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Les sans-abris, nouvelle clientèle de l'ex Sonacotra (SDF épisode V)

Stigmatisée comme un vulgaire logeur d’immigrés, la Société nationale
de construction de logements pour les travailleurs (Sonacotra) a décidé
de se refaire une jeunesse en tentant de gommer cette image fortement
connotée et en changeant de nom le 23 janvier 2007 pour devenir l’Adoma.

Cette société d’économie mixte dont l’Etat est actionnaire à hauteur de
57,1% - les autres actionnaires sont la Caisse des Dépôts (28,1%), le
Crédit Foncier (10%) et le groupe Logirep (4,2%) - représente 25% du
logement « très social » en France. En tout, elle détient 73.000 logements
(dont 6.000 places pour les demandeurs d’asile) dans 450 foyers et
résidences sociales répartis dans 56 départements.

SDF, une clientèle en plein boom

«  Le renouveau de la Sonacotra a commencé », affirme la nouvelle
campagne de communication de l’Adoma. Du passé faisons table rase ! Sur
sollicitation de la Direction de la population et des migrations (DPM),
l’Adoma se voit chargée depuis le milieu des années 90 de la gestion de
publics avec des problématiques différentes des populations de
travailleurs immigrés. En plus de ses activités traditionnelles, comme la
construction et la gestion des foyers de travailleurs immigrés rebaptisés
foyers de travailleurs migrants (FTM), les résidences sociales, et les
maisons relais, l’entreprise s’est diversifiée suivant, pour reprendre les
termes mêmes de l’organisation, les nouvelles « clientèles » apparues
dans le champ social. Un nouveau marché en plein boom, le logement
d’urgence et l’accueil des demandeurs d’asile, a permis à l’Adoma
d’employer son savoir faire dans les politiques de lutte contre
l’exclusion.

C’est ainsi que l’Adoma est devenue le premier opérateur national pour
l’accueil des demandeurs d’asile avec les Centres d’accueil pour les
demandeurs d’asile
(CADA) et les structures d’Accueil d’urgence des
demandeurs d’asile (AUDA). « Ses 92 structures, 57 CADA et 35
dispositifs AUDA, totalisent une capacité d’accueil de 6 000 places,
soit 27% du dispositif national
 », stipule la brochure de présentation
de l’Adoma. Mais, les pouvoirs publics ont également demandé à cet Etat
dans l’Etat du logement social de prendre en charge le logement d’urgence,
dont «  La Boulangerie » est l’exemple le plus concret.

Un Sangatte à Paris

« Centre de stockage humain » comme le qualifient certains travailleurs
sociaux extérieurs à « La Boulangerie », « dernier recours et en
même temps première suggestion faite par le SAMU SOCIAL, le 115, parce
que tous les autres Centres d’Hébergement d’Urgence de Paris sont
saturés
 » affirment d’autres.

Il est en effet difficile de se faire une idée de ce Sangatte parisien, situé au 84 boulevard Ney près de la Porte de Clignancourt. L’ancien président de la Sonacotra et toujours administrateur de l’Adoma pour le ministère de l’immigration, Michel Pelissier soutenait lors d’une audition devant le Sénat le 24 janvier 2006 que « la Sonacotra était a priori peu concernée par le problème de l’immigration clandestine puisqu’elle loge seulement des étrangers en situation régulière ». Que nenni ! 2/3 des personnes hébergées à la Boulangerie sont Sans-Papiers, et ils proviennent essentiellement d’Afghanistan, du Moyen-Orient et du Maghreb. Mais ils ne craignent rien de la part des forces de police, l’accueil y est inconditionnel. Entre les politiques répressives de rétention puis de déportation et celles d’hébergement d’urgence des mêmes populations flottantes. Un territoire
quasiment soumis aux Conventions de Genève en somme.

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