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Un Routier au secours de Bouton

Albert Londres, qui est un peu le saint-patron des journalistes français, expliquait que son métier consistait à porter (et tourner) la plume dans la plaie, comprendre de la société. Et c’est ainsi qu’il a pris le risque de dénoncer par exemple la barbarie du bagne de Cayenne.

Airy Routier suit aujourd’hui les traces d’Albert Londres. Cet enquêteur chevronné du Nouvel Obs, qui a toujours des « sources en béton », n’a pas hésité récemment à exhumer un SMS que Super Sarko, quelques jours avant son mariage avec Carla Bruni aurait envoyé à son ex-épouse Cécilia : « Si tu reviens j’annule tout ». Dans le dernier numéro de Challenges, un magazine économique qui appartient au même groupe que l’Obs, il va encore plus loin : prenant appui sur le livre qu’il prépare sur le sujet, il n’hésite pas à prendre courageusement la défense de la Société Générale et à dénoncer les turpitudes de cet horrible trader qu’est Jérôme Kerviel.

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Routier, des principes
© Nardo

Ce jeune homme aurait multiplié les faux pour cacher des opérations boursières colossales qu’il plaçait et qui ont généré en 2007 un bénéfice de 1,7 milliards d’euros pour la banque. Il a de nouveau misé 50 milliards d’euros début janvier et après avoir découvert cette « fraude », la direction de la Société Générale a vendu les positions litigieuses dans l’urgence, ce qui s’est traduit par une perte de 4,9 milliards d’euros.

Sous le titre « Le roman d’un tricheur » et sur six pages, Routier n’a pas de mots assez durs pour Kerviel, qu’il qualifie de « faussaire penaud » et de « Mister Nobody ». Il reproche aussi à Super Sarko d’avoir demandé la démission de Daniel Bouton. En attaquant celui-ci et « en oubliant » Kerviel, le virevoltant président « a réagi à l’instinct », assène notre enquêteur choc. Le même instinct qui lui a fait envoyer le fameux SMS introuvable ?

Une blague de Routier

Airy Routier, on l’a compris, n’apprécie pas Kerviel, ce « Che Guevara de la finance » qui fréquentait « les boîtes de striptease ». Il est plein de compréhension en revanche pour Daniel Bouton, un homme compétent et surtout sympathique. Tellement sympathique que sortant « d’un tunnel de dix semaines où sa seule préoccupation a été de sauver la Société Générale », il a pris quelques jours de vacances à Biarritz et il a pu déjeuner avec… Airy Routier. C’est ce dernier qui le raconte dans le même numéro (page 90). Le banquier brillantissime n’a pu jouer au golf, « un sport où il excelle ». L’ami Airy a essayé de le « détendre » en lui racontant une blague qui circulerait chez BNP Paribas : « Pourquoi a-t-on gardé Bouton ? Pour éviter la fermeture éclair ».

Le patron ne rigole pas, mais il lui arrive de plaisanter. Il déplore qu’on « se moque d’un banquier (il parle de lui) parce qu’il n’a gagné que un milliard d’euros ». On imagine que ce journaliste a glané des informations, qui lui ont permis de nourrir son enquête. Et si Airy Routier avait déjeuné avec Jérôme Kerviel, aurait-il écrit six pages sur Daniel Bouton sous le titre : « Le roman d’un incompétent » ?