Tweets by @Bakchich

Vous êtes ici

Chouette, Sarkozy va faire revivre l'ORTF!

On ne célèbrera jamais assez la réactivité de la télévision. Il n’aura fallu qu’une heure à Patrick de Carolis, le président de France Télévisions, pour applaudir des deux mains – via un communiqué saluant une « orientation claire » - à la proposition du Président de la République, annoncée ce mardi 8 janvier, de supprimer la publicité sur les chaînes du service public.
Autrement dit, de bouleverser de fond en comble le modèle économique d’un groupe qui compte 40 sociétés et emploie 11 000 salariés. Sachant que les recettes pub représentent un peu moins du tiers du budget (2,5 milliards d’euros), voila qui méritait qu’on prenne le temps de la réflexion. Mais Carolis est un crack.

A la vérité, cet empressement doit moins aux fulgurantes capacités d’analyses de l’ancien présentateur du magazine « Des racines et des ailes » qu’à une discrète réunion qui s’est tenue à l’Elysée, le 21 décembre, entre Nicolas Sarkozy, flanqué de son conseiller Georges-Marc Benamou, et Carolis accompagné de son bras droit, Patrice Duhamel.

Une réunion qui, sur le moment, a suscité bien des interrogations. A France Télévisions, beaucoup ont cru que cette convocation avait pour objet de remonter vigoureusement les bretelles du tandem directorial. Quelques jours plus tôt, lors d’un conseil d’administration, un incident sérieux avait opposé les représentants de l’Etat à Carolis.

Fait rare, les premiers s’étaient abstenus lors de la désignation du nouveau directeur général de France 2, François Guilbeau, candidat du président de France Télévisions. « L’usage veut qu’il y ait des concertations préalables, raconte un administrateur abstentionniste. On se met d’accord dans des réunions préparatoires et le conseil entérine la décision. Mais là, Carolis nous a mis devant le fait accompli. On n’a pas compris pourquoi. »

La ministre de la culture et de la communication, Christine Albanel, elle aussi tenue à l’écart de ce choix, a exprimé son étonnement. Mais, bonne fille, elle a cependant réaffirmé son soutien au président cachottier. Une même détestation de Georges-Marc Benamou unit la ministre et le patron de France Télévisions. Autrement dit, pas question d’offrir la tête de Carolis à celui que certains, dans son ministère, surnomment le Raspoutine de Sarko.

Quelle mouche a donc piqué Carolis, le Manitou de l’audiovisuel public, réputé jusqu’ici pour sa souplesse d’échine ? L’Etat n’avait pas de candidat particulier à opposer à François Guilbeau. Certes, quelques jours avant ce conseil d’administration houleux, un premier incident avait cassé l’ambiance. Carolis s’était vu refuser par l’Etat une rallonge de 5,7 millions pour la diffusion satellite de France 3. Embêtant, mais pas dramatique. Bref, pourquoi s’exciter pour si peu ?

« C’est de la mauvaise humeur, décrypte un cadre de l’entreprise. Depuis des mois, Carolis réclame une seconde coupure publicitaire pour équilibrer son budget. Mais Sarko et Benamou exigent au préalable des réformes de structure. Autrement dit une mutualisation des moyens techniques et une fusion des rédactions de France 2 et France 3. Ce qui signifie le départ de plusieurs centaines de salariés… Carolis ne veut pas faire le sale boulot. Il sait que les syndicats mettront le feu à la maison. Et surtout, qu’il y laissera sa peau ». Déjà l’annonce de la transformation prochaine du journal de la nuit de France 2 en édition tout images a déchaîné une tempête…

Apparemment, avec l’annonce présidentielle d’une « rénovation sans précédent de l’audiovisuel public », Patrick de Carolis a obtenu gain de cause. Il ne portera pas la responsabilité de la réforme et de ses conséquences sociales, il se contentera de les mettre en œuvre. La nuance est importante.

L’essentiel du projet est connu : la fusion des chaînes au sein d’une société unique dont les statuts seraient proches de ceux de la BBC. Mutualisation des moyens et compression des effectifs. Bref, 33 ans après son démantèlement, on va ressusciter l’ORTF…

Un discours qui rencontre un écho favorable au sein des rédactions. Nombre de journalistes sont convaincus que la survie du service public, confronté à la montée en puissance des supports numériques, passe par cette réforme. Les syndicats auront donc du mal à mobiliser les troupes.

Comble de l’ironie, Carolis le frondeur redevient, dans cette hypothèse, un président tout à fait adéquat. Pensez-donc, il a tenu tête au méchant actionnaire qui ne voulait pas donner d’argent. Comment les salariés ne feraient ils pas confiance à ce brave pour protéger leurs intérêts ? Au moins, au début…