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«La DST cherchait des renseignements sur Sarkozy pendant l'affaire Clearstream»

Patrick Baptendier, un ancien gendarme, lance un pavé en forme de livre dans la mare des officines de renseignement, et aimerait bien que tout le système soit éclaboussé. Le système dans lequel il s’est plongé jusqu’au cou après avoir passé 22 ans dans la gendarmerie, et qui lui vaut aujourd’hui d’avoir passé quelques mois en détention préventive et de bientôt devoir subir un procès dans les règles. Auquel il risque de se retrouver bien seul, ce qui le chagrine énormément… Alors s’il doit tomber, autant que toutes les responsabilités soient recherchées, les siennes comme celles des autres, commanditaires et services officiels. « Il faut que de nouvelles enquêtes administratives ou judiciaires soient lancées », assène-t-il.

Comme Bakchich l’a raconté, Baptendier, poursuivi par la juge de Versailles Magali Tabareau pour avoir utilisé les fichiers de la police et revendu des informations confidentielles, raconte dans son livre, Allez-y, on vous couvre ! Un barbouze au service de l’État (éditions du Panama), comment ses petits trafics étaient couverts par le contre-espionnage, c’est-à-dire la DST. Traditionnellement, une division de ce service, aujourd’hui fusionné avec les RG, surveille l’activité des agences privées de renseignement, susceptibles de déstabiliser les intérêts économiques ou politiques français. Baptendier, oeuvrant pour de vraies centrales comme Kroll ou Geos, ayant pignon sur rue et bénéficiant d’énormes moyens, intéressait particulièrement les contre-espions : grâce à lui, la DST était à même de savoir sur quoi ces officines travaillaient…

Mais quand cette direction du ministère de l’Intérieur lui refile des informations sensibles sur des personnes et des sociétés, traversant ainsi la ligne jaune, le traficotage prend une autre ampleur. Cliquer sur la vidéo ci-dessous pour en apprendre plus sur le marché noir de l’information.

Très énervé de se retrouver bien seul devant les juges (son contact à la DST a eu droit, selon lui, à un traitement gentil et fort courtois de la part de la justice et s’est retrouvé affublé du statut de « témoin assisté », avant de bénéficier d’un non-lieu), Patrick Baptendier a tout d’un coup la mémoire qui lui revient. Il se souvient ainsi de l’insistance de son agent traitant à propos d’un certain « Nicolas », comme il l’appelle… futur président de la République, mais alors seulement ministre de l’Intérieur. On est en octobre ou novembre 2005, la polémique autour des vrais-faux listings de l’affaire Clearstream fait rage et Nicolas Sarkozy soupçonne la DST, à tort ou à raison, de lui avoir caché des choses. Il s’en est même pris à Pierre Bousquet de Florian, son patron. Le contre-espionnage s’est-il lancé à la pêche aux infos compromettantes sur son propre ministre ? Au ministère de l’Intérieur, on répondait lundi 23 janvier « ne pas avoir de commentaire à faire sur une information judiciaire en cours ». Écoutez néanmoins Patrick Baptendier.

Les enquêtes quotidiennes dont Baptendier était chargé pour le compte de Kroll et des autres officines s’avéraient délicates, au vu des « cibles » de l’ancien gendarme. Il n’a pas toujours appris qui était le client final, mais se souvient et raconte comment il a traqué et surveillé la journaliste Ghislaine Ottenheimer et son mari, Thierry Lefébure, un lobbyiste, ancien membre du cabinet d’Édouard Balladur. La DST ne perd pas une miette de son enquête…

Les agences de renseignement sont très recherchées en Afrique, et les élites au pouvoir n’hésitent pas à commanditer des enquêtes sur les opposants gênants. Ce fut le cas pour les hiérarques sénégalais. Karim Wade, le fils du président du Sénégal, avait mandaté Kroll pour des investigations relatives à Idrissa Seck, l’ancien Premier ministre emprisonné à Dakar depuis juillet 2005 (il sera libéré en février 2006), et à sa famille, qui résidait alors en France. Encore une fois, le contre-espionnage est informé en direct.

Le contact de Patrick Baptendier à la DST n’hésite pas à fournir des éléments très confidentiels à l’ancien gendarme, tels les numéros de compte et les relevés bancaires de la famille Ofer, un magnat israélien à la tête de la holding Israël Corp, alors en visite à Paris, et dont le fils s’apprête à signer un contrat avec une filiale du groupe Véolia. Là encore, Baptendier a gardé en tête le récit de l’affaire, et les écoutes téléphoniques ordonnées par la juge qui l’a fait tomber viennent prouver ses dires.

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