Vous êtes ici
La presse va bien, merci !
Lundi soir, se tenait à Paris, au Théâtre de la Colline, une soirée organisée par Reporters sans frontières et Médiapart. Pour l’occasion, Edwy Plenel, le monsieur Loyal de la soirée, avait – et c’est tout à son honneur – opté pour le modèle gratuit. Accès libre pour tout le monde donc. On y a parlé censure, autocensure, et pressions en tout genre. Parmi les témoins qui se sont succédé sur la scène, certains ont raconté quelques anecdotes assez piquantes qui en disent long sur les mœurs ayant cours en France.
Ainsi Joseph Tual, journaliste à France 3, a expliqué comment un reportage de trois minutes diffusé le 22 octobre 2007 - dans lequel il révélait le lancement de cinq mandats d’arrêts contre des hauts dignitaires marocains dans l’affaire Ben Barka - lui a valu d’être interrogé le 20 novembre dernier par la justice française. Le juge Gounot, très intéressé par les sources du journaliste, l’a convoqué comme témoin assisté. Trois longues heures d’audition durant lesquelles Joseph Tual s’est refusé à communiquer ses sources. Le 22 octobre 2007, c’était aussi la première visite d’Etat du président Nicolas Sarkozy au Maroc…
Un épisode qui interpelle, tant les autorités semblent ne pas avoir compris le concept de protection des sources. Comme l’indiquait déjà la nouvelle loi sur le sujet portée par Rachida Dati et dont Bakchich vous avait déjà parlé.
Mais en matière d’interrogatoires, la police n’est pas en reste. Ainsi comme le racontait à cette même soirée Emilien Jubineau, journaliste à France 3, la couverture des actions violentes des viticulteurs lui a valu de nombreuses gardes à vue. Avec pour objectif, une fois encore, de connaître les sources du journaliste.
Mais parfois, et la mesure de ces pratiques est impossible par essence, les journalistes prennent les devants et s’autocensurent. Leïla de Comarmond, de la SDJ des Echos, l’a aussi, lors de cette soirée, bien racontée. Pour mémoire, Les Echos ont, malgré l’opposition d’une grande majorité de la rédaction, été racheté par Bernard Arnault. Depuis, les situations compliquées se multiplient pour les rédacteurs tant l’empire Arnault est étendu. Comment par exemple parler de Carrefour, où Bernard Arnault est entré au capital en mars 2007 ?
Il y a peu, raconte Leïla de Comarmond, un journaliste s’est trouvé confronté au problème. Alors qu’il devait raconter le changement de gouvernance au sein du groupe Carrefour, il est revenu sur l’élection de Bernard Arnault au conseil d’administration. Membre le plus mal élu du CA, le nom de Bernard Arnault (absent lors de l’élection) a été hué. Si le journaliste avait relaté l’incident initialement, ses rédac chef ont sorti les ciseaux. Exit les huées, le gentil lecteur des Echos n’en saura rien. La presse va bien merci !



