême violence qui secouent épisodiquement les pays de l’Union au rythme auquel leurs peuples apprennent les mauvaises nouvelles.

 

Quand bien même des lignes de fracture commenceraient à se creuser entre les « experts » économiques mondiaux sur la meilleure manière de se sortir de l’impasse dans laquelle les a plongé la cupidité effrénée de la finance qu’on s’efforce de leur dissimuler, le discours dominant reste – au moins officiellement – celui de la rigueur, traduisez l’austérité. 

 

Ainsi pas plus tard que lundi 8 octobre, en clôture de la réunion de l’Eurogroupe, Christine Lagarde n’a pas manqué d’adresser aux grecs son compliment appuyé du jour (« …La Grèce fait beaucoup ça ne fait aucun doute mais agir signifie agir, pas seulement parler et la liste des actions prévues doit être mise en œuvre… ») en maintenant la pression via la liste des « 89 actions » qu’elle les somme d’engager au plus vite pour continuer à bénéficier de la perfusion internationale. 

 

De leur côté, les Athéniens désespérés en sont à se demander en nombre croissant si ce n’est finalement pas aux crypto-fascistes de «l’Association Populaire Aube Dorée» plutôt qu’aux technocrates obstinés de la Troïka qu’ils devraient confier leur destin. On se souvient du bon mot de leur dirigeant, Nikolaos Michaloliakos, un pacifiste pur jus un brin incompris, pour célébrer l’entrée de son parti au parlement lors des législatives de juin 2012 : « l’heure de la peur a sonné pour les traîtres à la patrie… ». De sinistre augure en termes de paix sociale…

 

Plus proches de nous, les protestations des indignés espagnols sont plus audibles : Un taux de chômage insupportable à plus de 25% alimentant des manifestations monstres à laquelle répondent des violences policières de plus en plus spectaculaires, des retraits massifs de fonds déposés dans les banques ibériques pour les mettre en lieu sûr, en particulier dans la minuscule principauté d’Andorre qui ne peut les absorber, à supposer même qu’elle constitue un refuge digne de ce nom.

 

En Italie, les limitations des retraits bancaires sont déjà en vigueur et des mesures de surveillance renforcée de la frontière avec la Suisse viennent d’être discrètement ordonnées, qui mettent la Guardia di Finanzia en première ligne. 

 

Les « experts » du FMI ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. Ils recommandent maintenant que l’Espagne et d’autres amochés de la crise instaurent « au niveau national » des dispositions radicales pour freiner les retraits et prohiber les sorties de capitaux… 

 

 

Les grandes manoeuvres de la Suisse

Face à cette montée des tensions sociales et à l’inquiétant accroissement des inégalités dans l’Europe Club Med qui, on l’oublie un peu vite, a été précédée de brusques poussées de fièvre ponctuelles en Angleterre et de ce côté-ci de la Manche, le tout accompagné d’une résurgence du risque terroriste, et craignant sans doute leur extension à l’ensemble du continent, les Suisses qu’on ne prend jamais au dépourvu, s’organisent tranquillement.

 

Forte de son armée de 200 000 hommes, elle a organisé du 6 au 21 septembre, un exercice militaire désigné sous la charmante appellation de « Stabilo  Due » destiné à vérifier « sa disponibilité opérationnelle ». 

 

Y ont participé comme l’indiquait le 11 septembre Daniel Reist, le responsable de la communication de la Défense : « …le chef de l’armée et son état-major militaro-stratégique, l’Etat-major de conduite de l’armée (échelon opératif), les commandants et les états-majors de la région territoriale 4, la brigade d’infanterie 5, la brigade blindée 11 ainsi qu’une formation d’engagement ad-hoc des Forces Aériennes et le commandement des Forces Spéciales (échelon tactique)… » 

 

Stabilo Due, l'entraînement

à la contre-insurrection helvète

 

 Au ministère, désigné chez nos amis helvètes comme le « Département Fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports » on ne faisait nul mystère que « …le concept d’exercice STABILO DUE repose sur un scénario supposant l’instabilité d’une partie de l’Europe spécialement délimitée pour l’occasion. La Suisse connaît également des troubles, des attentats et des actes de violence. Ce scénario de situation extraordinaire vise notamment à vérifier l’appui fourni aux cantons dans le domaines des engagements subsidiaires ainsi que la conduite et l’engagement de la réserve opérative de l’armée, en l’occurrence de la brigade blindée 11 ».

 

 

 

Vu de l'autre rive de l'Atlantique par John R. Schindler, qui enseigne les affaires de sécurité nationale à l'Ecole Navale de Guerre US, le jeu de rôle helvétique était récemment expliqué en ces termes : « Les exercices militaires suisses de septembre désignés sous le nom de Stabilo Due reposent sur l’hypothèse que l’instabilité de l’Union Européenne devienne incontrôlable. Les suisses sont restés hors de l’Union Européenne – une chose de plus dont ils se félicitent ces temps-ci – et la dernière chose qu’ils souhaitent c’est que les problèmes de l’Union débordent dans leur petit pays pacifique » 

 

Entrant dans le vif du sujet il ajoute : « Il est communément admis par les spécialistes européens de la sécurité que si le prochain Anders Brievik  s’attaquait à des musulmans, les choses prendraient une très sale tournure dans des proportions inimaginables. Il est difficile d’imaginer que les modestes armées européennes puissent faire face à des troubles civils massifs… » 

 

 

Le savoir faire français

 

 

Comme en écho aux propos de Schindler, la communauté des experts en sécurité intérieure US manifeste un regain d’intérêt pour l’ouvrage du Colonel Philippe Coste, publié en avril 2010 sous le titre « Doctrine de Contre-Rébellion » par le Centre de Doctrine d’Emploi des Forces de l’Armée de Terre.

 

Un petit ouvrage dont l’idée a du notamment prendre racine dans l’expérience des troupes françaises en Afghanistan, engagées comme chacun sait dans une guerre sans nom aux côtés d’un état fantoche qui devrait se voir attribuer le Nobel toutes catégories de la Corruption, contre un adversaire sans visage qualifié « d’insurgé » par les services de propagande des armées présentes sur place.

 

Sa remarquable traduction (« Doctrine for Counterinsurgency at the tactical level ») réalisée par le colonel Antoine Treuille assisté des lieutenants-colonel Patrick du Tertre, Christian Millet et Stanislas Magnien de Magnienville), en fait un produit « vintage » que s’arrache peut être l’entourage de Janet Ann Napolitano entrée en croisade sécuritaire le 20 janvier 2009 comme Secrétaire à la Sécurité Intérieure de l’administration Obama.

 

Un rapport du parlement européen

sur la contrôle des foules

 

Est-t-il même utile de rappeler dans un tel contexte, que le Parlement Européen ( !) avait déjà envisagé en juin 2000 que les peuples rassemblés sous la tutelle bienveillante de l’Union puissent un jour se rebeller faute de pouvoir exprimer démocratiquement leur ras le bol. 

 

C’est en tout cas ce qu’il n’est pas déraisonnable de conclure à la lecture du passionnant rapport titré « Crowd Control Technologies : an appraisal of technologies for political control » qu’on traduira pour les lecteurs de Bakchich toujours fâchés avec la langue de Shakespeare par : les technologies de contrôle des foules : passage en revue des technologies destinées au contrôle politique…. !

 

Sans commentaire… 

 

 

 

 

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