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Grèce : un triste anniversaire

 

Il y a 39 ans, la jeunesse se rebellait contre les colonels...Elle est encore en première ligne contre la troïka

 

Ça s’est passé le 17 novembre 1973. Une lointaine époque que les moins de trente ans n’ont pas connu : Date tristement célèbre où les colonels grecs, qui avaient pris le pouvoir par la force le 21 avril 1967, ont décidé de donner une bonne leçon aux jeunes Athéniens idéalistes qui s’étaient retranchés dans l’enceinte de l’école Polytechnique depuis le 15 novembre.

 

 « Pain, éducation, liberté » scandaient les étudiants et les manifestants qui s’étaient massés autour du campus. Des cultivateurs venus de Megara avec leurs tracteurs complétaient le tableau. Ils protestaient alors contre la junte qui avait confisqué leurs terres pour y installer une raffinerie.

Pour exprimer pleinement leur mépris de la Connaissance, les militaires ont choisi le 17 novembre, Journée Internationale des Etudiants, pour faire taire ces derniers. 

La population qui stationnait alentour a d’abord été dispersée par la police. Puis une colonne de 10 chars d’assaut et de transports de troupe est venue prendre position devant l’entrée, qui a ensuite été défoncée par le véhicule de tête après un simulacre de négociation en carton…

 

Grenades lacrymos 

et tabassages en règle

 

A l’hymne national ont répondu les grenades lacrymogènes et le déchaînement de violence des 150 parachutistes chargés de faire le ménage  vers 2h30 du matin. Pendant que les étudiants pris au piège prenaient une raclée mémorable, dehors des nervis de la Police Militaire arrêtaient au hasard les étudiants à têtes de bavures coupables de délit de sale gueule qui leur tombaient sous la main. La radio-pirate bricolée par les étudiants dans l’enceinte de l’école et qui émettait dans un rayon de 5 km s’est définitivement tue aux premières heures de l’aube…

 

 

Score final d’après les travaux menés en 2003 par la Fondation Nationale Hellénique  pour la Recherche : 24 morts et 886 personnes arrêtées et, pour certaines d’entre elles, sauvagement torturées. Pour les filles, le traitement fut souvent très « spécial », comme en ont témoigné plusieurs d’entre-elles après la disparition de la junte militaire.

 

Car les grecs estiment aujourd’hui que c’est la journée du 17 novembre qui a marqué le début du compte à rebours jusqu’au 23 juillet 1974, date de rétablissement de la démocratie incarnée par Constantin Karamanlis, de retour d’un long exil de 11 ans à Paris. 

Aujourd’hui c’est encore la jeunesse qui est en première ligne contre le diktat de la troïka qui se fissure inexorablement, Christine Lagarde toujours aussi inflexible ne veut rien entendre du plaidoyer de Jean-Claude Juncker, grand chef de l’Eurogroup qui se rend bien compte qu’au moins deux ans de plus seront nécessaires aux grecs pour entrevoir le bout du tunnel de l’endettement.

Aujourd’hui, un grec sur quatre n’a plus de boulot et la proportion monte à 58% pour les moins de 25 ans.  Un bien triste anniversaire.

 

 

 

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