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Quand Séguéla cire les pompes en direct
Né en 1934 de parents médecins d’origine catalane, Jacques Séguéla est un type formidable (« Dites moi tout… Jacques Séguéla », Direct 8, mardi soir). Le bac en poche, après un stage dans une pharmacie d’un quartier pauvre de Perpignan, il part pour un tour du monde en 2 CV avec un copain, vivant de petits boulots pour remplir son réservoir. Il apprend par exemple à cirer les chaussures à l’entrée des palaces et pour le prouver, en direct sur le plateau, dans une scène d’anthologie, explique à son interlocutrice, brosse et chiffon en main, la bonne technique (« il faut passer de l’eau une première fois sur le cuir pour le glacer, et après l’application de la couche de cirage, une seconde fois pour faire briller »).
Il a fait le mannequin-automate dans une vitrine de Tokyo, il a rencontré Salvador Dali à New-York pour lui arracher un dessin, il a bien connu Jacques Prévert dans ses dernières années. Vie privée ? Il a eu cinq enfants avec la même femme, qu’il n’a jamais quittée (« ce qui est rare dans le monde de la pub »). Journaliste à France Soir, il a écouté les conseils de Pierre Lazareff (« mon père spirituel ») qui lui a conseillé de se lancer dans la pub, un terrain vierge dans les années 60 qui ne connaissaient encore que la « réclame » (« y’a bon Banania »). Jacques Séguéla est un type heureux qui pense que « le plus beau jour de sa vie, c’est demain ». C’est même le président Reagan qui lui a soufflé un jour cette formule. Pour expliquer comment, l’an dernier, il a pu voter Ségolène Royal au premier tour et Sarkozy au second, Séguéla dit : « je ne suis pas toujours de mon avis ». A 74 ans, il pense qu’il « a encore des tonnes de choses à vivre ». Pas narcissique, il se trouve moche devant le miroir et voudrait consacrer plus de temps à son épouse et à ses enfants.
Bref, quand on écoute Jacques Séguéla raconter sa vie, on ne s’ennuie pas. Anecdotes, formules fusent et pétillent. Et on se dit : « ce type est vraiment formidable. Et en plus c’est un bon publicitaire ». Car il applique la règle fondamentale du métier : la première chose que vend le fils de pub, c’est lui-même. Il faut avouer que Séguéla excelle dans cet exercice, surtout quand aucune question gênante ne lui est posée ( Direct 8 est la propriété de Vincent Bolloré).
Oui, à un homme pareil, on a envie de confier illico sa fille et ses budgets. Mais comme on essaie parfois, même devant la télé, de ne pas être tout à fait stupide, on se dit aussitôt : « s’il se vend lui-même comme il a su vendre Banania ou Mitterrand, cette confession, ces anecdotes sont aussi trafiquées que le reste ». Ne peut-on lui faire crédit de la moindre sincérité ? À l’écran, qui est le meilleur détecteur de mensonges, il faut admettre qu’elle paraît évidente. Oui mais un grand professionnel du boniment est capable 1/. de raconter n’importe quoi 2/. de s’en convaincre lui-même 3/. d’être sincère « au moment où il le dit » (selon l’impérissable formule de Tapie devant un juge).
Passé ce bon moment de télé, on est donc prêt à acheter plusieurs barils de Séguéla à Séguéla. Et pour la vérité, je vous en mets combien ? Euh…vous pouvez repasser ?



